RAT DIT : Ô CANADA !

RAT DIT : ô CANADA !

Réf : Les propos d’un auditeur ‘critique’ qui salue tout de même – pour l’heure – les qualités (résiduelles?) de la Société Radio-Canada

« Cherchons ce qui est le meilleur
et non ce qui est le plus commun
»
Sénèque, De la vie heureuse

Je suis devenu depuis quelques années singulièrement circonspect à l’égard du réseau de la SRC, télévision et radio confondues. En guise de rappel, voici une illustration parmi quelque : http://www.imperatif-francais.org/bienvenu/articles/2002/ici-ra-du-haut-canada.html *.

Qu’est-ce à dire ? Notamment, mais pas seulement : Propagande pro-Canada (banalisation correspondante du Québec), dégradation (marquée, déprimante) de la qualité de la langue, « médiocrisation » des contenus de la programmation…

Incidemment, concernant cette dernière dimension au sein du réseau radiophonique, on passe de Georges Leroux et de l’univers littéraire (avec Lépine : "l’autre"), par exemple, aux "placotages de cuisine" manière Boulanger, Arsenault/Girard, Lacombe ou Dompierre… – que j’estime d’emblée à titre de compositeur (et arrangeur, entre autres de plusieurs chansons du géant Félix). Mais voilà déjà autre chose; car il ne s’agit pas ici de pourfendre ou de dénigrer les personnes, par ailleurs souvent sympathiques en elles-mêmes, Monsieur « B » compris. C’est l’employeur – le « Canadian Network », son administration – qui porte la responsabilité, l’odieux même les cas échéants (car il en est), des concepts des émissions; les animateurs/trices font pour leur part au mieux ce qu’on leur réclame contractuellement de produire, tout simplement.

Bref, il nous manque désormais au Québec, car nous l’av[i]ons pour l’essentiel, un réseau ‘intelligent’ et ‘stimulant’. C’est-à-dire : axé sur l’Information solide, articulée et objective ainsi que sur la Culture (la nôtre en particulier, en priorité, et qui inclut le Réflexif et le Débat – pas uniquement l’écoute passive sinon insouciante, voire insignifiante, ou d’une seule oreille… comme on "s’envoie" sourdement, pour un instant aveugles du tympan, du Rock-Détente).

Il faut dire, soyons bon joueur, que la belle – et fort charmante – équipe largement ‘féminine’ de RDI (en dépit des départs par trop prématurés des Madeleine Poulin, Suzanne Laberge et autres Anne-Marie Dussault, cette dernière heureusement ‘re/récupérée’ par Télé-Québec) y réussit assez bien. Dussault (l’"autre" : Jean de son prénom), au « Midi Quinze », de même que Beauchamp qui le remplace actuellement (lequel, soit dit en passant, tire fort bien son épingle du jeu : maîtrise des dossiers, questions pertinentes, etc.), ainsi que Michel Désautels (« Sans Frontières »), constituent des éléments solides et crédibles.

Quoique, hélas ! la Capitale nationale reste en déshérence (véritable enfant pauvre de la SRC au plan de l’information), et ce à la télévision, dont RDI le midi, aussi bien que sur les chaînes radio. On croirait toujours entendre les antennes privées : c’est rapide, superficiel (on ne fouille pas les questions, on ‘superflute’, si on autorise ce vocable de mon cru) et ‘léger’ jusque dans la qualité fort approximative de la langue chez un grand nombre d’intervenants dans les multiples émissions. Or une capitale mérite certainement beaucoup mieux de la part d’un réseau qui s’estime, et se perçoit, d’envergure. à cet égard, si le licenciement de Claude Thibodeau constitue un pas dans la bonne direction, certes, il reste encore plusieurs foulées à parcourir avant d’atteindre le professionnalisme que l’on est en droit d’escompter aux abords de la seule Assemblée nationale française d’Amérique du Nord.

