DES « OGNONS » SANS « I »?

Le texte suivant extrait du site Vigile nous a été communiqué par notre correspondante Mme Hélène Jetté.

DES « OGNONS » SANS « I »?

Richard U. Broenck, M.A.P., Québec

La langue française menacée par un décret de l’Office de la langue française

La ville de Québec fêtera bientôt ses 400 ans, qui célèbrent quatre siècles de présence francophone en Amérique. à la veille de cet anniversaire, nous apprenons, le 5 mai 2004, l’Office de la langue française du Québec a décidé de modifier l’orthographe de plusieurs mots de notre langue française pour « simplifier » le langage. Voici plusieurs de ces aberrations qui entreront en oeuvre à compter du 5 mai 2004. On écrira désormais:

· des épellations au son: assoir, nénufar, chariot, exéma, ognon, joailler

· l’abolition de traits d’union: piquenique, hautparleur, chauvesouris,

· l’abolition d’accents circonflexes: connaitre, voute

· des changements aux accents aigus: j’étiquète, elle ruissèle

· l’admission d’erreurs de participe passé du verbe laisser, suivi d’un infinitif qui deviendrait invariable : je les ai laissé partir)

Ce n’est malheureusement pas une plaisanterie. Ces « normes » sont désormais imposées à l’administration publique québécoise et feront éventuellement, de toute évidence, leur chemin dans les manuels scolaires pour contaminer les futures générations. La source du texte originel est disponible à:

http://www.oqlf.gouv.qc.ca/office/communiques/2004/20040503_rectificationorthographe.html

Les conséquences d’un tel changement sont évidentes pour le Québec. Plutôt que d’apprendre à écrire correctement, on apprendra désormais aux jeunes Québécois à écrire « au son ». Le Québec se destine ainsi à devenir le ghetto d’une pseudo francophonie assimilée. Il deviendra, avec le temps, incapable de communiquer avec les autres nations francophones. Notre industrie culturelle devra se replier sur elle sans pouvoir s’exporter. La littérature québécoise, les manuels scolaires cesseront d’être écrits en français pour être substitués par un pseudo patois, décidé par les bureaucrates de l’OFLQ, en marginalisant la place du Québec dans la francophonie mondiale.

Par les décisions internes d’un organisme qui ne rend aucun compte aux citoyens, la langue française se voit graduellement remplacée par un patois aseptisé, qui menace les fondements même de notre culture et de notre caractère francophone. Quelle sera l’étape suivante? écrire en phonétique, ou plutôt, en « fonetik »?

La défense de notre langue va au-delà des politiques partisanes, et transcende les idéologies politiques. Il nous faut agir avant que ces attaques contre notre langue ne s’étendent davantage. Les citoyens et francophones que nous sommes doivent se mobiliser pour protester contre cette tentative de crétinisation du langage francophone, en exigeant des autorités politiques que soit arrêté ce projet de nivellement par le bas de la langue française, au détriment non seulement des Québécois mais de l’ensemble des francophones. L’OQLF n’a pas autorité sur la langue que nous parlons, ni le pouvoir de décider comment les francophones du Québec doivent écrire et s’exprimer. Une telle autorité émane de l’ensemble de la francophonie, et ultimement des citoyens francophones du Québec, du Canada, de la France et d’ailleurs.

Salutations,

Richard U. Broenck, M.A.P., Québec, le 6 mai 2004

COMMUNIQUé DE L’OQLF

L’Office québécois de la langue française et les rectifications de l’orthographe

Montréal et Québec, le 3 mai 2004 – Dès 1991, l’Office québécois de la langue française s’est déclaré, de façon générale, favorable à l’application des rectifications de l’orthographe, mais, étant donné les réticences, voire l’opposition, qu’elles soulevaient dans divers milieux en France et ailleurs, il n’a pas voulu faire cavalier seul et imposer cette nouvelle norme au public québécois.

Depuis lors, l’Office suit l’évolution de l’accueil réservé aux rectifications dans la documentation ainsi que dans la société québécoise et la francophonie, et il les prend en considération dans ses travaux et dans les services qu’il offre au public.

Dans Le grand dictionnaire terminologique (GDT), l’Office applique déjà les graphies nouvelles dans le cas des néologismes et des emprunts. Dans ses autres travaux et publications, il donnera désormais priorité aux nouvelles graphies dans la mesure où elles sont attestées dans les dictionnaires usuels. L’Office estime qu’en cette période de transition ni les graphies traditionnelles ni les nouvelles graphies proposées ne doivent être considérées comme fautives.

Les deux annexes jointes à ce communiqué présentent respectivement une synthèse des rectifications de l’orthographe et des précisions sur la place que l’Office leur fait dans ses travaux.

