LETTRE AUX QUÉBÉCOIS

LETTRE AUX QUéBéCOIS
« Bon Dieu, qu’on nous parle en français! »

Le 15 janvier 2003

Monsieur Bernard Landry
Premier ministre
Assemblée nationale du Québec
Québec

Objet : Vivre en français au Québec

Monsieur le Premier ministre,

Je suis une Québécoise d’origine colombienne. L’instabilité politique et la
violence m’ont amené à fuir le pays où je suis née. J’ai choisi le Québec comme
terre d’accueil, par amour pour la langue et la culture française.

J’ai participé, à l’instar de plusieurs autres immigrants, aux cours offerts
au Centre d’orientation et de formation des immigrants (Cofi) de l’Outaouais. Je
suis entièrement d’accord avec le fait que le Québec est et doit demeurer
français. J’ai appris et je continue d’apprendre le français. J’appuie sans
réserve la loi québécoise qui oblige les enfants d’immigrants à fréquenter le
système scolaire francophone. Toutes ces mesures restent à mes yeux légitimes et
nécessaires. Le gouvernement québécois dépense beaucoup d’argent et d’énergie
pour nous intégrer à la société d’accueil par l’apprentissage du français et il
a bien raison.

Bref, certaines personnes de mon entourage et moi partageons le projet
québécois de société. Nous partageons l’amour et les inquiétudes du peuple
québécois à l’endroit de sa différence, de son identité, de sa langue, de son
avenir. tout ceci est très clair pour plusieurs d’entre nous.

Il y a tout de même un mais! Un mais que nous ne réussissons pas à expliquer.

Pourquoi les francophones individuellement refusent-ils de supporter les
mesures qu’ils exigent collectivement de leur gouvernement.? Pourquoi nous
parlent-ils en anglais lorsqu’ils réalisent que nous sommes des immigrants? Au
dépanneur, au restaurant, à la banque, au travail, dans les centres commerciaux,
sur la rue.Partout!

Pourquoi ne sont-ils pas tout simplement francophones en tout temps et en
tout lieu.francophones avec tous les Québécois, qu’ils soient anglophones ou
allophones, « pure laine » ou immigrants?

Bon Dieu, qu’on nous parle en français!

Veuillez agréer, Monsieur le Premier ministre, mes salutations distinguées.

Rosa Amélia Sandoval
Québécoise d’origine colombienne
Gatineau (Québec)