En outre, et enfin, j’avouerai mon doux plaisir à l’écoute des pétillantes Monique Giroux (« Les Refrains d’abord ») et élizabeth Gagnon (« Chansons en Liberté », « Des Musiques en mémoire »)**. Comme quoi on peut s’entretenir de la chanson (de la vraie, de la belle, de la grande, de la puissante chanson francienne) de manière riche, cultivée, séduisante et réfléchie. D’autant plus qu’on n’entend que la production anglo-étatsunienne – ou quasi – partout au sein de notre société. Et ce jusqu’aux Métro, IGA ou Provigo du coin. De ‘tous’ les coins. Désespérément! Détestablement – à ruer dans les brancards et à ne plus se nourrir que de Toffu -, ajouterais-je avec une pointe aciculaire de dépit.

Sinon de « fatigue culturelle », manière Hubert Aquin.

« La radio de toutes les cultures », comme vous dites chez vous. Mais encore faut-il : 1- Connaître d’abord et savoir apprécier, ensuite, la nôtre en propre; et ne pas constamment réduire cette culture à l’espace congru (l’Universel – Félix, Vigneault et Miron en sont des preuves tangibles – passe par un « Moi/Nous » solide et assumé. Le philosophe allemand Hegel nous entretiendrait en l’occasion d’« Universel concret »); et 2- Comprendre que « toutes les cultures » c’est (à l’instar des langues) infiniment plus que celle, presque unique (ou tyranne), sous nos yeux et dans nos oreilles, des états-Unis d’Amérique (quoique à la SRC, Radio surtout, on y échappe pour une certaine part il est vrai).

Je vous ai offert aujourd’hui, Radio-Canada, un bouquet de capucines. Profitez de ces fragrances printanières : une fois, et je le regrette bien sincèrement, croyez-m’en, n’est pas coutume.

Car vous êtes – à l’image d’un gouvernement récemment élu, cela non moins sans raison – sous « haute surveillance » de ces citoyens-contribuables-radioauditeurs-téléspectateurs singulièrement préoccupés par la dignité et la qualité de vie de la société à laquelle, de plus en plus à leur insu du reste (Larose a raison), on les invite. Sans discussion.

Aussi, offrez-nous le meilleur. Vous en recevrez en retour autant de ceux-ci.

Entre-temps, eh bien magnifique « Fête des Patriotes » à toute l’équipe, ce 19 courant… (vers Saint-Denis, bien sûr)!

Jean-Luc Gouin
Peregrin@Q-bec.com
Québec, le 17 mai 2003

* Outre celle de Jean Larose, je partage tout à fait l’opinion de Nicolas St-Gilles, pour ne citer qu’un autre commentaire public, accessible également sur le site Impératif-français : Canadian Rule

** Ce qui ne m’éloigne pas pour autant de la charmante (et ‘classique’) Carole Trahan du matin, ou du Jazz de Vigeant en soirée (avec Gilles Archambault, c’était très bien aussi; mais à la SRC, on expulse maintenant sans coups férir les Québécois qui ont la franchise de ne pas, de ne plus dissimuler leur amour pour leur [véritable] « patrie »).

– Annexes –

Portail du site de Radio-Canada : http://radio-canada.ca/ (correspondance générale: Auditoire@Fr.Radio-canada.ca)
Quelques adrélecs spécifiques utiles : Elizabeth_Gagnon@radio-canada.ca, Refrains@Montreal.radio-canada.ca, RDI@Montreal.radio-canada.ca, RDIcomm@Montreal.radio-canada.ca, Radio@nm.radio-canada.ca, Culture@radio-canada.ca, Belle@radio-canada.ca, Matinauxpresto@radio-canada.ca, Quebecexpress@radio-canada.ca, Lumiere@Montreal.radio-canada.ca, Soleiman_Mellali@radio-canada.ca, Melange@radio-canada.ca
Suggestions personnelles : http://www.radio-canada.ca/radio/ (section « Radio en profondeur » : entre autres, Gaston et les « deux » Lévesque…) et http://archives.radio-canada.ca/index.asp?IDLan=0 (« Archives », souvent de grand intérêt). Bref, tout n’est pas entièrement mauvais à la SRC. Aussi, misons là-dessus pour retrouver l’excellence d’ « antan ». Je veux dire : d’hier. à peine.

Ce texte a aussi été publié dans «Le Québécois», édition de l’été 2003: http://lequebecois.org/pdf/vol3-no3.pdf (p.22).