LE SOUTIEN ET L’USAGE DE LA LANGUE FRANÇAISE

Ce message est envoyé par l’Association pour le soutien et l’usage de la langue française (ASULF).

1- Le prix Camille-Laurin 2004 à Marie-Éva de Villers

Mme de Villers, membre de l’ASULF, a reçu, le 22 mars dernier, le prix Camille-Laurin 2004 décerné par l’Office québécois de la langue française. La ministre de la Culture et des Communications, Mme Line Beauchamp, lui a remis ce prix qui est la reconnaissance de sa contribution à l’implantation du français dans les domaines de la gestion, de la communication et des affaires.

Marie-Éva de Villers est l’auteure du Multidictionnaire de la langue française et d’autres ouvrages, dont la Grammaire en tableaux paru aux Éditions Québec Amérique et le Dico pratique, chez Larousse. Depuis 1990, elle dirige, à l’École des hautes études commerciales, l’équipe qui met en oeuvre la politique de la qualité de la communication en langue française auprès de l’ensemble des étudiants, futurs gestionnaires, une politique dont s’inspireront plusieurs autres établissements universitaires du Québec.

Nos félicitations les plus sincères à cette lauréate.

2- L’expression « Soldes d’après Noël » va remplacer Boxing Day

L’Association a demandé à plusieurs entreprises d’utiliser une appellation française comme Soldes d’après Noël au lieu de Boxing Day dans leur publicité en langue française. Une entreprise ontarienne vient de nous adresser la lettre encourageante reproduite ci-dessous :

GOLF
TOWN

Association pour le soutien et l’usage de la langue française
Boîte postale 10450
Sainte-Foy (Québec)
G1V 4N1

Monsieur Auclair,

Nous écrivons à propos de votre lettre datée du 10 février 2004.

Nous sommes très désolés pour notre omission dont il s’agit dans la lettre. Nous voudrions vous rassurer que ce n’était pas notre intention du tout d’utiliser une appellation anglaise pour désigner Soldes d’après Noël et que cette erreur a été faite par distraction. Veuillez accepter nos sincères regrets.

Nous voudrions vous rassurer aussi que nous sommes commis à fournir des communications sensibles aux différences culturelles conçues pour préserver la culture unique du Québec. Nous ferons plus attention à employer seulement des appellations françaises dans notre publicité qui s’adresse à des francophones à l’avenir.

Nous vous prions d’agréer l’expression de nos salutations distinguées.

Sara Burke
Directrice de publicité

3265 HIGHWAY 7 EAST, UNIT 2 MARKHAM, ONTARIO L3R 3P9 TÉL:905-479-0343 FAX: 905-479-7108 www.golftown.com

Une telle réponse nous encourage à continuer à faire la promotion d’une appellation française pour désigner les soldes du 26 décembre. Nous apprécions la réponse de Golf Town. Cette société fait ainsi preuve de son souci de s’adresser dans une langue correcte à ses clients de langue française.

C’est un exemple à suivre.

3- Paul Martin et Fraser Martin

L’un de nos membres nous a posé une question de prononciation assez originale, comme le fait voir le texte qui suit.

Les francophones du Canada appellent leur premier ministre, Paul Martin, prononcé à la française, et les anglophones appellent le même homme, Paulle Marteun, prononcé à l’anglaise. Tout le monde trouve cela normal. Par ailleurs, le juge qui a présidé le procès de Robert Gillet est appelé Fréseur Marteun par les anglophones, mais aussi par les francophones. On s’attendrait normalement, en vertu de la même logique, à ce que les francophones appellent ce juge Frasère Martin. Pourquoi en est-il autrement?

Pour continuer dans la même veine, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Bernard Lord, est appelé Lorde par les anglophones, alors que ce simple citoyen québécois d’autrefois était appelé Lor au Québec. Pourquoi un tel changement? En vertu de quelle règle? À première vue, la logique n’y trouve pas son compte.

La question mérite d’être étudiée. Qu’en pensez-vous?

4- No-fault! No-fault! No-fault! – À qui la faute?

