INTÉGRATION EUROPÉENNE

Chers amis d’Impératif français et de l’AFRAV,

je trouve scandaleux que vous donniez lecture sur vos sites Internet du venin souverainiste de M. Myard.
http://www.imperatif-francais.org/bienvenu/articles/2004/lettre-au-president-de-lassemblee-
nationale-francaise.html

http://www.francophonie-av.com/Index%20AS%20Assemblee%20nationale%20en%20anglais.htm

Condamner l’anglomanie croissante de nos compatriotes et d’une grande majorité des élites européennes est une chose et j’y souscris. Utiliser la défense de la francophonie pour servir des intérêts partisans, gaullistes, et méprisant de la beauté et de la grandeur de la construction européenne en est une autre. Que M. Myard aille s’exprimer sur http://www.voxlatina.com/index.php3, la tribune des nationalistes anti-européens (ce qu’il fait d’ailleurs), mais surtout qu’il y reste!

La cause de la francophonie n’a vraiment pas besoin de ces discours haineux qui lui aliènent les citoyens français et européens qui savent que l’avenir est aussi à la démocratie supranationale.

Je suis fédéraliste européen et, en ce qui me concerne, c’est au nom de l’idéal fédéraliste que je défends la diversité culturelle et le multilinguisme. Alors que vos sites soient ouverts à tous ceux qui défendent le français dans le respect des autres, mais seulement à eux. Et je ne me sens pas du tout respecté par le verbiage de ceux pour qui tout est bon pour décrier l’union des peuples et le dépassement de la souveraineté des état dans le respect des droits des nations.

Amitiés francophones et fédéralistes,
Adam Valency

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—– Original Message —–
From: jp.zimmermann
To: multilinguisme
Sent: Wednesday, September 08, 2004 10:32 AM
Subject: Impératif français : réaction à votre article

Monsieur,

J’ai lu votre texte publié sur Impératif français et me permets d’y réagir :

>je trouve scandaleux que vous donniez lecture sur vos sites Internet du venin
>souverainiste de M. Myard.

Venin souverainiste ? Ce genre d’expression semble déjà dénoter une intolérance certaine face aux idées des autres. J’ai lu les textes de M.
Myard et je ne comprends vraiment pas ce qu’ils ont de choquant.

>Que M. Myard aille s’exprimer sur http://www.voxlatina.com/index.php3, la tribune
>des nationalistes anti-européens (ce qu’il fait d’ailleurs), mais surtout qu’il y reste!

Cette phrase est scandaleuse. De quel droit décidez-vous de l’éviction de M.
Myard des tribunes publiées ? Pourquoi les fédéralistes auraient-ils droit à la parole et pas les souverainistes ? Votre intolérance est inadmissible.

>La cause de la francophonie n’a vraiment pas besoin de ces discours haineux qui lui
>aliènent les citoyens français et européens qui savent que l’avenir est aussi à la
>démocratie supranationale.

Mais la démocratie supranationale n’existe pas ! Avez-vous lu le texte de la pseudo-Constitution européenne ? Elle n’a strictement rien de démocratique.
C’est même tout le contraire. De plus en plus de décisions ne seront plus prises par les peuples mais par une technocratie européenne coupée de la démocratie. C’est déjà le cas pour la monnaie et cela serait également le cas de la politique étrangère et de la défense si on laissait faire les européistes.

>Je suis fédéraliste européen et, en ce qui me concerne, c’est au nom de l’idéal
>fédéraliste que je défends la diversité culturelle et le multilinguisme.

Le fédéralisme européen n’est tout simplement pas viable car il n’existe pas de peuple européen.

Pour conclure, je vous invite à lire en post-scr1ptum le texte publié récemment par Philippe de Villiers dans le Figaro, texte très intéressant et qui montre bien que notre pays va perdre complètement sa souveraineté dans la « construction » européenne.

