LE LÉGUMIER, LE MIÈVRE ET LE SYCOPHANTE

Le légumier, la mièvre et le sycophante
Lettre ouverte à la société Radio-Canada
( http://radio-canada.ca/util/joindre/index.asp )

Je relisais tout récemment les textes sur Radio-Canada de deux intellectuels québécois; l’un philosophe, Jean-Luc Gouin (« Ici Râ du Haut-Canada »), l’autre, professeur de littérature et essayiste moins méconnu que le précédent (« L’ignorance dirigeante »). On peut avoir accès à ces courts articles incisifs aux pages cybernéennes suivantes : http://www.imperatif-francais.org/bienvenu/articles/2002/ici-ra-du-haut-canada.html et http://ledevoir.com/2002/06/22/4134.html

Bien que ces réflexions soient désormais âgées d’un an, à la journée près d’ailleurs, je partage fondamentalement les opinions de ces deux ‘comparses’ au verbe plutôt cinglant. Car celles-ci sont toujours, en effet, hélas, rigoureusement d’actualité. D’où le présent petit grain de poivre de cayenne sur ce piment d’ores et déjà fort assaisonné.

Si je prends la peine et le temps de communiquer mon modeste avis aujourd’hui, c’est que je suis particulièrement abattu par l’extrême pauvreté de la programmation estivale, laquelle débuta tout récemment sur les deux chaînes radio (Ch1 et ChC) de la Société d’état. Je m’attendais enfin à un réveil de la part de la SRC. Or celle-ci, bien au contraire, (nous) plonge plus profondément que jamais, ce qui n’est pas peu, dans l’insignifiance.

?!&?!&?!? (!). Moa pus riin konprandr’.

Décidément, Jean Larose a le mot juste : « L’ignorance dirigeante »! Il faut dire que le titre de l’article de M. Gouin ne manque pas d’à propos non plus.

Des émissions d’une indigence à frémir, des animateurs (hommes ou femmes, c’est pareil) qui n’ont vraiment rien à dire hormis des généralités; quelquefois même, et comme par surcroît, sur un ton susurreux, sinon mièvre, propre aux radios commerciales (illustration expéditive parmi le grand nombre : « Les beaux jours », ChC, tlj à 9:00; « Une virée en villes », Ch1, samedi, 19:00, etc.). Et (ou) pas toujours dans une langue riche, nuancée, impeccable (mais ça… on le sait déjà, bien que l’on ne s’y habituât décidément pas. Heureusement…?).

On (s’)écoute parler de tout, de rien surtout. L’excellente Monique Giroux se voit en outre remplacée – compte tenu du style, du langage et des intérêts du genre – par une forme de ce que j’appellerais une « demoiselle TQS » (tlj, 13:30, Ch1). On a même droit à des recettes de cuisine en cette plage horaire. Non mais…

Ah! Madame, ce que ça placote. Jusques, et y compris, dans « Plage culture », ChC le midi, où l’on débagoule des torrents de mots pour une poignée d’idées. Et pas constamment – eh oui, qui l’eût cru? – au rendez-vous de la clarté et de la concision. Loin s’en faut. Oui, ça babille ma fille! Jusque dans les émissions soi-disant d’informations (« Québec Express », « Matinaux Presto », à Québec), où celles-ci se confondent sans délai ni pudeur, ou point d’orgue, avec l’opinion de bistrot et le coup de sang étayé sur culture épidermique de télévision Quatre-Saisons. Souvent le pied dans le plat, presque tout le temps la lèvre dans le blabla.

Comment la SRC a-t-elle pu sombrer si bas ??? J’en ai – arme de colère – la larme du dépit à l’oeil.

Et je ne parle pas de la télévision…

Mais enfin, R-C, ciblez-vous donc (exclusivement) l’auditoire des teenagers de 12-15 ans…? On ne s’est même pas retenu – indécence? – d’aller ravir Claude Rajotte à Musique-Plus

De « Musiques sur le gril » (du léger, please ! comme la cigarette, la bière et le hot-dog, quoi; d’ailleurs, entre deux jeux-questionnaires, eh oui! vous aurez droit – mais si! encore – à vos recettes de cuisine) à l’invraisemblable « Pas l’temps d’aller voir la mer » (avec Jacques Beaulieu, tous les soirs à 19h : un p’tit CKVL dopé au TVA avec ça???), par détour du compassé « Mélofolie » (samedi, ChC, 18h), Radio-Canada est devenue quelque chose comme du TQS Rockdétentisé. Tout le contraire de la détente, quoi. Voire presque de l’agression mentale. Presque? Pas sûr, si je m’en fie aux jurons qui me sillonnent l’esprit comme mouches autour d’un pot de confiture. Et dont, par courtoisie, je ferai ici l’économie.

