TÉLÉ-QUÉBEC SE FEND EN QUATRE SAISONS

Télé-Québec se fend en quatre saisons
Lettre ouverte à Télé-Québec et à l’ensemble du réseau télévisuel québécois

Une version écourtée (et édulcorée…) de ce texte a été publiée dans Le Soleil du 17 octobre 2003 (http://www.cyberpresse.ca/soleil/)

À Gilles Vigneault,
ce toujours jeune homme qui célèbre aujourd’hui, le 28 octobre, ses soixante-quinze ans !

Voici le commentaire succinct d’un citoyen auditeur que vous êtes en bonne voie de perdre.

Ma famille et moi avons complètement abandonné TVA et TQS il y a maintenant plusieurs années (ces antennes ne sont même plus programmées sur notre télécommande, c’est dire). À peu près en même temps, nous délaissions le câble : défrayer un abonnement pour de la pub, désormais autorisée par le CRTC, là vraiment c’en était trop (déjà du reste que l’ensemble des chaînes n’était pas d’exceptionnelle qualité).

Également, depuis environ deux ans, nous avons à toutes fins utiles écarté la Société Radio-Canada (SRC). Outre le caractère par trop « propagande pro-Canada » (surtout depuis le référendum de 1995)* et la déliquescence de la qualité de la langue française sur les ondes, nous ne supportions plus que cette chaîne d’État – autrefois d’envergure et largement appréciée par la collectivité québécoise – retienne comme « modèles » (et ce, à même nos taxes et nos impôts) les chaînes que nous avions expressément éradiquées de notre vie dite culturelle. De la « variété », du « commercial », de l’humour (le plus souvent de mauvais goût), une langue presque toujours approximative, et enfin de la pub, de la pub et encore de la publicité (jusqu’à 33% du temps de programmation pour de nombreux films et émissions !)

À vrai dire je ne vois plus bien la différence entre la SRC et les stations privées largement accessibles, telles TVA (propriété de Québécor) et Quatre-Saisons.

Par conséquent, que faire ? Il restait bien sûr Télé-Québec : la charmante et rigoureuse Anne-Marie Dussault, de bons documentaires, des films solides (et sans pub intra ! Ah ! le bonheur). Sauf que nous constatons qu’elle est en train, elle aussi, de sombrer. Comme Radio-Canada. Sa programmation devient de plus en plus commerciale (avec beaucoup de pub), style « variétés », « action » (Boum ! Boum !, Vroum ! Vroum !, Paw ! Paw ! [t’es mort ?]), « divertissement », et de professionnalisme douteux : même dans les émissions dites « sérieuses », de culture ou d’informations, les animateurs et journalistes, satellitaires en particulier, sont assez faibles le plus souvent. Jusqu’aux films qui se révèlent progressivement sans intérêt, puisque ce sont pratiquement les mêmes qui reviennent au fil des ans, saison après saison. On va chercher du « personnel » – chez les cégépiens décrocheurs ? – aux performances quelconques. Au mieux. Pour exemple (un seul retenu ici, mais parmi moult), je renvoie à ce court texte critique, publié il y a déjà deux ans : « Repeat after me… in RDI » (REPEAT AFTER ME… IN RDI), alors que l’animateur concerné, François-Étienne Paré, se retrouve désormais (« Diabolo menthe ») sur les ondes de la société d’État québécoise. Et trois fois par jour plutôt qu’une. Ouille !

Voilà bien le sommet du drame de notre télévision : nous en sommes réduits à relayer le porte-voix de notre culture à des gens qui n’en ont tout au plus que le vernis. Ainsi, après TQS, TVA et SRC – que des maillons faibles dans nos chaînes ? –, voilà maintenant TQC qui plonge jouissivement dans la même platitude. Ou peu s’en faut. Bref, ma famille et moi sommes en voie ultimement de déserter la dernière chaîne québécoise que nous ayons.