Salutations souverainistes

Jean-Paul ZIMMERMANN

Post-scr1ptum :
Un commissaire «steward» pour la France

Par Philippe de VILLIERS*
[26 août 2004]

Les brumes estivales auront-elles dissipé les illusions tenaces de nos élites bruxellophiles ? Une nouvelle Commission est aux commandes. Nous espérions peser sur le choix du pilote. Et nous voilà dans la cabine arrière, avec Jacques Barrot, chargé des plans de vol, nommé «commissaire aux Transports». La France a donc obtenu, faute de copilote, un chef steward.

Notre commissaire national hérite d’une moitié de portefeuille de son prédécesseur, qui avait également en charge l’énergie et les Relations interinstitutionnelles. Ce qui nous vaut le lamento touchant de l’eurobéat Bourlanges : «En découvrant la composition de la commission Barroso et l’attribution des portefeuilles entre ses membres, les Français découvrent qu’ils ne pèsent plus très lourd au sein de l’institution.» On nous avait pourtant, et depuis si longtemps, vanté les mérites de la «souveraineté partagée» avec cette exhortation tant de fois entendue : «Offrez votre souveraineté à Bruxelles, elle vous sera rendue au centuple !» Même en euros, le centuple ne vaut pas cher. Et voilà que toute la presse répète, à longueur de colonnes, le constat navrant «… perte d’influence française».

Il me semble que cette situation appelle trois questions : 1°) En quoi l’«affaire Barrot» révèle-t-elle une perte d’influence française ? 2°) Cette perte d’influence est-elle conjoncturelle ou eurostructurelle ? 3°) La Constitution européenne remédie-t-elle à cette perte d’influence ?

L’«affaire Barrot» souligne et signale effectivement une perte d’influence spectaculaire de notre pays à Bruxelles. Nous voilà, au sortir de l’été, avec une France diminuée, voire piétinée. Car le portefeuille des transports relève d’une compétence européenne secondaire par rapport à tant d’autres responsabilités stratégiques : la Concurrence confiée aux Pays-Bas, le Commerce international remis aux Britanniques, l’Agriculture offerte aux Danois. Une compétence du reste partagée car le commissaire aux Transports devra, en matière de sécurité maritime, sa première priorité, composer et négocier avec Malte, champion du monde des pavillons de complaisance, qui hérite des Affaires maritimes. Enfin, une compétence sans poids réel puisque le budget de M. Barrot représente le 1/20e de celui de l’Agriculture.

Pauvre France, humiliée, avec ce demi-portefeuille de commissaire aux Transports amoureux de Bruxelles, et marginalisée puisque cette nouvelle Commission révèle un tropisme atlantiste et mondialiste, aux antipodes des conceptions françaises. D’ailleurs, les documents de la Commission ne sont même plus traduits en langue française. Nous voilà au niveau des Lettons et à égalité avec les Finlandais. Comme on disait jadis, nous voilà «finlandisés» !

Cet eurocamouflet s’inscrit dans une suite logique, une logique d’abandon.
La cueillette estivale est révélatrice : le 15 juin, le secrétaire général du Conseil constitutionnel annonce que notre Cour suprême vient de décider que le «droit européen primerait désormais sur la Constitution française» ; et il s’abandonne à une confidence vite ravalée comme une gaffe : «la décision date du 10 juin». Les élections européennes ayant lieu le 13 juin, le choix a été fait d’annoncer cette révolution juridico-politique le 15 juin seulement, pour éviter que «certains souverainistes n’exploitent cet argument, ce qui aurait été fâcheux». Si je comprends bien, «il eût été fâcheux» que le peuple fût informé. Car il faut que le peuple continue à se croire souverain pour que nos élus continuent à faire croire qu’ils le représentent et qu’ils le gouvernent.

Quelques jours plus tard, dans un aveu incroyable, le ministre du Commerce extérieur confie son découragement devant les manoeuvres de l’OMC et de Bruxelles pour relancer le cycle de Doha et isoler la France qui n’a plus de pouvoirs juridiques d’autodéfense de «feu son agriculture», morte pour l’Europe. Il y a quelques jours encore, le premier ministre renonçait à l’amnistie fiscale parce que cette mesure «ne devait être prise qu’à Bruxelles». On pourrait allonger la liste, avec par exemple le transfert de tous nos pouvoirs en matière d’immigration, désormais entre les mains des commissaires de Bruxelles.

