TACTIQUES ANGLICISANTES D’INTERVENTION

TACTIQUES ANGLICISANTES D’INTERVENTION
À LA GENDARMERIE ROYALE DU Canada
Lettre à Mme Dyane Adam

Le 29 avril 2004

Madame Dyane Adam
Commissariat aux langues officielles
344, rue Slater
Ottawa (Ontario)
K1A 0T8
message@ocol-clo.gc.ca

Madame,

Pour faire suite au Rapport d’enquête préliminaire portant sur le cours de Groupe tactique d’intervention (GTI) de la GRC à l’intention du service de police de Gatineau, que nous a fait parvenir Mme Ariane Piraveau, enquêteure, nous vous faisons parvenir certains commentaires.

Cela n’est pas la première fois que la GRC est trouvée fautive dans ses pratiques à l’endroit des francophones. Il suffit de se rappeler les pratiques anglicisantes et assimilatrices de recrutement de la GRC qui, pour participer à la mission de paix au Kosovo, pays non anglophones, « soumettait à un test d’anglais tous les candidats francophones pour s’assurer qu’ils seront en mesure d’écrire des rapports complets et qu’ils pourront échanger avec leurs collègues étrangers (en anglais) » !

Dans le Rapport d’enquête préliminaire, la 1re recommandation à la GRC, qui est : « à l’avenir, d’obtenir de façon formelle la langue préférée de la clientèle visée par les cours qu’elle dispense et faire en sorte de respecter ce choix », soulève certaines inquiétudes. Nous ne sommes pas sans savoir que le gouvernement du Canada et sa fonction publique, incluant la GRC, créent des conditions telles que « la langue de son choix », « la langue préférée », se doit d’être l’anglais. Inutile, je crois, de vous énumérer ici tous les trucs, astuces et pratiques utilisés pour y parvenir !

D’ailleurs, la GRC le confirme lorsqu’elle déclare qu’« elle aura de la difficulté à avoir des membres francophones qui désireront suivre la formation en français : ils et elles savent que la langue utilisée à la GRC est l’anglais », que « dès qu’il y a une personne d’expression anglaise dans un groupe, ce groupe fonctionne en anglais ». Pour s’assurer que rien de ceci ne change, elle ajoute implicitement qu’il est inutile de satisfaire les francophones : « il y a environ 300 unilingues français pour 10 000 unilingues anglais à la GRC » ou encore, « les 60 nouvelles recrues qui doivent être formées pour l’unité de Vancouver sont à 95 % anglophones » !

Vous avez beau affirmer que les « membres francophones ne doivent pas se sentir obligés de suivre le cours en anglais », il n’en reste pas moins que, peu importe qu’ils se « sentent » obligés ou non, les conséquences de la philosophie de gestion de la GRC et de ses pratiques les conduisent à « choisir » et à « préférer » l’anglais !

Vers la fin de votre Rapport, vous écrivez que « ce qui est important, c’est de s’assurer que les personnes qui suivent le cours en français connaissent la terminologie dans les deux langues.» À notre avis, ce commentaire, sans contrepartie, illustre que les francophones, à vos propres yeux, n’ont pas les mêmes droits que les anglophones. Ils doivent connaître l’anglais pour accommoder l’unilinguisme anglais individuel et quasi collectif de leurs collègues et supérieurs, et l’unilinguisme anglais institutionnel de leur employeur ! Pourquoi ne pas aussi exiger des anglophones qu’ils connaissent la terminologie dans les deux langues ? Ne pas l’exiger, c’est refuser de reconnaître l’existence du Québec et de la francophonie canadienne…

Nous sommes d’accord avec les quatre dernières recommandations de votre Rapport d’enquête préliminaire, sauf que vous ne mentionnez pas les moyens que vous adopterez pour vous assurer qu’elles seront respectées. Il n’y est pas non plus fait mention du suivi que le CLO assurera. Au sujet de la 5e recommandation, nous croyons qu’au-delà de demander « un plan assorti d’échéances pour la traduction de chacun de ses cours spécialisés », il faille plus que seulement « un plan », il faut que cela se fasse.

En terminant, nous tenons à réitérer notre étonnement à l’endroit de la Ville de Gatineau, institution québécoise, qui au lieu d’exiger que la GRC, institution de la fédération canadienne, dispense le cours de GTI en français, comme il se doit, avait envisagé d’obliger son personnel, ses agents, à se soumettre aux discriminations et pratiques d’iniquité du gouvernement du Canada et de la GRC.

Je vous prie d’agréer, Madame, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Le président,

Jean-Paul Perreault

c.c.
Conseil municipal
Ville de Gatineau
info@ville.gatineau.qc.ca

Fraternité des policiers
Ville de Gatineau

Monsieur Gérald Paquette
Office québécois de la langue française
info@oqlf.gouv.qc.ca

Monsieur Jacques Chagnon
Ministre de la sécurité publique
ministre@msp.gouv.qc.ca

Monsieur Benoît Pelletier
Ministre responsable de l’Outaouais
ministre.saic@mce.gouv.qc.ca