DES ENNEMIS DE L’INTÉRIEUR

M. PIERRE KARL PéLADEAU
PRéSIDENT DE QUEBECOR INC.

webmaster@quebecor.com


http://www.quebecor.com/Quebecor/WordFromThePresident.aspx


http://www.quebecor.com/Tools/ContactUs.aspx


http://www.quebecor.com/Quebecor/SubsidiariesAndDivisions.aspx


https://www.videotron.com/services/secur/ShowEnvoyerCourrielResidentiel.do?lang=FRENCH

« Bien sûr l’argent n’a pas d’odeur
Mais pas d’odeur me monte au nez »

Jacques Brel, « Voir un ami pleurer »

M. Péladeau,

« QuébécorVidéotron » (pardonnez-moi la faiblesse des
accents aigus) est une entreprise du Québec qui – depuis quarante ans, plus ou
moins – a été l’objet assidu de la fierté de l’ensemble des Québécois. Dont J’ai
été. Aussi. Et longtemps.

Hélas ! à constater – depuis le décès de Pierre Péladeau en particulier
(fondateur de l’entreprise) – vos méthodes de mise en marché au sein de
l’ensemble des filiales («SubsidiariesAndDivisions», comme vous l’écrivez
avec ostentation dans vos adresses électroniques), à constater combien vous
banaliser sinon inférioriser constamment la langue française dans l’ensemble de
vos communications, à constater également combien votre chaîne TVA n’est plus
dans sa programmation – extrêmement commerciale et désespérément médiocre –
qu’une antenne étatsunienne qui s’exprime (à peu près) en français, je dois vous
avouer aujourd’hui que vous êtes parvenue – «Quebecor – Videotron – Canoë –
Journal de Montréal (et de Québec) – Archambault, inc.
& etc.» – à me
dégoûter définitivement avec ce petit carton de publicité (Câblodistribution/Internet
Vidéotron
: «à l’occupant – To the occupant», avec adresse complète
SVP!) que j’ai retrouvé dans ma boîte aux lettres privée.

Un joli carton de pub. bilingue mur-à-mur…

Les anglophones représentent à peine 8% de la population du Québec. Mais
vous, Quebecor, entreprise québécoise, vous estimez qu’il est tout à fait
naturel de procéder à un bilinguisme tous azimuts lorsque vous vous adressez aux
Québécois.

Alors voici. Depuis plusieurs années, déjà, je composais très laborieusement
avec votre firme, quelles que soient les filiales concernées. Progressivement,
je me suis éloigné de tout ce qui concernait de près ou de loin l’Empire
Quebecor
. C’est ainsi, par exemple, que j’ai abandonné le câble (Vidéotron)
et que j’ai cessé de fréquenter Archambault Musique (où j’ai certainement
engouffré, au bas mot, une quinzaine de milliers de dollars dans les dernières
vingt ou vingt-cinq années).

Mais là, c’en est trop. Vraiment trop. Votre carton bilingue par tout le
territoire du seul état français (et par là même fragile) des Amériques
continentales, m’a mis, cette fois, hors de moi. Pendant que vous communiquez en
anglais, et en anglais seulement, avec votre clientèle dans ce pays
officiellement bilingue nommé Kanada (et ne parlons pas des états-Unis), vous
vous gardez bien de respecter la langue officielle du Québec.

Votre propre langue maternelle, M. Péladeau…

M. Pierre-Karl Péladeau, depuis l’adolescence je me suis toujours fait un
point d’honneur d’«acheter intelligent». Ce qui a pour effet d’accorder
systématiquement un préjugé favorable aux produits et services québécois et,
plus spécifiquement, de rejeter tout produit qui ne respecte pas ma langue et/ou
ma culture. Le paradoxe, monsieur le PDG, c’est qu’il m’arrive assez souvent,
désormais, de donner ma préférence à des firmes canadiennes (ou autrement
étrangères) plutôt qu’à des entreprises québécoises. Pour ces motifs-là mêmes!