Cette perte d’influence chronique ne résulte pas d’une succession d’erreurs individuelles mais s’inscrit dans une logique de soumission et d’aliénation programmée consciemment par nos gouvernants successifs depuis vingt ans.
C’est ainsi qu’à la suite du traité de Nice et en application de la future Constitution, la France va connaître un triple décrochage dans les trois instances de la décision bruxelloise. Premier décrochage au Parlement européen : 72 députés, contre 99 à l’Allemagne ; deuxième décrochage à la Commission : non plus 2 commissaires sur 20 mais un commissaire à éclipse sur 15 ; troisième décrochage au Conseil où la France ne pèsera plus qu’environ 13%, contre 18% à l’Allemagne.

Loin de porter remède à cette situation, le projet de Constitution européenne va nous affaiblir davantage pour au moins trois raisons :

– D’abord parce que la Commission de Bruxelles voit s’étendre ses domaines d’intervention, alors même que son monopole d’initiative est lui-même consolidé. Nous sommes donc de plus en plus faibles dans une Commission qui sera de plus en plus forte.

– Ensuite, parce que la «fédéralisation» des décisions au Conseil des ministres sera désormais définitive. En d’autres termes, le vote à la majorité deviendra dorénavant la règle générale. La France sera donc «constitutionnellement» minoritaire, structurellement marginale.

– Enfin, parce que l’Union européenne sera dotée de la personnalité juridique, ce qui lui permettra d’intervenir désormais comme un acteur à part entière dans la vie internationale ; elle pourra signer des traités en son nom propre et non plus seulement au nom des états membres.

Le but secret de M. Giscard d’Estaing et de sa Constitution est de faire de la France un «Land» de Bruxelles et dégrader notre Constitution au rang d’un règlement intérieur d’une simple région de l’Union européenne. Je pense que l’idée de cette chape constitutionnelle est absurde. On ne fera pas une Europe puissante en écrasant les nations qui la composent. Il n’y a pas d’autre solution pour l’Europe que de choisir comme ressort de son rayonnement le dynamisme des nations.

C’est pourquoi je propose, en lieu et place d’un corset constitutionnel uniformisateur qui aggrave au lieu de les corriger les défauts actuels de la construction européenne, ou d’un maintien du traité de Nice, la conclusion d’un traité refondateur pour la grande Europe, conclu entre égaux. Au coeur de ce traité, il faut inscrire le respect mutuel des souverainetés, gage de paix durable et la libre adhésion à des coopérations différenciées, qui permettra des actions communes reposant non pas sur la contrainte mais sur un accord réel et profond des volontés.

Les nations ne sont pas condam nées à l’impuissance. Là où elles disposent d’autonomie, elles sont actives. Voyez l’accord de Malaga, la position de la France sur l’Irak à l’ONU et son intervention en Côte d’Ivoire et en Haïti pour prévenir des guerres civiles généralisées, le chantier de l’Airbus A 380, la création du géant pharmaceutique Sanofi-Aventis et de Air France-KLM… Ce n’est pas en arrachant aux acteurs nationaux leur capacité d’initiative au profit d’une entité centralisée que l’on bâtira l’Europe-puissance. C’est au contraire en s’appuyant sur la dynamique des démocraties nationales qu’on fera vivre une Europe libre. L’Europe de demain, ce n’est pas celle des centralisateurs et des uniformisateurs qui suscite la désaffection. C’est celle des libres coopérations qui suscitera à nouveau l’adhésion. Encore faudrait-il répondre en préalable à la question suivante : pourquoi tous nos politiciens veulent-ils en finir avec la France ? Ne voient-ils pas qu’à Athènes, ce que regardent les Français sur leurs écrans, ce ne sont pas les médailles de l’Europe mais les médailles de la France ? Nos vainqueurs ne sont pas des Européens de France mais des Français d’Europe.

