ABDOU DIOUF AU VIETNAM

Diouf est venu ici à l’IFI en visite officielle. Il me paraît très engagé et
je me méfie un petit peu de la manière dont certains de ses propos auraient pu
être rapportés par la presse.

Cela dit, le credo officiel de l’ambassadeur de France, qui relaie
probablement la position du Quai d’Orsay, ne tient pas. Le message est pour les
Vietnamiens le suivant: "Soyez trilingue !". Vous serez plus beaux, plus jolis
et plus vendables ! Je me demande si les gens qui prônent le trilinguisme ont
vraiment conscience du temps d’étude que prend la vraie maîtrise d’une langue
étrangère. Indépendamment du temps qu’on veut bien lui consacrer, il est
également nécessaire pour celui qui veut acquérir une langue étrangère de la
pratiquer dans son milieu natif.

"Soyez trilingue !" ne constitue pas une incitation sérieuse à apprendre le
français si l’étudiant pense que l’anglais peut aisément se substituer au
français. L’étude du français peut revêtir un caractère indispensable pour
seulement deux raisons. La première est la demande professionnelle effective
dans cette langue et la nécessité de son usage dans la recherche d’informations.
La deuxième est liée à la nécessité d’une ouverture au delà de ce que l’anglais
est en mesure de fournir. Dès que l’on prend conscience que l’apprentissage de
l’anglais entraîne un formattage des esprits et que l’on veut échapper à ce
formattage et des dégâts qu’il cause, alors une alternative devient
indispensable.

Une autre raison pour apprendre le français est l’ouverture à l’espace
francophone. C’est à partir de ça que nous avons recommencé à remotiver les
étudiants pour l’étude du français ici à l’IFI. C’est la seule carte que je joue
personnellement.

La francophonie institutionnelle doit à mon avis jouer sur les 2 motifs
sérieux d’apprendre le français. Le credo "Soyez trilingue !" est suicidaire à
mon avis, particulièrement au Vietnam, car la troisième langue peut être le
chinois dont l’apprentissage se développe de plus en plus, avec juste raison,
par la proximité du futur géant économique et par la parenté linguistique et
culturelle (langue à tons, influence culturelle chinoise ancestrale, etc.). Il y
a aussi le choix possible du japonais qui est la langue du seul peuple asiatique
qui est à la tête des plus brillants développements techniques du XXe siècle. Le
Japon demeure également une puissance industrielle majeure. Pour un Vietnamien,
jouer la carte chinoise ou japonaise se justifie parfaitement.

Charles Durand

Bonjour,

Il y a deux jours, j’ai été informé par TV5 que le Secrétaire Général de la
Francophonie, M. Abdou Diouf, était en voyage au Vietnam.

D’après les journalistes de cette même chaîne de télévision, M. Diouf
profitait de l’occasion pour tenter de relancer le français, dans un pays où
l’anglais est devenu -de loin- la première langue étrangère. Interrogé sur ce
sujet, M. Diouf a estimé que le français et l’anglais devraient être
perçus (par la population vietnamienne) comme des "langues complémentaires".

Questions : Pourquoi M. Diouf ne voit-il pas l’anglais comme une langue
concurrente
? Peut-on imaginer, que le "défenseur nº1 de la Francophonie"
fasse une sorte de promotion d’un "trilinguisme" vietnamien- français-anglais
? Enfin, dans de telles conditions, quels arguments concrets M. Diouf pourrait
apporter aux Vietnamiens pour les convaincre de s’inscrire avant tout
dans des cours de français plutôt que dans des cours d’anglais ?

Il y a de quoi se le demander, vous ne trouvez pas ?

Cordialement,

Adrien Borel

(Le 10 juin 2004)