QUÉBEC-RADIO

Réplique de Québec-Radio à Paul Rivard

Bonjour Monsieur Rivard,

Tout d’abord, j’aimerais vous remercier pour l’intérêt que vous portez à
Québec-Radio.

Concernant notre dénomination, le nom « Québec-Radio » a été choisi pour une
simple question de logistique avec la toile mondiale. Si vous effectuez une
recherche sur un moteur quelconque en inscrivant « stations de radio du Québec »
ou encore « radio Québec », il y a beaucoup plus de chances que notre site
internet sorte parmi les premiers que si nous avions eu une autre dénomination.
Il était hors de question que nous utilisions Radio-Québec, ce qui aurait causé
une confusion avec l’ancienne appellation du réseau de télévision du même nom.

En ce qui concerne la qualité de la langue des chansons diffusées à
Québec-Radio, sachez que nous sommes une radio populiste et non élitiste. Donc
plusieurs pièces comportent des anglicismes et du joual ce que les français
appellerait de l’argot. Si nous nous limitions à diffuser seulement des chansons
dans un parfait français, nous serions très limités dans le choix; Félix
Leclerc, Pierre Calvé, Monique Leyrac, Claude Gauthier…

Le joual et par le fait même les anglicismes font parti qu’on le veuille ou
non de la culture populaire Québécoise. Michel Tremblay avec sa pièce « Les
Belles Soeurs » à la fin des années soixante a réussi, en brisant les normes, à
créer une culture populaire Québécoise. Si ça n’avait pas été de lui, nous en
serions encore aux pièces burlesques des années 40-50. Même chose avec la
chanson. C’est Robert Charlebois qui fût le premier en 1967 à inclure du langage
populaire dans ses chansons, ainsi le rock pouvait se chanter en « Québécois ».
Cette influence peut encore se faire sentir chez les Daniel Boucher de la
nouvelle génération.

Lorsque vous nous suggérer de diffuser des pièces acadiennes ou cajuns,
sachez que nous en diffusons déjà et que ces chansons sont truffées
d’anglicismes ou de « chiac ».

Je suis du même avis que vous, un média de communication se doit de donner
l’exemple en matière de qualité de langue française. C’est pourquoi nos futurs
animateurs se devront de parler dans une langue la plus correcte possible et par
le fait même, la plus accessible possible. En tant qu’animateur de radio ayant
environ une vingtaine d’années d’expérience, il m’arrive, moi aussi de commettre
certaines fautes de français, je ne demande qu’à être corrigé. Mais concernant
la chanson, ces pièces sont des oeuvres d’art et elles ont étés composés et
enregistrés de cette façon. C’est notre langue populaire. écoutez les chansons
d’un français comme Renaud, vous constaterez à quel point il utilise des
anglicismes et de l’argot, sans toutefois massacrer la langue française.

En conclusion, je ne crois pas que Québec-Radio mette en péril la langue
française au Québec, bien au contraire elle en fait la promotion.

Sur ce, j’espère vous compter, Monsieur Rivard, parmi nos plus fidèles
auditeurs.

Cordialement,

Claude Fournelle
Programmation
Québec-Radio
claudefournelle@videotron.ca


La qualité du français à la station Québec-Radio : souveraineté ou
aliénéation ?

Monsieur Fournelle,

Je viens de découvrir l’existence de la station Québec-Radio, qui s’identifie
comme la radio souverainiste du Québec. Or, dès mes premières minutes d’écoute,
j’entends une chanson, de Marjo, me semble-t-il, dont le refrain utilise ad
nauseam les mots anglais « slow motion ». Au moment où je reviens devant mon
ordi, après avoir pris mon petit déjeuner, j’entends Valiquette, dont j’oublie
le prénom, chanter : « C’est ben l’fun, c’est ben l’fun, c’est ben l’fun ».

à mon avis, les gens qui, comme Marjo ou Valiquette, n’hésitent pas à
exprimer leurs idées en polluant leur langue avec la langue des autres, surtout
quand, comme dans ces cas qui nous occupent, ces emprunts n’expriment rien qui
ne puissent être exprimé en français, sont loin de contribuer à notre
souveraineté comme peuple ; bien au contraire, ils sont des instruments de notre
aliénation, car le fait même d’employer des anglicismes comme ils le font dénote
une paresse intellectuelle dont l’effet est pernicieux. En effet, il laisse aux
auditeurs de telles chansons un message qu’on pourrait qualifier de subliminal,
soit celui qu’il est impossible d’exprimer toutes les nuances de sa pensée sans
avoir recours à des mots anglais ou à des tournures de cette langue et donc que
notre propre langue, le français, est inférieure à celle des Anglo-Saxons.