Cela dit, je ne suis pas enclin à affubler de tous les maux la seule antenne publique véritablement de Chez-Nous. Je ne sais que trop que Télé-Québec n’a pas les moyens, notamment budgétaires, de concurrencer ses consoeurs. Et rien ne laisse présager que l’actuel gouvernement de M. Jean Charest soit intéressé par les questions qui participent – et touchent au cœur – de notre identité collective, vulnérable par définition. Mais voilà. Raison de plus pour miser sur l’intelligence et l’imagination, pardi ! En un mot, faire tout le contraire de nos réseaux – complètement « quatre-saisonnés ».

Deux banales interrogations, pour l’heure. Tout d’abord, je me demande quel est l’intérêt de notre télévision à rebuter systématiquement (l’immense) bassin de l’auditoire qui n’entre pas dans la fourchette des 12-17 ans – âge mental ou effectif indifféremment, et par surcroît d’ores et déjà lessivée par la culture étatsunienne. Par ailleurs, la publicité sera-t-elle encore rentable pour notre télé lorsque tout un chacun ou presque, littéralement excédé par celle-ci, aura définitivement jeté son écran de malheur (désolé Godbout !) aux orties… ?

Nous auto-polluons nos esprits comme on poubellise notre Fleuve, nos rivières et notre atmosphère. Encore un p’tit effort, et nous aurons bientôt une télévision aussi pourrie que celle qui prévaut au sein de ce que jadis nous nommions la Mère patrie – pub anglaise et « Art Attack » comprises. Cette dernière, émission de bricolage (le croirait-on) destinée aux tout-petits de France, et par le biais de laquelle, on le constate d’emblée, le mépris de la langue (de Balzac) et la promotion de la violence (de Bush ?) se voient concisément offerts en prime… Ce qui explique peut-être d’ailleurs que cette French Production ait été achetée par Radio-Canada, qui la diffuse (ou l’inocule ?) quotidiennement dans les cerveaux-éponges des enfants du Québec.

Quant à la publicité, sans avoir pour le moment touché tout à fait le fond à la manière de nos cousins d’outre-Atlantique, il faut tout de même dire que nous retournons rien moins que quarante ans en arrière. Nous sommes désormais inondés, en effet, de « commerciaux » ‘originaux’ made in USA. Comme avant le Déluge… Pub que nous nous contentons, tels les sujets conquis et dociles de l’Empire du Nombril, de post-synchroniser dans la langue de ce peuple barbare que nous sommes. C’est généralisé, insidieux, et hara-kirien à la fin. Télé-Québec elle-même, encore une fois (et à l’instar de toutes nos TQS sans âmes, sans opinions et ‘libres’ de tout amour-propre sinon de dignité), ne fait nullement exception dans ce phénomène tous azimuts et sans précédent depuis la Révolution tranquille, à savoir : la colonisation anglo-saxonne des esprits.

Quelques illustrations rapides, sur le vif et citées de mémoire (la liste exhaustive serait longue ; d’autant plus, je le rappelle, que le soussigné ne syntonise ni TVA, ni TQS et fort rarement SRC). Les concessionnaires automobiles Jeep, Toyota, Dodge et Saturn, par exemple, nous serinent leur message par le biais de pièces musicales anglo-étatsuniennes. Il en est de même de Viagra, de la bière Heineken et – le croirez-vous – de la très lactée française Yoplait. Eh oui ! Kleenex, enfin, consent à la fourberie en nous vantant les mérites de ses mouchoirs ultra « soft ». Très hexagono-français, trouvez-pas… ? Tout comme les films du ‘Sud’, d’ailleurs, dont on se complaît de plus en plus, comme là-bas, en ce French Country, à ne pas traduire les titres. Dernier échantillon à ce jour : « Mystic River » – que l’on présente en outre (on se doute bien qui est ce on) comme le meilleur film de l’année… « à date ». Dès lors, non content de l’élimination de la langue des auditeurs – une pierre (à la figure) deux coups (à l’estomac) ? –, on se tape de surcroît un anglicisme bien de chez-nous…

Bref, on déploie des trésors d’imagination pour disloquer un peu plus chaque jour la francité d’ici. Or de quoi tout ceci nous informe-t-il, sinon de la complaisante complicité de nos réseaux québécois de télévision à raquer (ainsi aurait pu dire Gaston Miron) la langue française dans notre propre maison. On s’étonnera ensuite de voir les « Exit / Sortie » au-dessus des portes de l’école de… « Virginie » ; et tout autant, toujours à Radio-Canada, de se faire offrir les « Aventures tumultueuses de… Jack Carter ». Celles d’un François Bordeleau ou d’un Louis Galarneau seraient à coup sûr parfaitement ringardes, n’est-ce pas ?

