LE PONTIAC A DROIT AU MÊME RESPECT

Le Pontiac a droit au même respect

à Pierre Jury,
éditorialiste au Droit,

Dans le quotidien Le Droit du jeudi 17 juillet dernier, vous souhaitez qu’au
Québec, l’anglais soit prédominant "dans les limites territoriales de certaines
enclaves où une vaste majorité de la population […] est de langue maternelle
anglaise". Vous précisez que 75 % de majorité vous semble acceptable et que la
mesure viserait l’entreprise privée "dans un premier temps". On s’inquiète de ce
que la mesure deviendrait "dans un deuxième temps", puis "dans un troisième
temps", etc.

Bien sûr, ceux qui refusent cette mesure de bonne entente sont, à vos yeux
légèrement méprisants, des "purs et durs". Cela signifie-t-il, M. Jury, que ceux
qui sont d’accord avec vous sont des "sales et mous" ?

Je vous rappelle M. Jury que la loi 101 existe pour assurer à la langue
française, sur l’ensemble du territoire québécois, la place qui lui revient de
droit. Les francophones du Pontiac ont droit au même respect que tous les
francophones du Québec.

Pour justifier votre proposition, vous faites appel à l’histoire : "des faits
historiques demeurent", affirmez-vous. Parlons-en de l’histoire ! Si en 2003 le
Pontiac est majoritairement anglais, c’est parce que la communauté anglophone y
a mené pendant des décennies une politique d’assimilation. L’église et l’école,
mais également le pouvoir économique, en ont été les principaux artisans. Sans
cette politique, le Pontiac serait aujourd’hui majoritairement francophone.
Relisez les vieux numéros du Droit, M. Jury, ceux de l’époque où votre journal
ne craignait pas de défendre les francophones.

Jusqu’à nouvel ordre, M. Jury, dans le Pontiac, c’est le français qui
décline. Votre proposition d’y limiter le français participe au travail de sape
de la langue française qui s’y opère depuis des décennies. Si ce n’est pas le
cas, M. Jury, pour quand l’éditorial pour dénoncer l’église pontissoise dirigée
de Pembroke qui refuse depuis près de cent ans d’offrir à ses ouailles des
services en français ? Pour quand l’éditorial pour dénoncer les municipalités
anglophones qui refusent d’offrir des services en français ? Pour quand
l’éditorial pour s’assurer que l’hôpital de Shawville offre réellement des
services en français. Pour quand… j’arrête là.

M. Jury, si l’avenir appartient à ceux qui luttent, l’avenir n’appartient
plus à votre journal.

Luc Bouvier
Gatineau
(Ce texte a été publié dans la chronique des opinions du lecteur du journal
LeDroit du 28 juillet 2003)

(Le 11 août 2003)