* Président du Mouvement pour la France

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—–Message d’origine—–
De : Adam Valency [mailto:multilinguisme@gmx.net] Envoyé : mercredi 8 septembre 2004 15:50 à : jp.zimmermann Cc : Impératif français Objet : Re: Impératif Français : réaction à votre article

Cher Monsieur,

Il ne s’agit pas de donner la parole aux souverainistes ou aux fédéralistes, mais précisément d’éviter que la cause de la francophonie ne soit dévoyée par les uns ou par les autres. Je ne crois pas, dans mes messages postés sur le site d’Impératif Français (IF) que mon engagement fédéraliste transparaisse particulièrement (peut-être y ai-je fait référence une fois il y a très longtemps). Ce n’est pas le cas de Monsieur Myard qui, non content de limiter sa critique à l’envahissement anglo-saxon, en profite toujours de manière plus ou moins subreptice pour assimiler les eurointégrationistes à un "parti de l’étranger" et de traîtres. Il n’est que de constater sa référence sournoise à "une certaine ‘élite’ décadente" et l’accent mis sur le rayonnement de la France et les intérêts nationaux qui, lus ensemble avec le terme de "trahison" ne peuvent qu’accréditer l’idée selon laquelle il existerait une sorte d’égalité entre le combat pour la francophonie et celui contre l’intégration européenne. Les textes de M. Myard ne sont jamais gratuits. Son combat pour la francophonie n’est qu’accessoire à son combat plus large contre le fédéralisme européen, ce qui serait sans importance si cela ne transparaissait dans ses écrits.

Il me semble qu’un site comme celui d’IF doit accueillir tous les textes non partisans en faveur de la francophonie. Pour le reste, et en particulier la question du bien-fondé des thèses fédéralistes (démocratie supra-nationale…), je pense justement que le site d’IF n’est absolument pas le lieu de tels débats. Je m’amuserai à démonter point par point le texte de M. De Villiers dans un autre courriel; c’est toujours un exercise très distrayant.

Pour finir, je ne pensais pas que ma réaction serait mise en ligne, et, quoi que je n’en renie rien, je préférerais qu’elle n’apparaisse pas sur le site, puisqu’elle était surtout de nature interne, et concernant spécifiquement la politique des administrateurs du site. Mais c’est ma faute: je leur avais fait savoir que tous mes messages pouvaient être publiés sans accord préalable, en n’ayant à l’esprit que ceux que l’on envoie à ceux qui attaquent quotidiennement la langue française. Il est en effet bien dommage que les défenseurs de la francophonie affichent ainsi en ligne leurs dissensions; vous pensez bien que j’aurais été autrement plus mesuré dans mon propre "venin" fédéraliste.

Bien. Ces mises au point étant faites, je vais lire l’article de M. De Villiers et je vous enverrai ma réponse.

Bien cordialement,

Adam Valency
multilinguisme@gmx.net

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—–Message d’origine—–
De : jp.zimmermann [mailto:jp.zimmermann@laposte.net] Envoyé : jeudi 9 septembre 2004 03:24
à : multilinguisme
Cc : Imperatif
Objet : Re: Impératif Français : réaction à votre article

Monsieur,

Merci pour votre réponse mais vos arguments ne me convainquent pas et je me permets donc d’ajouter quelques observations complémentaires :

> Ce n’est pas le cas de Monsieur Myard qui, non content de limiter sa critique à
>l’envahissement anglo-saxon, en profite toujours de manière plus ou moins subreptice pour
>assimiler les eurointégrationistes à un "parti de l’étranger" et de traîtres.

Quand bien même cela serait vrai, je ne vois pas pourquoi il ne faudrait pas lui donner la parole. Si M. Myard a tort « d’assimiler les eurointégrationistes à un "parti de l’étranger" et de traîtres », c’est à vous de le prouver mais il est clair que cela sera difficile. En effet, au vu du sort qui est réservé par les eurocrates à la langue française, il est bien évident que, comme le souligne M. Myard, il y a bien égalité entre le combat pour la francophonie et celui contre l’intégration européenne.

