LE DÉGOÛT DES PARTIS LIBÉRAUX


Réf. initiale : http://ledevoir.com/2004/05/01/53561.html





Destinataires prioritaires :

John James Charest, premier ministre du Québec (commentairespm@mce.gouv.Qc.ca)

– Benoît Pelletier, ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et aux Affaires autochtones (ministre.saic@mce.gouv.Qc.ca)

– Paul Martin, prime minister of Canada (martip@parl.gc.ca)

Si j’ai totalement perdu confiance dans le gouvernement du Canada, et épuisé du même élan le respect que je lui portais à ce jour, et ce jusqu’à la répugnance même, en parallèle c’est rien moins que l’aversion que vous, ministres de l’Assemblée nationale du Québec, vous m’inspirez désormais. Car si les ambassadeurs et présumés défenseurs du Québec en sont simultanément les fossoyeurs, indiquez-moi messieurs, dans les circonstances, l’issue qu’il me reste comme citoyenne… hormis le travail d’évacuation des lieux nationaux de vos personnes à la manière, s’il en faut, d’une certaine Jeanne qui jadis bouta les Anglais hors de France…?

Oui, j’en formule la requête. Aiguillez-moi dans mon courroux si vous deviez vous estimer habilités à entreprendre, à réussir surtout, pareille tâche d’«éclaireurs».

M. Charest, M. Pelletier, c’est l’aversion en effet que vous m’inspirez (ce n’est pas «beau» de dire «ça», je le sais bien. Et mon défunt papa n’apprécierait guère mon geste de plume, je le sais aussi. Mais dites-moi, honorables ministres: devrais-je à mon tour, et à votre façon, mentir en vue de flatter et de duper l’interlocuteur…?). Or c’est bel et bien ce «sentiment physique» qui m’habite, et pas un autre.

Et nul ne le regrette plus que moi, soyez-en convaincus. Qui donc rêve selon vous de voir son propre corps culbuté par une nausée de tous les instants, par exemple, ou terrassé jours après jour par une virulente gastro-entérite…?

Aussi, messieurs, c’est la violence civile que votre cécité et votre incompétence finiront par provoquer. Car de fait, aucun gouvernement au Québec n’a jamais été à ce jour l’incarnation aussi nette d’une réelle «instabilité politique». Ce n’est pas l’espoir de la Liberté et le labeur qui y est consacré (comme si une enfant se métamorphosant en femme constituait un danger pour la sécurité publique…) qui instaure un climat de cette nature au sein d’une nation. Bien au contraire. C’est l’assujettissement de celle-ci – en l’occurrence élaborée et planifiée plus ou moins en catimini par de fourbes et transfuges mandataires d’occasion – qui plus que tout suscite et alimente, irrépressible et infailliblement, la colère chez les enfants nobles et fiers d’un peuple qui refuse obstinément la domestication.

Ah…! et puis combien éloquent, n’est-ce pas, se révèle votre silence sur le congédiement tout récent, du sein de la Fonction publique du Canada, d’une Québécoise d’allégeance souverainiste (http://radio-canada.ca/nouvelles/Index/nouvelles/200404/29/016-gendron-congediee.shtml). Cette femme, Mme Édith Gendron (épouse et mère de trois enfants), qui réside dans la circonscr1ption même – Chapleau – dont vous êtes le député, M. Benoît Pelletier…

Eh oui… Et puis… Et pendant… ce temps – pendant l’énonciation «ferme» de ce silence complice, consentant, servile – vous ajoutez vos propres dollars (que dis-je? mes propres dollars de contribuables) à la Caisse milliardaire de la «Canadian Cause».

Êtes-vous véritablement bêtes à la fin, ou simplement myopes, ou bien sinon affectés d’une désolante déficience politique, idéologique et intellectuelle tout en une…?

Car s’il fallait éradiquer tous les fédéralistes de la Fonction publique québécoise et de… l’Assemblée nationale (tous les «Canada first and foremost»), eh bien, qui sait: c’est peut-être derrière les barreaux, M. Charest, M. Pelletier, que vous vous retrouveriez…

Pour haute trahison.

Vous êtes tous les deux – Messieurs Charest et Pelletier – d’une irresponsabilité abyssale. Et manifestement, il est au-dessus de vos lumières de comprendre que c’est trop, beaucoup trop demander à la société civile que d’exiger d’elle qu’elle vous regarde passivement démolir son État, sa nation, sa patrie.

Messieurs, en effet, je n’ai plus aucune confiance en vous et en votre gouvernement. Ni du reste en celui qui siège à Ottawa, celui-là même qui – à mon insu et contre ma volonté – m’a dépouillée de mes avoirs citoyens à coûts de centaines et de centaines de millions de dollars pour mieux tenter, ensuite, d’aliéner mon esprit à un pays que je ne puis plus, en ces conditions, que mépriser de toute ma chair, de toute mon âme.

La citoyenne que je suis a été par vous tous trahie.
De haut en bas, d’un travers à l’autre.

En conséquence :

a) Je ne veux absolument pas de ce Québec eunuque que vous traficotez depuis un an afin de le rendre parfaitement insignifiant, insipide, assujetti, inféodé et impuissant dans ce Canada des Trudeau, des Chrétien, des Alain Dubuc, des Stéphane Dion, des André Pratte, des Jean Pelletier, des André Ouellet, des Pierre Pettigrew et des Denis Coderre.

b) Et parce que de la sorte ma nationalité actuelle est devenue pour moi un fardeau, une tache, une honte même, je ne me reconnais plus comme Canadienne et je refuse désormais, viscéralement, cette identité.

Je ne pourrai plus jamais avoir confiance en vous, en vos pareils et dans le Canada. C’est pourquoi maintenant je me battrai jusqu’à mon dernier souffle – moi, simple femme sans pouvoir, sans armes, sans voix et sans force – pour reconquérir le pays qu’on m’a volé par abus, par tromperie, par mensonge, par achat des consciences et par mépris de mon être tout entier – culturel, linguistique, national. Voire ontologique.

Ce pays, c’est celui de Gilles Vigneault et de René Lévesque. Et nul autre.

«Ce pays même – comme l’a écrit ce premier il y a déjà quelques décennies – qui est au fond de moi…».

Vous m’avez violée. Vous le paierez.

Laure Gardenelle

Québec, 1er mai 2004

Pour votre gouverne, quelques rappels (que je crois) utiles : http://ledevoir.com/2004/01/21/45361.html, http://www.ledevoir.com/dossiers/304/50833.html?304, http://www.vigile.net/ds-langue/docs/02-6-26-jlg-acadie.html, http://www.soreltracy.com/liter/2004/avril/24av.html