ADMINISTRATION ET FRANCOPHONIE

Question publiée au JO le : 14/09/2004 page : 7073

M. Jacques Myard appelle l’attention de M. le ministre délégué à la
coopération, au développement et à la francophonie sur les curieux manquements
de l’administration française dans son soutien à la défense de la langue
française et de la francophonie, alors que la langue et la culture françaises
jouissent toujours d’un grand intérêt dans de nombreux pays, au-delà même du
cadre traditionnel de l’espace francophone. Ainsi, alors que le français est
depuis leur création par Pierre de Coubertin la langue officielle des jeux
Olympiques modernes, malgré les investissements de la France, les engagements de
la ville d’Athènes, et les promesses du comité d’organisation des Jeux, l’usage
du français a été maltraité à Athènes. De nombreux discours officiels n’ont pas
été traduits, et aucune incrustation sur les images télévisées n’ont figuré en
français. Pourtant la France avait accordé au comité d’organisation une aide
financière afin d’assurer la présence du français aux jeux Olympiques. Plus
grave encore, alors que la candidature de la ville de Paris à l’organisation des
jeux Olympiques pour 2012 pourrait être l’occasion de rappeler l’importance de
la francophonie dans le monde sportif, le président du groupement d’intérêt
public de la candidature de Paris pour les jeux Olympiques de 2012, qui s’est
rendu à Athènes à l’occasion des Jeux a présenté la candidature de Paris dans
une conférence de presse en anglais, ce qui est proprement scandaleux et mérite
une mise à pied immédiate. En outre, lors de la traditionnelle conférence des
ambassadeurs le 26 août 2004 au ministère des affaires étrangères, le ministre
des affaires étrangères a eu lui-même la surprise de visionner un film censé
faire la promotion de l’économie française en anglais ! Sic transit gloria
Galliae ! L’article II de la Constitution dispose clairement que « la langue de
la République est le français », et notre langue est à ce titre l’un des
vecteurs essentiels de la cohésion nationale. Quant à la francophonie dans le
monde, elle est un moyen et un atout essentiels pour assurer la présence et le
rayonnement de la France dans le monde. Néanmoins, pour ne pas devenir une
simple idée abstraite, elle doit être au coeur même de l’action du Gouvernement
dans tous les domaines politiques, économiques, sociaux et internationaux. Il
lui demande en conséquence s’il entend donner des instructions claires à tous
les fonctionnaires de l’état ainsi qu’aux ministres pour qu’ils défendent notre
langue, et s’il est déterminé à prendre des sanctions à leur encontre en cas de
manquement.