Les exemples qui étayent cette affirmation sont malheureusement nombreux.
Pour se rafraîchir la mémoire, rappelons les principaux :

Tentative de Romano Prodi d’instaurer l´unilinguisme anglais pour le fonctionnement des principales instances de l´Union, supprimant l´allemand et le français comme langues de travail, l´anglais devenant la seule langue-pivot :
http://www.vigile.net/dossier-qi/1-9/qi-12.html

Interdiction de l’étiquetage en français des denrées alimentaires :
http://www.vigile.net/ds-langue/docs/02-8-10-noguez-avenir.html

L’Europe interdit le français aux candidats à l’Union dans le domaine agricole :
http://www.imperatif-francais.org/bienvenu/articles/2002/leurope-interdit-lusage-du-
francais-aux-candidats-a-lunion-dans-le-domaine-agricole.html

« English mother tongue » (ou comment utiliser l’anglais comme outil de discrimination ethnique à l’embauche) :
http://www.mef.qc.ca/english_mother_tongue_only.htm

etc.

Si on n’est toujours pas convaincu de la nocivité de l’intégration européenne pour la langue française, il n’y a qu’à consulter les sites internet de nombreux organismes européens officiels, qui ne s’affichent qu’en anglais :

http://www.easa.eu.int/
http://www.emsa.eu.int/
http://www.eeb.org/
http://www.claiu.org
http://www.emea.eu.int/
http://www.cenorm.be/
http://www.cedefop.eu.int
http://www.euro-online.org/
http://ean.cepn.asso.fr/
http://www.iue.it/
http://www.etf.eu.int/
http://www.jrc.it/
http://www.europa.eu.int/comm/youth/index_en.html
http://europa.eu.int/comm/dgs/justice_home/index_en.htm
http://europa.eu.int/comm/dgs/economy_finance/index_en.htm
http://europa.eu.int/comm/external_relations/index.htm
http://www.eurofinas.org/
http://www.eadp.be/
http://www.cenelec.be/
http://www.colipa.com/

et ceci alors que le français est langue de travail officielle des institutions européennes : http://www.france.diplomatie.fr/europe/fran_euro/

>Son combat pour la francophonie n’est qu’accessoire à son combat plus large contre le
>fédéralisme européen, ce qui serait sans importance si cela ne transparaissait dans ses écrits.

Le combat contre le fédéralisme européen est tout à fait légitime si on veut promouvoir la francophonie. L’Europe se fiche complètement du français et s’exprime majoritairement en anglais. Regardez Euronews de temps en temps pour vous en convaincre…

> Il me semble qu’un site comme celui d’IF doit accueillir tous les
> textes non partisans en
>faveur de la francophonie.

Et pourquoi donc non partisans ? Encore une fois, M. Myard écrit des choses très justes. à vous de les contre-dire mais par des faits concrets et non en parlant de « venin souverainiste »(sic).

>Je m’amuserai à démonter point par point le texte de M. De Villiers
>dans un autre courriel;
>c’est toujours un exercise très distrayant.

Vu que vous pensez apparemment que l’intégration européenne est bonne pour le français(sic), cela risque effectivement d’être très distrayant. Je crois cependant que M. de Villiers et les autres souverainistes tiennent un véritable discours de vérité, loin des idéologies européistes, totalement irréalistes. Un seul exemple : on n’a cessé de nous parler de politique étrangère commune pour l’Europe depuis 1992 (traité de Maastricht) et il est clair qu’elle est inexistante. On a même un représentant de la politique étrangère européenne – M. Javier Solana – qui ne sert strictement à rien vu que les décisions sont prises au niveau des états.
Pour conclure, je ne vais pas me lancer plus en avant dans la critique des idées européistes car ce serait trop long. J’espère cependant avoir bien montré que l’intégration européenne est clairement néfaste pour le français.
Et croyez-bien que je le regrette.