Je commence ce paragraphe après avoir dû m’arrêter pour faire une course
urgente et ce que j’entends présentement est une chanson avec de longs passages
en anglais qui commencent par « Mummy », chanson jadis interprétée par Pauline
Julien. En passant, ce mot anglais se traduit non seulement par maman, comme le
contexte de cette chanson le fait entendre, mais aussi par momie, ce qui est
plus près de la réalité subliminale…

Je ne vous cacherai pas aussi que je suis déçu qu’une radio qui se proclame
souverainiste se désigne elle-même par une appellation dont la syntaxe est
anglaise. c’est-à-dire qui place le déterminant avant le déterminé. En cela, les
responsables de cette station radiophonique copient servilement ceux des
stations radiophoniques de la République française appelées France Culture et
France Musique, mais faut-il rappeler aux responsables de la mal nommée
QUéBEC-RADIO, dont vous faites partie, Monsieur Fournelle, que, depuis que la
population de l’Hexagone, par inertie, a fini par s’habituer à de telles
appellations qui vont à l’encontre du génie de la langue qu’elle partage avec
nous, la France n’a cessé de s’angliciser, au fur et à mesure que des tournures
comme celles-là ont proliféré (Paris-Match, Johnny Hallyday Story, France
Télécom, etc.) au point où presque plus personne ne réagit, dans le pays de nos
ancêtres et de nos frères en civilisation, au moment où des colonisés réclament,
là-bas, comme ici, l’enseignement de l’anglais dès le primaire et où l’état
s’apprête à entériner officiellement un usage, déjà amorcé, de déposer,
uniquement en anglais, des brevets auprès des autorités compétentes de la
République. Une pétition pour empêcher une telle infamie est accessible sur la
Toile mondiale depuis environ deux ans et n’a recueilli, à ce jour, que 411
signatures (
www.voxlatina.com
).

Pendant que j’écrivais le paragraphe que je viens d’achever, j’ai entendu une
chanson qui m’a semblé être interprétée par Raymond Lévesque, chanson dans
laquelle foisonnaient les anglicismes, non seulement lexicaux, mais aussi de
prononciation. Par exemple, on y fait rimer « Châteauguay » avec « Salaberry »,
en prononçant ce dernier mot comme s’il se terminait par « beurré ». Or, il
s’agit d’un nom français, dont les deux dernières syllabes correspondent au nom
d’une province française, le Berry, dont la dernière syllabe rime plutôt avec «
chéri » qu’avec « sherry ». Est-il besoin de vous rappeler, Monsieur Fournelle,
que les médias, en une semaine, ont infiniment plus d’influence sur la
correction langagière ou sur la détérioration de la langue, que pourraient en
avoir, en un an, tous les enseignants de français. N’oubliez que les gens qui
écoutent la radio, ou qui, simplement l’entendent dans les divers commerces où
ils se rendent, sont beaucoup plus sensibles, pour ne pas dire ouverts, aux
modèles proposés par la radio, répétés à l’envi, qu’aux recommandations
d’enseignants de français, lesquels sont, d’ailleurs, eux aussi, portés à croire
que les formes entendues dans les divers médias sont nécessairement correctes,
car, la plupart, s’imaginent, à tort – à mon avis, que les médias n’oseraient
pas utiliser des formes incorrectes. Le rôle est médias est donc extrêmement
important et nous ne nous en sortirons jamais, si les dirigeants des médias n’en
ont pas conscience.

Je vous invite donc, Monsieur Fournelle, à faire en sorte que le
nom de votre station soit véritablement français
(pourquoi pas : LA RADIO
SOUVERAINISTE?), mais aussi qu’elle soit soucieuse de la qualité du français
qu’elle diffuse. Par ailleurs, je ne vois pas pourquoi cette radio se limiterait
à la seule chanson québécoise; au contraire, qu’elle accueille les chansons des
interprètes de toute la francophonie, mais qu’elle s’applique, en particulier,
les talents acadiens, cadiens, franco-américains, franco-ontariens,
franco-manitobains, fransaskois, franco-albertains, franco-colombiens,
franco-yukonais, franco-ténois et franco-nunavutois, sans négliger les talents
encore plus méconnus peut-être du Val d’Aoste, en Italie, des îles
franco-normandes de Jersey et de Guernesey et des talents francophones de pays
non francophones, comme il peut en exister au Mexique ou dans les autres pays
des Amériques. à ce chapitre, je me ferai fort de vous faire connaître des sites
de musique cadienne, de Louisiane ou du Texas, mais aussi de musique
franco-américaine de la Nouvelle-Angleterre. Je veux, en effet, terminer ce
message, par une note positive. Je vous félicite donc, vous et toute l’équipe
qui vous entoure, de cette magnifique initiative d’avoir fondé une radio qui
veuille mettre en évidence le talent québécois et qui se prononce en faveur de
la souveraineté. Toutefois, j’insiste pour dire que la souveraineté ne doit pas
être présentée comme une fermeture sur soi, mais une fierté de ce que nous
sommes : c’est pourquoi l’ouverture de vos ondes aux talents d’expression
française de partout dans le monde, en particulier d’Amérique, bien sûr, me
semble indispensable à cette démonstration que notre souveraineté en matières
linguistique et culturelle peut aussi se nourrir des productions culturelles de
nos frères et soeurs en civilisation française.

Veuillez agréer, Monsieur Fournelle, mes salutations distinguées

Paul RIVARD
paulrivard@videotron.ca


Voir aussi :
QUÉBEC-RADIO
Un tout nouveau média souverainiste

(Le 18 décembre 2004)