Il suffit d’écouter tous les jours les bulletins de nouvelles à la télévision et à la radio, de lire les articles de journaux et les commentaires des éditorialistes, de voir les caricatures, de consulter le site Internet du Bac, de lire les écrits des professeurs d’université et les déclarations de députés et de ministres faites à l’Assemblée nationale pour constater que tout le monde parle du No-fault.

Comment expliquer que ce régime public d’assurance automobile soit désigné par sa seule appellation anglaise? Aussi surprenant que cela puisse paraître. Il semble bien que le premier responsable soit le législateur lui-même. En effet, il a trouvé une appellation en anglais pour désigner le régime, mais n’en a pas trouvé une en français. À preuve, le texte qui suit de l’article 5 de la Loi sur l’assurance automobile, publié en anglais et en français.

Responsabilité

5. Les indemnités accordées par la Société de l’assurance automobile du Québec en vertu du présent titre le sont sans égard à la responsabilité de quiconque.

No-fault system

5. Compensation under this tittle is granted by the Société de l’assurance automobile du Québec regardless of who is at fault.

On trouve la même formulation, à la fois en français et en anglais, à l’article 83.58 qui suit :

Régime privé d’assurance

83.58. Rien dans la présente section ne limite le droit d’une personne de réclamer une indemnité en vertu d’un régime privé d’assurance, sans égard à la responsabilité de quiconque.

Private insurance scheme

83.58. Nothig in this division limits the right of a person to claim an indemnity under a private insurance scheme, regardless of who is at fault.

La définition du régime en anglais est « regardless of who is at fault » et en français « sans égard à la responsabilité de quiconque ». Il est curieux de constater que l’expression « sans égard à la faute » qu’on voit souvent entre parenthèses, à côté de No-fault, ne figure nulle part dans la loi. D’où vient-elle? Pourquoi a-t-elle supplanté « sans égard à la responsabilité », qui est celle du législateur? Est-elle le fruit de la génération spontanée? Dans la version française, le titre de l’article 5 se résume au mot « Responsabilité » qui n’est pas une appellation du régime et qui ne dit strictement rien sur sa nature. Les rédacteurs de la loi, des francophones sûrement, ont trouvé une appellation pour désigner le régime en anglais, mais ils n’en ont pas trouvé en français, à supposer qu’ils en aient cherché une. « C’est-ti assez fort », dirait Yvon Deschamps. Cela s’est passé en 1977, année de l’adoption de la Charte de la langue française. Curieuse coïncidence!

Au départ, le législateur écarte la responsabilité pour déterminer le paiement des indemnités, mais il ne dit pas par quel principe il la remplace à l’avenir. Il s’exprime de façon négative en disant : sans égard à la responsabilité, mais ne dit pas eu égard à quoi. C’est à cette dernière question qu’il faut répondre pour trouver une appellation qui corresponde à une définition positive.

Il est temps, après 27 ans, de trouver une véritable appellation en français pour désigner le régime d’assurance automobile du Québec. Il est évident que personne n’utilisera la définition « indemnisation sans égard à la faute », dont nous ignorons la provenance, non plus qu’indemnisation sans égard à la responsabilité, au lieu et place de No-fault. En pratique, le choix est vite fait entre une appellation composée de 2 mots et formée de 2 syllabes, et une définition composée de 6 mots et de 12 syllabes dans un cas, et de 6 mots et de 16 syllables dans l’autre. Si l’on veut pouvoir s’exprimer en français, il faut donc proposer une appellation française vu que le législateur ne l’a pas fait.

Certains ont suggéré responsabilité pour risque, responsabilité sans faute, indemnisation sans faute, indemnisation sans responsabilité, indemnisation directe, indemnisation pour risque, qui ne font pas l’unanimité pour le moment. Que proposez-vous alors? Qui dit mieux? On ne peut tolérer plus longtemps le statu quo.

Nous attendons vos suggestions.

Le comité du courriel

Boîte postale 10450 Sainte-Foy (Québec) G1V 4N1
Tél. (418) 654-1649 Téléc. (418) 654-0916
courriel : association@asulf.org

(Le 1er avril 2004)