Cordialement
Jean-Paul Zimmermann
jp.zimmermann@laposte.net

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—–Message d’origine—–
De : Adam Valency [mailto:multilinguisme@gmx.net] Envoyé : jeudi 9 septembre 2004 15:30 à : jp.zimmermann Cc : Impératif français Objet : Re: Impératif Français : réaction à votre article

Cher Monsieur,

très rapidement, parce que, si le débat est intéressant, je sais bien que nos vues sont irréconciliables:

– je persiste à dire que ce n’est pas l’intégration européenne qui menace la francophonie (et, en fait, le multilinguisme et la diversité linguistique), mais tout simplement la connerie des gens, les effets de mode, l’influence culturo-économico-politique des "Anglo-saxons", j’en passe et des meilleures. Tous les liens que vous citez, rassurez-vous, je les connais déjà. Dire qu’ils démontrent que l’intégration européenne nuit par essence au multilinguisme, c’est comme si je vous disais que l’unité de la République interdisait à France3 de faire des émissions en langue régionale.
On peut faire dire à l’unité (ou, dans le contexte actuel, au principe de laïcité) ce qu’on veut et c’est pareil pour l’intégration européenne.
Il n’y a pas d’intégration européenne "en soi", flottant dans les airs.
L’intégration européenne n’est que ce qu’on en fait. On en fait actuellement un instrument qui joue contre la francophonie et la diversité linguistique.
Ce n’est pas une fatalité. Or, en faisant l’égalité entre intégration européenne et disparition du français, vous mélangez la pratique des institutions européennes actuelles (que je condamne) avec l’objectif d’intégration européenne qu’ont de nombreux fédéralistes .

Je n’ai jamais dit que l’intégration européenne est en soi bonne pour le français. Je dis que ce sont deux choses distinctes et qu’un peu de hauteur de vue et une conception un peu moins manichéenne du monde politique vous permettraient de voir que rien n’est jamais tout blanc ni tout noir. On peut être fédéraliste et, tout en ayant sa propre cohérence, être favorable au multilinguisme (puisque pour un fédéraliste, le respect de la diversité culturelle est le principe de base de l’organisation politique: nous ne voulons pas que l’Europe devienne un super-Etat centralisé, c’est tout l’inverse!) ou non (en pensant qu’il faut une lingua franca pour que tous puissent se comprendre).

Essayez de comprendre que les deux positions se défendent et ont leur cohérence interne. Comme j’admets bien volontiers que ce soit vos conceptions souverainistes de la Grandeur de la France qui fondent votre défense de la francophonie. Mais cessez, de grâce, de disqualifier toute autre opinion! Acceptez que l’intégration européenne puisse être considérée comme un projet magnifique au service de la diversité de ses nations!

– et comme nous ne serons sans doute jamais d’accord sur le fond, je ne crois pas que le site d’IF soit le lieu d’un débat entre francophones sur les bienfaits ou les méfaits de l’intégration européenne. Je n’ai rien à vous prouver, ni rien à vous démontrer car je ne crois pas avoir de compte à vous rendre – surtout sur un site dont ce n’est pas l’objet. C’est pourquoi je trouve du plus mauvais effet pour notre cause qu’un site défendant la francophonie fasse état des divergences et de divisions internes.

Tout cela pour dire que vous n’avez rien montré, que ce débat ne mène à rien et qu’il vaut mieux, je crois, en rester là. Je met IF en copie à toutes fins utiles (ça amuse peut-être les Canadiens de voir des Européens s’étriper entre eux, je ne sais pas ;-)), mais c’est, en ce qui me concerne, la dernière fois. Mes autres messages éventuels ne seront adressés qu’à vous.

Bonne soirée,

Adam Valency
multilinguisme@gmx.net

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COMMENTAIRES DE L’A.FR.AV ( www.francophonie-av.com ):

Les Souverainistes

Cher Monsieur,

Je constate à lire votre dernier courriel que vous êtes quelque peu dépité quant au fait que nous ayons mis en ligne sur notre site la lettre de protestation de M. Myard. J’en prends bonne note.

