LA DISPARITION DES LANGUES

(Le texte suivant qui nous a été communiqué par Claude Guillemain est extrait
du groupe de discussion Dialogues_francophones.)

DERNIERES NOUVELLES D’ALSACE

Quel avenir pour l’alsacien ?

La disparition du dialecte, responsabilité ou fatalité ? C’est la question
que pose Joseph Schmittbiel, traducteur, auteur et metteur en scène de théâtre,
qui tiendra une conférence sur le sujet, en alsacien, ce dimanche à la foire
éco-bio de Rouffach.

DNA : Selon vous, on se dirige vers un appauvrissement absolu des langues.
Pourquoi ?

Joseph Schmittbiel : Aujourd’hui, 6000 à 6500 idiomes sont pratiqués
couramment dans le monde. La situation est telle qu’à la fin du siècle, plus de
la moitié de ces idiomes auront disparu. D’une part, cette diversité a été
détruite par la formation des Etats, d’autre part, chaque peuple parle une
langue adaptée à son milieu mais ces mêmes Etats ont uniformisé leur territoire.

DNA : En tant qu’individus, que peut-on faire pour stopper l’extinction du
dialecte ?

J.S. : Dans la mesure où on est héritier d’une langue parce qu’on est
Alsacien, Flamand au autre, on doit veiller à la maintenir -par
l’officialisation et et l’enseignement par exemple- et à la pratiquer
couramment, ce qui ne veut pas dire qu’on rejette la langue de l’Etat dans
lequel on vit puisque le bilinguisme est la règle générale pour l’ensemble.

DNA : Quel est la situation et l’avenir de l’alsacien par rapport à d’autres
dialectes ?

J.S. : La situation est difficile. On a affaire à un Etat qui est la France,
qui est un état de centralisme et qui ne veut rien savoir sur les langues
régionales. En 1789, moins de 40% de la population parlait le Français. Les
autres locuteurs usitaient des parlers locaux. Les députés étaient sur le point
de traduire les nouvelles lois mais les Jacobins ont imposé leur vision : une
langue pour un pays, et toute autre langue doit être éradiquée. Malgré les
changements de régimes, ce centralisme s’est maintenu de façon rigide ce qui
fait qu’il est encore aujourd’hui extrêmement difficile pour les associations de
se battre, car le Français est inscrit dans la Constitution.

DNA : Quelles sont les répercussions de la non-reconnaissance des langues
régionales ?

J.S. : Les conséquences de ce refus ne sont autres qu’un appauvrissement
culturel et une difficulté à s’ouvrir au monde car les Français sont des
monolingues rigides. La langue maternelle n’étant pas relayée par l’école, elle
est réduite à la sphère privée et n’est donc plus une langue de culture.

DNA : L’Alsace est pourtant une région de droit local ?

J.S. : Toute la question est là : est-ce que les Alsaciens veulent défendre
leur langue ? Et est-ce qu’on leur en laisse les moyens ?

DNA : Si nous sommes trop faibles pour la défendre, nous pourrions envisager
de nous rattacher au système allemand puisque l’alsacien est une langue
germanique ?

J.S. : Le problème est plus complexe qu’il n’y parait. Pour survivre, la
dialecte a absolument besoin la transmission familiale. Le problème est
politique. C’est à la France de s’adapter. Tant qu’on ne défendra pas la
diversité politique, ethnique, culturelle… on poursuivra le lent processus de
destruction des langues entamé depuis deux ou trois siècles.

Recueilli par Virginie Pruvot

La disparition des langues à travers le monde et la responsabilité
alsacienne, la conférence -qui a eu lieu en français- aura lieu ce dimanche, en
alsacien, de 15h à 17h, à l’ancien Hôtel de Ville de Rouffach, dans le cadre de
la foire éco-bio. Légende photo : Joseph Schmittbiel : « Le processus
d’extinction des langues s’emballe. cette menace est comparable à celle qui pèse
sur la biodiversité. »

(Photo DNA) © Dernières Nouvelles d’Alsace – Dim 23 mai 2004
www.dna.fr