LE TEXTO

Le texto : vers une simplification du français?

Par Marie Caouette, Le Soleil

Cela fait un siècle déjà que des nostalgiques du cours classique, des
chanteurs, des humoristes ou des "radio-canadiens" élèvent sporadiquement la
voix pour dénoncer la piètre qualité du français des jeunes et des médias.
Aujourd’hui, dans le cahier Zoom, on tente de répondre à la question :
est-ce que les ados parlent français ?

Le texto, la langue du chat, pourrait amener une simplification du français
écrit.

Né avec le chat dans Internet, le texto est une langue (ou un registre de
langue, pour être précis) qui déforme le français écrit, qui le raccourcit
et lui imprime plus de rapidité en cherchant à reproduire le rythme de la
conversation.

Selon la sociolinguiste Guylaine Martel, le texto a vite eu le dessus sur le
français écrit standard, très sophistiqué, qui dresse des limites aux
échanges informels entre copains…

Il n’est pas exclu, non plus, que des transformations adoptées en texto,
comme la disparition de la double négation (le "ne… pas"), passent un jour
dans le français écrit standard, dit-elle.

Le texto n’a fait que refléter la langue parlée. Il n’y a plus personne, en
France ou au Québec, qui parle en utilisant la double négation, dit Mme
Martel, qui enseigne à l’Université Laval. La professeure, qui se spécialise
dans les variétés de langue du quotidien, a accepté de s’entretenir avec LE
SOLEIL sur la question de la qualité de la langue après que quelques ténors
eurent jeté les hauts cris à ce sujet, dont l’annonceur retraité Jacques
Fauteux et le cinéaste Denys Arcand.

Une langue tend à éliminer les mots superflus. C’est une question
d’économie, dit-elle. En espagnol et en italien, par exemple, les pronoms
sujets ne sont plus utilisés à l’oral parce que la terminaison du verbe
apporte déjà cette précision.

En français, "ce serait plus normal de n’avoir qu’un mot pour exprimer une
négation. Ce ne serait pas un drame… selon Guylaine Martel. Le français
n’en serait pas moins riche. Ce n’est pas la grammaire qui fait le génie
d’un écrivain", lance-t-elle, bien consciente que les linguistes ont une
position qui est à l’opposé de celle de la plupart des littéraires sur la
question de la langue.

"Les gens associent une valeur positive à la stabilité mais les seules
langues stables sont les langues mortes", dit-elle. Des dizaines de langues
disparaissent tous les jours, mais le français n’est pas en danger à son
avis, même si l’orthographe du mot râteau évoluait pour se transformer, un
jour, en "râto" ! Les emprunts d’une langue à l’autre sont, aussi,
inévitables et normaux, poursuit la linguiste.

Au XVIIIe siècle, les Français étaient terriblement inquiets de l’arrivée
d’une foule de mots italiens, empruntés au vocabulaire de la musique, dans
leur langue, rappelle Dominic Turgeon, un jeune psychologue et romancier
polyglotte, passionné par la question de la langue.

Dans toutes les langues, le code écrit apparaît longtemps après que les
formes usitées en langue orale ont été fixées. "Les mots terminent leur vie
dans le dictionnaire, ils n’y commencent pas", dit le jeune auteur
originaire de Québec. Le code écrit évolue plus lentement que la langue
orale et cette rigidité est encore plus marquée depuis que les dictionnaires
et les grammaires ont acquis le statut dont ils jouissent aujourd’hui.

Cet article est tiré du quotidien Le Soleil de Québec du 4 octobre 2003,
page A1. l’infobourg a obtenu l’autorisation de le reproduire.

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(Ce texte nous a été communiqué par notre correspondante Hélène Jetté
ric.he@videotron.ca le 23 octobre 2003)