JAZZMUTH CRÉATIONS

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12, Rue Montcalm
75018, Paris
FRANCE


Langue française made in France
Faut-il mettre les ouvrages de l’Hexagone à l’Index ???

Bonjour,

Réf. : Dominique Ducros et Thierry Chazelle, « TOUT LE MONDE
CHANTE (I : Six chansons pour découvrir l’Amérique du Nord + II
: Cinq chansons pour découvrir les musiques électroniques) » [2 Livres +
2 disques audio-numériques]

M’étant procurée ces documents pour les classes élémentaires dont je
m’occupe, je désire prendre un instant pour vous informer qu’en dépit des
qualités intrinsèques de ces créations musicales, incontestables par ailleurs,
je ne compte pas utiliser celles-ci ni en conseiller l’usage auprès de mes
collègues.

La « déclinaison » des termes suivants, saisis dans vos ouvrages et supports
musicaux, vous fera comprendre d’emblée le motif de ma décision: Square
Dance, Sample
(et samplées !!), Lounge, Delay, Tune (et
Auto-Tune
!), effet Reverse, Editing, Remix, Home Studio, Vocoder, Steel
Guitar, Bottleneck
, etc.

C’est que, voyez-vous, il est déjà assez difficile et laborieux de
transmettre une langue correcte à nos élèves et à nos enfants, au Nord des
Amériques, sans que nous devions de surcroît littéralement «traduire» les
ouvrages franco-français de l’anglo-américain au… français.

Sans sombrer dans le purisme à outrance (je n’ai aucun problème avec les :
Blues, Rock’n Roll, Jazz, Country / Western
et autres Negro Spirituals,
voire le Trip-Hop), il devient désormais extrêmement hasardeux d’ouvrir
chez nous les portes aux French Products (notamment dans le créneau
pédagogique!), compte tenu que ce pidgin (i.e. une non-langue,
qui n’est pas plus française qu’authentiquement anglaise) contamine (!) à toutes
fins utiles cet idiome – véritablement (?) – français que nous nous efforçons,
ici, de léguer en héritage aux filles et aux fils de cette Nouvelle
Nouvelle-France nommée Québec.

Encore tout récemment, par exemple, et incidemment, je (re)visionnais le
disque DVD de l’émouvant film (et terrible, au plan historique) intitulé: «La
reine Margot
». Or non seulement tout y était présenté essentiellement ou
totalement en anglais, mais je dus à mon corps défendant m’imposer les
sous-titres en cette langue (l’audition française, quant à elle – ô
surprise ! -, était heureusement disponible…). Pas moyen de se libérer de ce
superflu inutile et d’ailleurs contrariant: l’auditeur de langue anglaise de ce
film «français» a l’opportunité de tout lire, de tout voir et de tout entendre
dans sa langue (ce que au reste je ne conteste pas), alors que l’auditeur
québécois, pour sa part, se voit tenu, incontournables, d’encaisser en
surimpression sur l’image la version anglaise écrite dudit film…

Des illustrations de cette sorte, je pourrais vous en offrir par centaines.
De la barre (ou plaque) de Milk Chocolate aux innombrables «Best Of»
de… tout ce que vous voudrez. Manifestement, en acheminant ses produits vers
l’Amérique (qui, soit dit au passage, n’est pas un pays mais bien un Continent;
où d’ailleurs, est-il absolument nécessaire de le rappeler, on ne vit pas
partout et indistinctement in English only), la France semble estimer
tout à fait normal de s’adresser aux Québécois dans la langue des NewYorkers.

Or faudrait peut-être après tout que Messieurs Jacques Chirac, Nicolas
Sarkozy et Dominique de Villepin échangeassent en anglais entre eux, maintenant,
à l’élysée, à Matignon ou au Quai d’Orsay, afin de ne pas donner trop de soucis
aux maîtres es écoute électronique du Bureau ovale. Why not, of
course, dear Friends
? Question de cohérence.

Bref. C’est triste, immensément triste, de constater que la France s’adresse
désormais à ses soeurs et ses frères d’âme du Québec moins dans la langue de
Jaurès, de Mendès-France, de Charles de Gaulle, de Juliette Binoche, d’Alain
Finkielkraut, de Simone Weil ou de Gilles Deleuze que dans celle de George W.
Bush et de Madonna.

Même nos enfants n’échappent plus à ces pluies acides du verbe déglingué.

Et voilà, justement, où la goutte fait déborder le verre ! Vous m’en voyez
désolée, amis d’outre-Atlantique, mais pour ce qui me concerne c’en est vraiment
trop. Aussi je refuse catégoriquement, à titre citoyen aussi bien qu’à titre
d’institutrice, l’englissement du Québec par ce qui fut autrefois,
pourtant aimée et respectée, notre Mère patrie. Il ne m’est plus
possible, en effet, de continuer à fermer les yeux et à me boucher les oreilles
devant ce spectacle désolant d’auto-destruction de la langue française par les
Français mêmes. Non, je ne peux plus enseigner, dans ces conditions, avec le
matériel que vous nous proposez.

Il y a des limites, à la fin, au ridicule.
Dont l’amitié sincère – et franche – pour la France commande le rejet pur
et simple.

(A fortiori lorsque l’on a pignon sur rue sur une voie publique
nommée… Montcalm !)

Cordiales salutations,

Jolière,
Joliere@sympatico.ca

Québec, 1er nov. 2005

Note : En 4e de couverture du premier livret, il faudrait lire
«incluses», et non «inclues» (du reste, plusieurs coquilles de ce genre
parcourent la documentation). D’autre part, en Amérique il s’agit bien
d’«Amérindiens» plutôt que d’«Indiens». Décidément, voilà au total des outils
bien «dangereux» entre les mains de jeunes esprits non autrement avertis…

cc : Mme Line Beauchamp (
Line.Beauchamp@mcc.gouv.Qc.ca
), Ministre de la Culture et des Communications du Québec, ainsi que les
éditions de l’Envolée (sauf erreur, distributrices de vos ouvrages au Québec):

http://www.envolee.com/Fr/index.htm
(
info@envolee.com
)