Pour la petite histoire, sachez que lorsque nous avons reçu le message de M. Myard, le 3 septembre, nous avions envoyé le jour même, une lettre de protestation à M. Renaud Donnedieu de Vabres, Ministre de la Culture, une lettre de protestation pour lui signifier que nous n’étions pas d’accord sur le fait que M. Drucker ait obtenu le Prix Roland Dorgelès, Prix attribué chaque année – et le Ministre fait partie du jury – à un professionnel du monde de l’audiovisuel qui a montré son attachement à la défense de la langue française. Inutile de vous dire que lorsque nous avons appris, grâce au courriel de M. Myard, que M. Donnedieu faisait partie de la clique des anglomanes qui allaient faire un congrès en anglais à l’Assemblée nationale, notre colère a atteint les sommets. Nous avons alors imaginé l’accueil qui sera réservé à notre lettre de protestation dans le service du Ministre, le Ministre qui sera peut-être en train de réviser son anglais pour sa future prestation à l’Assemblée. Bien sûr, nous mettrons en ligne prochainement notre lettre sur notre site, ainsi que la réponse du Ministre, s’il y en a une, s’il trouve le temps après son congrès en anglais de nous écrire deux ou trois mots bidons pour nous rassurer sur l’avenir de notre langue, avenir auquel, apparemment, il ne croit plus.

Ainsi dit, vous comprendrez, je l’espère, que nous ne pouvions pas mettre le message de M. Myard à la trappe.

Concernant M. Myard et les Souverainistes, je vous dirai que l’A.FR.AV est apolitique, c’est-à-dire qu’elle n’est affiliée à aucun parti politique, cela lui permet donc d’entendre et d’écouter tout un chacun, sans sectarisme aucun. Ainsi, avons-nous parmi nos adhérents, des personnes de gauche comme de droite, (…) des communistes, des royalistes, des rattachistes, des péquistes, des bovéistes, des espérantistes, des partisans de la droite nationale, des sans-étiquette, etc., .. et des souverainistes. Notre but, dans cette histoire, est de servir notre cause avant les partis, de parler de la défense de la langue française, de la lutte contre le tout anglais pour que vivent les langues, de la Francophonie pour plus de solidarité et de fraternité entre les peuples du Nord et du Sud, le tout dans chaque sphère de tous les partis politiques, quels qu’ils soient.

Enfin, permettez que j’émette une opinion concernant une phrase de votre courriel, cette phrase m’a interrogé : "l’avenir est aussi dans la démocratie supranationale".

La démocratie étant la loi de la majorité sur la minorité, comment alors ne pas se rappeler, et peut-être s’inquiéter, quand on sait que la démocratie à l’échelon national a permis en France l’élimination des identités régionales. Ne craignez-vous pas que la démocratie à l’échelon supranational permette la fin des identités nationales ? En résonnant par l’absurde, si demain l’ONU ou un gouvernement mondial décidait, au nom de la démocratie mondiale, de faire voter l’ensemble des terriens pour décider quelle langue serait enseignée dans nos écoles, à coup sûr la démocratie supranationale donnerait gagnant le mandarin.

Nos amis québécois ont maintenu le français jusqu’à maintenant parce que la démocratie s’exerce dans les limites de leur pays où les francophones sont encore majoritaires. S’il advenait, demain, que cette démocratie doive s’exercer au niveau du Canada ou du continent Nord-américain, il est bien évident que la majorité anglophone imposerait sa langue.

Est-ce un hasard alors, si ce sont les Québécois qui ont inventé le mot "Souverainiste" ? N’ont-ils pas compris, avant nous peut-être, que la démocratie est une fleur fragile qui a besoin de sa terre, de son climat, de ses saisons et des hommes qui savent lui parler et la soigner, pour qu’elle puisse vivre et prospérer ?

Je vous transmets mes meilleures salutations.

Régis Ravat

Président de l’A.FR.AV ( www.francophonie-av.com )

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(Le 12 septembre 2004)

—– Original Message —–
From: Adam Valency
To: afrav@tiscali.fr
Sent: Friday, September 10, 2004 12:37 AM
Subject: Re: Sus aux souverainistes

Cher Monsieur,

très rapidement. Je comprends parfaitement votre colère vis-à-vis de M. Drucker et de M. Aillagon. En ce moment, j’en viens à me demander s’il ne faudrait pas passer à des actions un peu plus médiatiques que les lettres (du genre entartrages ou grandes banderolles avec communiqués de presse) lors de ce type de cérémonies. Ou alors en faisant notre propre contre-prix, à décerner en grande pompe à celui ou celle qui aura le plus détruit la langue française (je vous l’accorde, nous aurions l’embarras du choix…)

