STRATÉGIES CANADIENNES D’EXCLUSION

STRATéGIES CANADIENNES D’EXCLUSION
Canada – Discrimination contre les non-anglophones.


Madame Dyane Adam
Commissaire aux langues officielles
344, rue Slater
Ottawa (Ontario) K1A 0T8

Objet : stratégies canadiennes d’exclusion

Madame,

Pour faire suite à votre lettre du 25 novembre 2003, je vous transmets par la
présente les commentaires d’Impératif français concernant les
observations et recommandations contenues dans votre rapport d’enquête
préliminaire sur « les pratiques linguistiques de la Gendarmerie royale du
Canada envers les francophones pour faire partie de la force de maintien de la
paix au Kosovo », enquête consécutive à la plainte que nous avons déposée il y
aura bientôt un an.

Impératif français est entièrement d’accord avec votre recommandation à
la Gendarmerie royale du Canada de « prendre toutes les mesures nécessaires pour
que la formation et la documentation pour la préparation à une mission de
maintien de la paix soient disponibles dans les deux langues officielles [il
faut lire ici en français] et qu’elles soient disponibles dans la langue de
choix des candidates et candidats * [il faut aussi lire ici en français] ».

Toutefois, plus de trente ans après l’adoption de la Loi sur les langues
officielles, nous nous étonnons, de constater que le gouvernement du Canada ne
respecte toujours pas sa propre loi, au point où il vous faut encore en
recommander le respect à la GRC. Vous devez même demander que la formation et la
documentation soient disponibles en français !

Par ailleurs, nous trouvons étonnant que vous invoquiez le fait que l’ONU a posé
comme critère linguistique la connaissance du français pour participer aux
missions de paix à Haïti et en Guinée – deux pays francophones, faut-il le
rappeler – pour se justifier d’exiger la connaissance de la langue anglaise pour
sa mission de paix au Kosovo – un pays non anglophone. Cela soulève de
nombreuses questions sur le traitement que l’ONU, le Commissariat aux langues
officielles (CLO) et le gouvernement du Canada réservent à la diversité
linguistique mondiale. Vos propos laissent croire que le Gouvernement du Canada
et le CLO considèrent que la langue de travail dans les pays non francophones
est nécessairement l’anglais !

Il serait à notre avis plus indiqué que le CLO réclame une intervention du
gouvernement du Canada auprès de l’ONU pour que cessent ces pratiques
d’exclusion qui discriminent tous les non-anglophones du Canada et d’ailleurs.

Il n’y a pas si longtemps, Impératif français dénonçait les pratiques
de certaines organisations internationales dont le Canada est membre, qui ne
communiquent à partir de leur site Internet que dans la langue de Shakespeare
ou, pire encore, qui publient un nombre croissant d’offres d’emploi s’adressant
exclusivement aux anglophones de naissance en donnant comme critère d’embauche
«English mother tongue» ou «English native speaker». De toute évidence, il
s’agit là d’une discrimination fondée sur « la pureté de la race supérieure » !

Impératif français tient donc à protester contre votre façon de
conclure votre enquête en affirmant que « l’ONU a compétence exclusive pour
déterminer la langue officielle d’une mission », sans même recommander au
gouvernement du Canada d’exiger des organisations internationales dont il fait
partie et à qui il paie sa quote-part, notamment l’ONU, l’adoption de mesures
pour que cessent toutes formes d’exclusion et de discrimination à l’endroit des
non-anglophones. Dans ce cas-ci, ce sont les francophones qui en sont victimes
en même temps que plusieurs autres.

Veuillez agréer, Madame, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Le président,

Jean-Paul Perreault

* Nous n’ignorons pas que le gouvernement du Canada et sa fonction publique
créent des conditions pour que « la langue de choix des candidates et candidats
» soit l’anglais !

(Lettre adressée à Mme Adam le 23 décembre 2003)

(Le 14 janvier 2004)