ÇA SENT LE CHANGEMENT

ça sent le changement.

Welcome to Quebec !

J’ai l’habitude, en visitant mes amis de la ville de Québec, de leur apporter
des nouvelles du front ouest. J’appelle ainsi la partie du quartier
Côte-des-Neiges que j’habite – près de la station de métro Snowdon- à cause de
sa position géographique et de l’effort qu’on y déploie pour revenir à l’usage
de l’anglais dans les rapports quotidiens entre les citoyens depuis que la loi
101, même diluée, les force à l’usage du français. Situé à un jet de pierre de
l’ancienne ville de Westmount, à quelques pas de celle de Hampstead, un peu au
sud de Côte-Saint-Luc et Notre-Dame-de-Grâce, bordé au nord par la partie dite
multiethnique regroupant les Jamaïcains, les Vietnamiens, les Indiens et depuis
quelques années les Chinois. J’allais oublier d’ajouter les anglophones de
religion juive qui bien qu’ayant été la minorité la plus importante du quartier,
à mon arrivée en 1976, sont maintenant supplantés par les Asiatiques. Bref, tant
que le parti Québécois était au pouvoir et ne subissait pas de revers de
référendum la situation était très correcte. Moi, qui ne parle pas l’anglais à
Montréal, ni au Québec mais qui le respecte dans les autres provinces, je
n’avais plus à expliquer que le français est la langue officielle du Québec et
que j’entends bien l’utiliser du matin au soir et dans toutes les situations de
la vie courante. Mais voilà, qu’hier, dans la même journée, deux événements qui
semblent bien anodins, pour mes amis de Québec, mais qui pour moi me ramène à
1976, se produisent coup sur coup. D’abord chez Harvey’s lorsque j’ai répondu :
«Seulement tomates» à la question : «Cheeseburger?» de la préposée
aux garnitures. Celle-ci m’a regardé avec ce regard à la George W. Bush qui
montre toute l’immensité de l’incompréhension du phénomène qui vient de se
produire. Une collègue de travail a dû venir dénouer l’imbroglio que je n’avais
pas l’intention de clarifier en traduisant le mot tomate. Je croyais
qu’on devait parler, comprendre, lire et écrire le français pour occuper un
poste qui vous met en contact avec le grand public au Québec. Ayant mon
cheeseburger
de travers, je me retrouve à la station de métro Snowdon où
j’achète une lisière de billets et demande un reçu. Sans mot dire, la préposée
me donne les tickets et rédige le reçu. Pendant qu’elle s’exécute, je lis ce
qu’elle écrit. Je constate qu’elle inscrit «ten dollars» sur la ligne à cet
effet. Je lui en fait la remarque et elle me répond qu’elle écrit toujours en
anglais. Je n’ai pas pris le temps de lui traduire le nombre dix. Déjà
les tomates commençaient à fermenter, j’ai gardé mon énergie pour écrire ces
mots. Ma connaissance du quartier me montre qu’effectivement, suite aux
résultats des dernières élections, il y en aura du changement. Welcome to
Quebec.

Guy Daoust
Arrondissement Côte-des-neiges
Montréal
guy.daoust@cgocable.ca

(Le 2 octobre 2003)