Est-ce donc là retour du refoulé ? Ou bien celui du colonisé ? À penser que Stéphane Dion ou Denis Coderre collaborent activement aux scénarios des émissions du Federal Channel, il n’y a vraiment plus qu’un pas.

Faudra bien un jour cesser de nous faire écran à nous-mêmes, et nous libérer de nos chaînes.

Reste maintenant à savoir par quels canaux.

Marcelin Gélinas
M.Gelinas@Moncanoe.com
Lévis, Québec, ce 28 oct. 2003

* Et ce, jusque dans le détail. En voici une illustration parmi cent, confinant au ridicule. Sans désarmer, le réseau français s’identifie comme suit : CBC-SRC (comme pour mieux rappeler que nous sommes en Canada ?). Or le réseau anglais s’en tient opiniâtrement à son CBC-Canadian Broadcasting Corp. (comme pour mieux occulter l’existence de l’Autre : l’autre langue officielle, l’autre peuple, l’autre nation ?). Ce fameux Autre, entité vilipendée sinon honnie tout le long des jours, hormis en campagne référendaire alors qu’elle se voit subitement objet d’un « amour passionné ». Bref, voilà la Société Radio-Canada – neutre, rigoureuse, objective et hautement professionnelle – depuis que les bras droits du premier ministre Jean Chrétien, soient MM. Robert Rabinovitch, Sylvain Lafrance et Daniel Gourd, en tiennent les rênes.

Courriels / sites utiles – TQC (Télé-Québec) : Info@TeleQuebec.Qc.ca, SRC : Auditoire@Fr.radio-canada.ca, TVA (Canoë / Quebecor) : Relations.auditoire@TVA.ca / Commentaires@Canoe.Qc.ca / Qi_info@Quebecor.com, TQS-QuatreSaisons : TVpublic@TQS.Qc.ca, « Diabolo Menthe » : http://www.telequebec.tv/program/m_program.asp?page=diabolomenthe.asp / Diabolomenthe@pixcom.com, Yoplait : http://www.yoplait.fr/pagesfr/internat/internat.html, Heineken (site unilingue anglais pour le Canada) : http://www.heineken.com/canada/, Kleenex : http://www.kleenex.com/home.htm, Jeep : http://www.daimlerchrysler.ca/CA/03/FR/JEEP/1,,CA-03-FR-JEEP-ASSISTANCE,.html, Toyota : http://toyota.ca/cgi-bin/WebObjects/WWW.woa/17/wo/Home.
ContactUs.f-0y6Q1dz633mGotBK51mImw/0.15?%2e%2e%2fcontact%2ff110000f%2ehtml
, Dodge (Daimler-Chrysler) : http://www.daimlerchrysler.ca/CA/03/FR/DODGE/1,,CA-03- R-DODGE-ASSISTANCE,.html, Saturn (GM-General Motors) : http://www.saturncanada.com/ssi/french/vehicles/saturn/saturn.html, OLFQ (Office de la Langue française du Québec) : Info-plaintes@OQLF.Gouv.Qc.ca, Ministre de la Culture et des Communications du Québec, Mme Line Beauchamp : Line.Beauchamp@MCC.Gouv.Qc.ca, Haute administration de Radio-Canada : http://www.cbc.radio-canada.ca/htmfr/administration/senior/index.htm, « Liquider pour argent liquide » : http://www.soreltracy.com/liter/opinion/Gouin/2000/decembre/violence/violence.htm, Ombudsman de la SRC, M. Renaud Gilbert : OmbudSRC@Montreal.radio-canada.ca, CRTC (Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes) :
Info@CRTC.gc.ca