Que l’AFRAV soit apolitique est précisement ce que j’y apprécie: j’étais heureux de trouver sur votre site un engagement en faveur du pluralisme linguistique, et ce sans arrières-pensées. C’est pourquoi, lorsqu’on sait que chez M. Myard, la défense du français n’est qu’un prétexte pour défendre ses positions politiques antieuropéennes et nationalistes, j’ai été très déçu de le voir célébré sur votre page d’accueil. Je me retrouve dans votre phrase "Notre but est de servir notre cause avant les partis" et c’est précisemment pour cela que les interventions de M. Myard me déplaisent tant. Son engagement partisan transparaît tellement dans la moindre de ses interventions qu’il instrumentalise notre cause et risque de nous aliéner des gens comme moi qui cherche à défendre le français et le multilinguisme sans s’opposer à l’idéal de rapprochement des peuples que peut constituer l’intégration européenne.

Concernant la démocratie internationale, j’ai bien fait attention à dire que l’avenir est AUSSI à la démocratie internationale, et non "seulement". Ce qui signifie qu’il ne faille pas se concentrer exclusivement sur les intérêts nationaux, mais que l’intérêt de l’Europe et du monde ont aussi un petit intérêt. Un seul exemple: le respect du protocole de Kyoto n’est dans l’intérêt d’aucun pays pris individuellement, mais il est dans celui de l’humanité. Idem pour les compétences de l’Union européenne. Chaque pays peut avoir intérêt à protéger ses emplois et son marché, mais si tout le monde le fait, alors, les barrières douanières reviendront, nous ne pourrons plus échanger entre nous et nous nous appauvrirons tous (mais protégés des autres!). Pour faire disparaître les barrières, il faut bien des règles communes. Si ces règles sont décidées à l’unanimité, autant dire qu’elles ne le seront jamais. Seule la majorité permet d’avancer. Et entre la majorité des diplomates et des technocrates qui travaillent à huis clos sans contrôle démocratique, un fédéraliste préfère que ce soit une majorité représentant à la fois les intérêts des Etats (le Conseil des ministres) et ceux des citoyens (le Parlement européen directement élu pouvant faire le choix, libre et démocratique d’une Europe plus sociale ou plus libérale. On en est encore loin aujourd’hui, me direz-vous: eh oui, parce que l’Union européenne n’est pas une Union fédérale, mais un truc hybride mi-fédéral, mi-diplomatique.

Vous appliquez une version française de la démocratie (celle d’un Etat-nation centralisé) à votre "raisonnement par l’absurde": une démocratie supranationale ne pourrait reposer que sur le modèle fédéral des démocraties consociatives, dont la nature est de respecter l’identité de leurs composantes, sauf à tomber dans la dictature de la majorité. Or, la démocratie n’est pas la dictature de la majorité, mais le respect de la minorité. Si nos amis québéquois ont maintenus le français, c’est précisemment parce que le Canada est une démocratie fédérale et non un Etat centralisé démocratique. Donc, appeler de ses voeux une démocratie supranationale n’est en rien incompatible avec la défense de la diversité culturelle et linguisitique. J’affirme au contraire que les deux sont indissolublement liés.

Quand aux souverainistes québéquois, je souhaite que les souverainistes européens aient aussi peu de succès qu’eux, puisque le Québec ne cesse, référendum après référendum, de rejetter toute sécession, tout en préservant sa culture et sa langue, ce qui prouve bien que dans un cadre fédéral l’identité n’est pas écrasée (même si, je vous le concède, il y a encore beaucoup à faire là-bas).

Le site d’Impératif Français va peut-être publier un échange que je viens d’avoir avec un internaute français souverainiste. Vous devriez le trouver dans la colonne de droite, sous le titre Sus au souverainistes, qu’à l’origine je n’avais pas envisagé de voir publié, puisqu’il s’agissait surtout d’une plainte adressée aux responsables de votre site et du leur.

Voilà. J’espère ne pas avoir été trop embrouillé dans mes explications, mais il se fait tard. Merci encore pour votre réponse.

Bien cordialement,

Adam Valency
multilinguisme@gmx.net

(Le 17 septembre 2004)