En effet ! Je puis comprendre (assez) aisément qu’une compagnie non
francophone essaie de «gruger» ou d’éroder la francité québécoise par le biais
de ses produits, de ses publicités et de ses communications multiples avec
«Nous». Il n’y a qu’à voir la déferlante des circulaires hebdomadaires
bilingues, et tous ces gérants ou propriétaires (!) de PROVIGO, de IGA, de
MéTRO, qui répètent jusqu’à plus soif que c’est Toronto – et que surtout l’on
n’y peut rien!! – qui décide… que les Québécois doivent partout écouter de la
US Commercial Music dans leurs milliers d’établissements. Et dire que
nous sommes convaincus en notre âme et conscience que le Québécois colonisé
jusqu’au cortex n’est plus qu’une image d’épinal d’un autre âge…

C’est de bonne guerre, en quelque sorte. Il n’en tient qu’à nous à nous faire
respecter, et notamment (mais pas seulement) en ignorant avec superbe leurs
produits et services. Et souvent, à la fin (et bien que la Charte de la Langue
française ait maintenant atteint l’âge honorable de 28 ans), il y en a qui
finissent par comprendre que des Québécois debout, il en existe encore…

Bien qu’on ne les retrouvât point à Ottawa…

Je puis m’«expliquer», en effet, que les anglophones qui nous entourent nous
perçoivent comme des empêcheurs de tourner en rond. Ah… si nous étions tous
des p’tits Américains tout autour de la Planète, la vie serait tellement plus
facile, hein? (rien n’est moins sûr certes, mais ne nous égarons pas pour le
moment dans les questions socio-philosophiques). Bref, un CanadiAn qui tente par
tous les moyens de m’enfoncer sa langue dans la gorge (ça n’a rien de sexuel, je
pense…), je comprends ça. Je ne l’accepte pas, pas un instant. Mais je
comprends
au sens où je «décode» son attitude – arrogante, prédatrice,
condescendante et… culpabilisatrice («Speak White!», quoi). Le
problème, au fond, ce n’est pas lui. C’est moi! …lorsque j’adopte une attitude
de recul, de complaisance, d’éternelle conciliation. De soumission, en un mot.
Or mon moto – tout personnel, mais que j’effeuille comme marguerite au vent sans
réclamer compensation ou rétribution – est le suivant: «Point de bourreaux en
absence de victimes!
» à cet égard, la velléité québécoise, véritable marque
de commerce du peuple formant l’état national du Québec, nous détruit plus
sûrement encore que toutes les transnationales étatsuniennes réunies.

Mais revenons à vous, M. Péladeau, et terminons ce déjà trop long laïus. Bien
que vous ayez déjà saisi, n’est-ce pas, où je veux en venir.

Quand ce sont des Québécois qui par leurs manières affaiblissent ma langue et
ma culture, et en particulier des entreprises puissantes et de grande visibilité
comme la vôtre, M. Pierre-Karl, là, vraiment, ce sont les plombs qui sautent
dans ma tête citoyenne. Car il y a suffisamment d’énergie, de temps, de
conviction, d’information et de conscience à investir (compte tenu de notre
situation nationale géo-politique) dans le combat québécois de RéSISTANCE
vis-à-vis de l’extérieur (cet extérieur qui a tant de difficulté à respecter
notre noble différence – oxygène de la vie par définition, et espoir même de
l’avenir de l’Humanité), sans que nous devions au surplus – Oh! Là! – nous
battre contre des ENNEMIS DE L’INTéRIEUR…

(Ces batailles contre Nous-Mêmes qui expliquent pour une bonne part cette
fatigue culturelle
dont nous entretenait déjà Hubert Aquin – eh oui – à
l’époque où …Péladeau père érigeait son Empire Pierre par pierre)

M. Péladeau, je ne crois pas que feu votre père serait aujourd’hui fier de
vous. Et pour ma part (accueillez ma franchise comme une ultime forme de respect
à votre endroit), j’en suis à un doigt, et le plus petit d’entre eux, du mépris
à l’égard et de Quebecor et de vous-même.

Car…

Employer son immense puissance à fragiliser et à déconstruire – pierre par
Pierre – l’univers collectif auquel on appartient, Monsieur, comment
appelez-vous cela???

Je laisse la réponse à votre intelligence et à votre culture (qui, je
l’espère, ne se réduit pas à celle de vos «Journal de Montréal» et de vos TVA).
Quant à moi, c’est une image qui me vient, suite à cette interrogation – une
image toute simple qui prend la forme d’une affirmation banale, tellement elle
m’apparaît évidente:

à mes yeux, M. le PDG-PKP, vous êtes à l’économie québécoise (la corruption
en moins, je veux bien le présumer sans arrière-pensée) ce que les Jean
Pelletier, les Alfonso Gagliano, les Denis Coderre, les André Ouellet, les
Stéphane Dion et les Jean Chrétien sont à sa politique.

Des ennemis de l’intérieur.

Pour eux, c’est trop tard : cette épithète leur conviendra encore dans mille
ans. Aussi, il n’en tient qu’à vous qu’il en soit autrement pour vous.

Mais il est moins trois.

Concitoyennement vôtre, monsieur,

Marcelin Gélinas,
Québec, QC

M.Gelinas@moncanoe.com

29 avril 2005