Comment se peut-il – je m’en cogne la tête contre les murs – que personne chez vous (les Robert Rabinovitch, les Sylvain Lafrance, les Daniel Gourd…) ne s’aperçoive de cette abyssale médiocrité. Bien honnêtement, c’est pour moi un authentique mystère. Comparable à la sainte Trinité pour mon esprit mécréant, en quelque sorte.

ça fait mal à l’âme. Car si l’ensemble du réseau radiophonique du Québec m’importe désormais peu, et le regrette fort (j’en ai abandonné l’écoute comme on se libère du supplice asiatique de la goutte d’eau), je restais, en dépit de la progressive dégradation tout au long des années quatre-vingt-dix (et singulièrement depuis l’automne dernier), je m’en accuse et m’en excuse, attaché à Radio-Canada.

Mais je comprends clairement maintenant, hors de tout doute, que vous ne supportez plus cet auditoire qui vous a tant appréciée des années, voire des décennies durant.

Je me consolerai (un tantinet) en pensant qu’avec Gilles Archambault (« Air de Jazz »), Serge Bouchard (« Les Chemins de travers »), les trop rares minutes partagées avec Anne-Marie Dussault (« Le Coeur à l’été »), Jacques Michel enfin (« Amène-toi Chez nous », titre éponyme de l’une de ses oeuvres d’art chansonnées), on ne se fera pas assommer continuellement avec du Canada et du canadien à toutes les huit phrases… Mais encore faudra-t-il que je songe à syntoniser mon poste à ces heures-là. Puisque dorénavant je m’en tiendrai essentiellement sinon exclusivement à l’écoute de ‘mes’ musiques et de ‘mes’ chansons. Mûrement choisies. Dont …les créations de Jacques Michel lui-même, qui ne vieillissent ni ne meurent. Pas plus que celles d’un Sylvain Lelièvre, par exemple.

à l’instar des idées d’un Pierre Bourgault, qu’on enterrera – qu’on enfleuvera ? – dans quelques minutes.

Hélas! et toujours hélas! Radio-Canada n’est jamais en reste. Voyez. Dans le court topo consacré à la cérémonie funèbre ce midi même du 21 juin à la Basilique Notre-Dame de Montréal, au téléjournal du réseau de télévision, eh bien on a trouvé un badaud (le seul simple citoyen qui eut droit au micro…) pour affirmer, a contrario d’un certain respect pour l’homme (bîn sûr…. fallait préparer le terrain de manière plausible et correcte politiquement : peut-être, qui sait, avait-on répété…?), et je le cite : « Je ne respecte pas (sic) ses idées ».

Bref, après l’avoir longuement cherchée, forcément on a trouvé la perle rare parmi la foule pour conforter nos premiers ministres du moment. On appelle ça la liberté d’information : bonbon soporifique hautement goûté par nos fédéralistisantes démocraties. Liberté inspirée du groupe de presse Gesca, sans aucun doute.

Tant pis pour le cliché apparent, je persiste : les meilleurs partent ou se taisent. Reste la médiocrité savamment entretenue.

Vraiment, est-ce pays-là que j’ai rêvé. Pour moi, mes aimé es, mes concitoyens – et mes propres enfants ???

Y en a marre – mais vraiment – de me faire entuber l’intelligence à même mes taxes et impôts.

On a déjà fait des Révolutions pour moins qu’ça…

Pierre Bourgault, pour ma part je respectais vos idées. Que dis-je : elles carburent ma vie citoyenne. Et votre fuite vers le haut n’y changera rien. Bien au contraire.

Louis Gauthier
LG.Qc@Voila.Fr
Québec, ce solstice de l’été 2003, autour de la treizième heure