DEUX POIDS, DEUX MESURES

à L’ATTENTION DE M. Pierre Sénécal, « spécialiste en traitement des plaintes
» chez l’Office québécois de la langue française, et de son patron
info-plaintes@oqlf.gouv.qc.ca

Suite à ma plainte, nº/ref. 2004-27392 (voir ci-dessous)

Monsieur,

Par votre lettre du 24 août 2004, vous m’avez informé que ma plainte sur le
CAA-Québec ainsi qu’une autre soumise en mars 2001 ont été rejetées par la
Commission de la « protection » de la langue française parce que « [le] CAA
n'[a] pas un budget suffisant, [sic] pour faire traduire toute la documentation
dispensée à sa clientèle québécoise ». La CPLF s’est arrogé de négocier en bas
les droits linguistiques des Québécois en acceptant que le CAA-Québec ne publie
en français que « les itinéraires les plus en demande ». Ainsi les francophones
n’ont droit qu’à des guides « Québec-Miami » (je ne sais pas ce que vous
entendez par là) et ceux pour « les trajets de la côte Est amêricaine ».

Voilà la réalité de l’OQLF. S’il ne trouve pas un vide législatif qui lui
permet de dire que l’objet d’une plainte ne constitue pas une contravention de
la Charte de la langue française, il sorte l’atout du budget de la pauvre
entreprise anglolâtre afin de se débarrasser de la plainte. De toute façon, il
s’agit d’une victoire pour l’anglais aux dépens du français. Que les Québécois
ne se fassent plus d’illusions : l’Office trahit la langue de Molière et les
droits linguistiques des francophones.

Des guides en français sont offerts pour quelques endroits aux é-U mais pas
pour l’Ouest canadien ni pour les territoires — dans un pays dit bilingue. Les
Tabarnacos en Floride sont alors plus favorisés que les Franco-Manitobains chez
eux. Malgré les implications de votre lettre, je n’ai pas demandé la production
de guides en français pour le Dakota du Sud et l’Arkansas, quoiqu’une telle
demande d’une entreprise québécoise serait tout à fait raisonnable, correcte et
conforme à la Charte de la langue française. Mais l’offre de guides en français
pour tout le Canada est à mon avis le minimum minimorum que puisse faire le
CAA-Québec.

Votre lettre n’a pas traité la question de la qualité nettement inférieure
des guides en français, dont le guide pour le Québec lui-même, qui sont
distribués en noir et blanc, avec peu d’images, bien que les versions anglaises
des mêmes guides sont en couleurs et ont beaucoup d’images. Vous n’avez pas de
quoi me le dire : il coûterait quelques sous ; le CAA-Québec n’en a pas le
budget ; les francophones sont en tout cas des citoyens de seconde zone.

Vous m’avez remercié « de l’intérêt que [je] port[e] aux questions
linguistiques ». J’aimerais bien pouvoir vous remercier réciproquement, mais je
ne vois pas de grands intérêts pour les questions linguistiques de votre part.
Toutefois, je vous remercie d’avoir démontré, comme vos collègues l’ont fait
d’ores et déja à maintes reprises, l’hypocrisie perfide de l’OQLF.

Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments les plus exaspérés.

Scott Horne
shorne@hornetranslations.com

Copie conforme : CAA-Québec, Impératif Français &c.

P.-S. : Ayez l’amabilité de me rendre les trois exemplaires de guides que
l’Office m’a demandés.


La plainte de M. Scott à l’OQLF :

Membre du CAA/AAA depuis 1992, je suis énormément déçu de savoir que les «
Guides de la route », offerts gratuitement aux membres pour tout endroit en
Amérique du Nord, n’existent pas tous en français. Pour les états-Unis, les
seules guides en français sont pour la Floride, le Maine et quelques autres
endroits. Même au Canada, pays soi-disant bilingue, les guides pour les
provinces de l’ouest et pour les territoires du nord n’existent qu’en version
anglaise.

J’ai devant moi l’édition 2003 de « Le Québec et les provinces de
l’Atlantique » et de « Atlantic Provinces & Québec ». Celui-ci est bien beau,
toutes ses pages en couleur, plein d’images et de cartes. Celui-là est
entièrement en noir et blanc, avec peu d’images.

Cet organisme très réconnu en Amérique du Nord donne aux francophones un
service nettement inférieur à celui offert aux anglophones. Le tarif annuel, que
je sache, n’est pas réduit pour la clientèle francophone, mais les services si.

J’en ai parlé aujourd’hui avec une dame très courtoise au CAA-Québec. Elle
lamente le manque de littérature française. Selon elle, la justification
officielle en est le coût. Je ne doute pas que le CAA, comme toute autre
entreprise anglolâtre au Québec, aimerait se laver les mains de la langue de
Molière afin d’économiser quelques sous. Arrêtons donc de vivre, pour le bien de
ces braves apôtres du Saint-Fric.

Je suis maintenant membre catégorie « Plus », ce qui veut dire que j’ai droit
à des meilleurs services moyennant un tarif plus élevé. étant donné que je suis
membre de seconde zone sur le plan linguistique, je vais renouveler mon
abonnement au bas niveau qui, évidemment, convient plus aux francophones.
Abonnement catégorie « Moins », disons.


(Le 8 septembre 2004)