Source :

Gérald Paquette

Chef des communications

Office québécois de la langue française

(514) 873-6567

info@oqlf.gouv.qc.ca

ANNEXE 1

LES RECTIFICATIONS DE L’ORTHOGRAPHE

« Les rectifications de l’orthographe » présentées par le Conseil supérieur de la langue française de France ont été publiées au Journal officiel de la République française le 6 décembre 1990. On peut en consulter le texte intégral dans le site de l’Office québécois de la langue française : www.oqlf.gouv.qc.ca/ressources/bibliotheque.

En bref, il s’agit de nouvelles règles orthographiques qui portent notamment sur :


  • le trait d’union dans les numéraux formant un nombre complexe (lier par des traits d’union tous les éléments des nombres écrits en lettres : mille-trois-cent-vingt-et-un, par exemple);
  • le singulier et le pluriel des noms composés comportant un trait d’union (écrire un abat-jour, des abat-jours; un après-midi, des après-midis, par exemple);
  • le tréma et les accents grave et circonflexe (déplacer le tréma : aigüe; remplacer l’accent aigu par l’accent grave sur certains temps de certains verbes : je cèderai, je considèrerais, par exemple; supprimer l’accent circonflexe sur le i et le u lorsqu’il n’a pas pour fonction de distinguer des sens ou des temps de verbes : connaitre, voute, par exemple);
  • les verbes en -eler, -eter (pour qu’ils s’écrivent tous, sauf appeler et jeter, avec un accent grave et un seul l ou un seul t, sur le modèle de peler et acheter : j’étiquète, elle ruissèle, par exemple);
  • le participe passé du verbe laisser suivi d’un infinitif (qui devient invariable : je les ai laissé partir, par exemple);
  • le singulier et le pluriel des mots empruntés (auxquels on fait suivre la règle générale : un scénario, des scénarios; un graffiti, des graffitis, par exemple);
  • certaines graphies de mots composés (dont on soude les éléments : piquenique, hautparleur, chauvesouris, pingpong, par exemple);
  • certaines anomalies (qui se trouvent rectifiées : assoir, nénufar, chariot, exéma, ognon, joailler, par exemple).

En outre, certaines recommandations s’adressent aux lexicographes et créateurs de néologismes; elles portent essentiellement sur l’emploi du trait d’union, sur l’accentuation des néologismes, sur la formation de mots composés (cas de soudure et cas de justification du trait d’union) et sur la francisation de la graphie des mots empruntés (accentuation, singulier ou pluriel).

ANNEXE 2

LES RECTIFICATIONS DE L’ORTHOGRAPHE à L’OFFICE QUéBéCOIS DE LA LANGUE FRANçAISE

Voici plus précisément de quelle façon l’Office québécois de la langue française intègre les rectifications de l’orthographe dans ses travaux et dans les services qu’il offre au public :

L’Office tient compte des « recommandations aux lexicographes et créateurs de néologismes » lorsqu’il crée ou accepte des mots nouveaux ou lorsqu’il doit se prononcer sur des emprunts faits à des langues étrangères. Parmi ces recommandations, l’Office a retenu celles qui portent sur la formation des mots composés (soudure des éléments : cogestion, motomarine, hypertexte, ou emploi du trait d’union : extra-utérin, italo-français) et sur les emprunts (qu’on francise en les adaptant à l’alphabet et à la graphie du français, quant à l’accentuation et à la règle générale du pluriel : listage, supporteur, malstrom, féta, raviolis, Inuits). Par conséquent, les néologismes qui sont intégrés au fur et à mesure dans Le grand dictionnaire terminologique (GDT) reflètent ces nouvelles orientations en matière de graphie des termes.

Par son service de consultation téléphonique, l’Office indique au public les différentes graphies d’un mot, le cas échéant, et signale celle qu’il privilégie (c’est-à-dire la nouvelle graphie si elle est attestée dans les dictionnaires usuels ou, dans le cas d’un néologisme, la graphie conforme à certaines des « recommandations aux lexicographes et créateurs de néologismes » – voir ci-dessus et Annexe 1 – et qui est consignée dans le GDT).

L’édition 2000 du guide Le français au bureau mentionne certaines des rectifications de l’orthographe (pluriel des mots composés, participe passé de laisser et trait d’union dans les mots composés). Dans la prochaine édition, ce sujet sera traité de façon plus complète. Il en est de même de la Banque de dépannage linguistique consultable dans le site de l’Office.

Dans ses travaux et publications, l’Office donnera désormais la priorité aux nouvelles graphies dans la mesure où elles sont attestées dans les dictionnaires usuels.

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(Le 16 mai 2004)