PIERRE BOURGAULT – DE LUI À NOUS

Pierre Bourgault

DE LUI / à NOUS
Debout dans l’horizon / un bref instant à genoux face à l’horizontal

«
C’est un but absolu de la raison de faire de la liberté
une réalité effective
»
G.W.F. HEGEL, Principes de la Philosophie du Droit (1821), § 258, add.

« Con et con à la fois », chantait Reggiani
naguère, dans une chanson aux accents breliens magnifiques.

L’un des grands drames de la collectivité québécoise,
c’est qu’elle ne sait plus être jeune. Et jeune à la fois. Les vrais combattants
pénétrés d’idéal, de fougue et de sens de l’avenir – depuis Gilles Vigneault
vers Jacques Parizeau, par les Claude Léveillée et autres Pierre Vadeboncoeur ou
Michel Chartrand – ont le sourcil blanc. Les vrais « poilus » de la nation sont
par définition en sursis. Entraînant progressivement celle-ci – ô combien à leur
corps défendant – dans cette jeunesse vieille qui in-habite leurs propres
enfants. Vous et moi.

Or, Pierre Bourgault, vous incarniez à vous seul, tel
un creuset dans la chair d’une âme, les trois qualités fondamentales de cette
éternelle jeunesse que l’on repère chez l’homme authentique : la Dignité, la
Liberté, la Résistance. Vous honorer, c’est continuer.

Aussi, compatriotes, dites-moi maintenant. Ne
serons-nous plus désormais que de jeunes pousses en mal de tirer pousse-pousse
pour des JC de premiers sous-ministres, ou bien plutôt de (plus ou moins) jeunes
pousses capables de pousser véritablement, et enfin, à la Roue de la plus
précieuse fortune de quelque peuple que ce soit – la fortune de la Liberté?

Une pensée dense et douloureuse s’envole
avec la présente vers les intimes de cet homme
dont hélas, et le regrette, je n’étais point.

Jean-Luc Gouin
Ce 1er juillet 2003, jour « commémoratif » de l’Occupation canadienne du
territoire québécois
Peregrin@Q-bec.com

Texte acheminé initialement mais en vain, le 19 juin
dernier, à huit quotidiens du Québec (Le Devoir et le groupe GESCA).