Réponse publiée au JO le : 30/11/2004 page : 9427

L’honorable parlementaire, évoquant à juste titre le rayonnement de la langue
et de la culture françaises dans de nombreux pays, a bien voulu appeler
l’attention du ministre délégué à la coopération, au développement et à la
francophonie sur la présence de notre langue lors des jeux Olympiques d’Athènes,
ainsi que sur les moyens déployés en d’autres circonstances par le Gouvernement
pour assurer la promotion du français et des réalisations de notre pays,
notamment en s’appuyant sur les fonctionnaires de l’état. En raison du lien
vivace de la France avec le renouveau de la tradition olympique, le déroulement
des jeux d’Athènes, auxquels ont assisté 2 000 à 3 000 francophones (9 % de la
fréquentation étrangère), a retenu la plus grande vigilance du Gouvernement. Des
efforts en faveur de la présence du français avaient été engagés depuis quatre
ans par la France puis, à partir du printemps 2004, par la Francophonie
multilatérale auprès du Comité d’organisation « Athènes 2004 » et de la ville
d’Athènes. Comme l’a indiqué dans son rapport le grand témoin francophone
désigné par le secrétaire général de l’Organisation internationale de la
Francophonie, les cérémonies protocolaires qui ont marqué l’ouverture et la
clôture des Jeux ont, si l’on excepte les discours officiels, offert à la langue
française une réelle tribune, assurant ainsi naturellement la reconnaissance
entière de son statut de langue internationale et de langue olympique. Selon ce
rapport, la forte médiatisation de ces événements retransmis dans le monde
entier a assuré au français une réelle visibilité à l’occasion des Jeux. La
culture française a également été présente dans le cadre de l’Olympiade
culturelle organisée en Grèce de 2000 à 2004 et, pendant les Jeux, à travers une
série de manifestations grand public, expositions ou spectacles de rue. Une
action conséquente et résolue des ministères français concernés a été menée pour
aider le Comité d’organisation « Athènes 2004 » à assurer le respect de
l’article 27 instituant le français et l’anglais langues officielles, étant
entendu que cet article, pas plus que le cahier des charges défini par le Comité
international olympique, ne constitue une définition contraignante de la place
du français ni une référence pour l’emploi des langues de signalisation. Les
opérations de formation de traducteurs et de personnels francophones, la tenue à
jour d’un site Internet très détaillé, pour la première fois directement
accessible en français, la signalisation en français dans les stades, ainsi que
la diffusion locale de publications en français, ont été menées à bien. D’une
manière générale, souligne le rapport du grand témoin, des moyens très
importants, tant humains que matériels ont été déployés dans le domaine de la
traduction en vue de respecter l’article 27 de la Charte olympique. Une telle
coopération devait permettre au Comité d’organisation des Jeux, soumis à de
fortes sollicitations des sociétés de publicité et investisseurs privés et à la
nécessité d’utiliser la langue grecque, de ménager au français un usage conforme
à la culture olympique. Toutefois, au vu de la mise en oeuvre de cette
coopération sur le terrain, l’examen détaillé de la situation du français permet
de livrer un double diagnostic que le rapport formule ainsi : rarement pour des
jeux Olympiques, la langue française n’avait été aussi bien défendue, à la fois
par les autorités athéniennes et les diplomates francophones sur place ; et
pourtant, les millions de francophones, spectateurs présents à Athènes ou
téléspectateurs devant leur petit écran, ont eu le sentiment que leur langue
avait été marginalisée. Tirant les leçons de ce constat, le Gouvernement est
résolu à soutenir les efforts de la francophonie pour amplifier la place du
français aux jeux d’hiver de 2006 à Turin puis aux jeux de Pékin en 2008. Le
rapport du grand témoin contient à cet égard une série de propositions
d’actions, dont la première est la conclusion d’un accord-cadre de coopération
entre l’OIF et le CIO concernant les obligations linguistiques découlant de
l’article 27 de la Charte olympique. Par ailleurs, le rayonnement économique de
la France, composante de son influence dans le monde, passe par une politique
rénovée de promotion des produits et des idées françaises à l’étranger, dont un
vecteur important, mais non exclusif, est la langue française là où elle est
comprise. Le Gouvernement encourage cette promotion, y compris par
l’audiovisuel. Sur un plan général, la promotion de la France en tant que terre
de la culture et des arts, puissance industrielle, scientifique et commerciale
ou pays des sports ne peut que servir la politique ambitieuse, déterminée et
renouvelée que le Gouvernement entend mener en faveur de la langue française. Le
Premier ministre a donné, par circulaire en date du 14 février adressée à
l’ensemble des membres du Gouvernement, des instructions visant à assurer sa
primauté sur le territoire national et son rayonnement sur la scène
internationale. Il a notamment rappelé aux agents de l’état que leurs
concitoyens attendent qu’ils montrent l’exemple dans l’utilisation de la langue
française. Le ministère des affaires étrangères a assuré à cette circulaire une
très large diffusion en précisant les modalités d’application des instructions
reçues et en invitant les chefs des postes diplomatiques et consulaires à
signaler tout manquement au respect de celles-ci. Dans plusieurs cas, ceux-ci
ont alerté le ministère des affaires étrangères et sont intervenus pour
maintenir la présence de notre langue.


(Ce texte nous a été expédié le 21 décembre 2004 par le député M. Jacques
Myard, jmyard@club-internet.fr )