LES TROUS DE BRUYÈRE

LES TROUS DE BRUYèRE

SergeBruyere@videotron.ca
redaction@voilaquebec.com

Il s’agira ici d’un mot critique à l’endroit de la maison de restauration <>, sise en capitale nationale du Québec.

Bien que mon compagnon et moi (les enfants aussi du reste, par effet d’éducation j’imagine), soyons amateurs de bonne chère, nous n’avions pas "ouvert notre panse" à SB depuis maintenant quelques années. C’est que nous n’avions pas été très satisfaits de la qualité du service lors de nos deux dernières visites (on se serait cru dans un de ces restaurants barbants parisiens où c’est le garçon qui, littéralement, <> au client…).

également, nous avions été déçus du peu de cas que l’on faisait des non-fumeurs. (Il faut dire en revanche qu’en dépit de la loi anti- tabac québécoise de M. Jean Rochon, la majorité des restaurateurs de Québec n’offre encore à ce jour que des sections non-fumeurs parfaitement ‘bidons’, i.e. non cloisonnées. Mais voilà déjà un autre problème. Ne nous égarons pas).

Aussi récemment (car nous appréciions la qualité de la table tout de
même) nous nous sommes dit, mon époux et moi, que nous pourrions tenter d’y retourner; histoire de constater s’il y a eu évolution effective depuis quelque deux ou trois ans. Après tout, ce sont sûrement des gens intelligents et attentifs à leur clientèle…

Or en feuilletant le VOILà QUéBEC du printemps 2003 (Guide touristique officiel de l’Association hôtelière de la région de Québec [Vol.24, no.4], disponible partout), que ne voit-on pas, p. S2- S3? Eh bien voici, sans attendre: <> inféode la langue des Québécois ‘sous’ la langue anglaise en donnant clairement priorité à cette dernière. Et sauf erreur, c’est la seule entreprise, pourtant fort nombreuses au total, à présenter sa publicité de la sorte dans ledit document.

Là, vraiment, c’est trop !

Comprenons-nous bien. Il est tout à fait compréhensible, et même sans doute en quelque manière nécessaire, que dans ce type de fascicule l’on s’adresse également en anglais aux touristes et autres visiteurs étrangers. J’ajouterais même qu’il serait sympathique de ne pas en rester là: pourquoi pas l’espagnol, par exemple, langue connue par quelques centaines de millions de locuteurs de par le monde.

Mais il y a une limite à ne pas dépasser, à savoir: par soi-disant "ouverture au monde", se banaliser ou s’inférioriser nous-mêmes dans notre langue et dans notre culture.

Pour avoir beaucoup voyagé, je sais ô combien la France, la Belgique wallonne et la Suisse "franco-romanche" (pour ne nommer que des pays
francophones) ont cette tendance, depuis quelques années, à auto- dissoudre leur être-propre dans ce marais putride et dépersonnalisant de la tyrannie d’une langue et d’une culture unique. On sait laquelle.* Et je déplore hautement et avec grande tristesse pareille attitude de SUJéTION VOLONTAIRE chez nos cousins par ailleurs aimés d’Europe, mais je n’y peux grand’chose (d’autant plus hélas! que nous avons perdu récemment l’ex-ministre Louise Beaudoin, jusque- là vigile précieuse de notre personnalité francienne globale, et sororale, en ces lieux-là). Or au Québec on ne s’est certainement pas battus depuis deux siècles et demi, il me semble, pour en arriver aujourd’hui à s’excuser d’exister – bref, à se cacher dans les garde- robes de notre propre maison.

Comme disait Gilles Vigneault, je cite de mémoire: <>. Aussi, <>, et je le regrette bien sincèrement, je ne vois décidément pas le jour où je pourrais avoir envie d’aller m’asseoir à nouveau à votre table.

Les étrangers viennent au (et à) Québec pour apprécier et se nourrir de l’EXOTISME et de la BEAUTé DE LA DIFFéRENCE – non, en se faisant notamment proposer le "Cigar Room", pour se mirer dans leur quotidien de Pittsburg, de Phoenix ou de Brisbane. Nous n’aurons plus le respect de quiconque si nous ne nous respectons pas nous-mêmes.

D’ailleurs, l’Europe constitue peut-être actuellement la plus nette illustration d’un pareil phénomène – infantile – de subordination, voire de vassalité. N’en déplaise aux cocoricos ponctuels d’une France qui a depuis long de temps enterré ses De Gaulle, Clemenceau et Jeanne d’Arc.

Marie Lacroix
MarieLacroix@moncanoe.com
Québec, 31 mai 2003

* Je ne puis à cet égard que renvoyer à ce réquisitoire sans appel, hélas, rigoureusement exact si je m’en fie à ma propre expérience: <>
(
EUROPE FRANÇAISE OU DE L’ALIÉNATION COMME VERTU )

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(Le 31 mai 2003)