LE GARDIEN DE L’ENCLOS

LE GARDIEN DE L’ENCLOS
L’Aéropet viendra redire à tous que le Canada se dresse comme un mur devant
le Québec.

Robert Laplante
Directeur de L’Action nationale
revue@action-nationale.qc.ca

Il est bien resté fidèle à lui-même, à sa manière, c’est-à-dire à la
grossièreté frondeuse. Jean Chrétien ne s’est pas présenté à la
cérémonie officielle qui consacrait son dernier coup de jarnac. Il avait déjà
produit son effet, le reste ne lui apparaissait sans doute plus que de la
figuration. Les protestations ayant été faites, les récriminations pour la
millième fois redites sur l’arrogance de Trudeau, sur l’outrecuidance de
faire porter son nom au symbole d’un gâchis immonde, tout cela ce n’était
plus que pour la galerie. Foin cependant de l’envergure historique de
l’événement, de sa contribution à élever le sentiment de fierté patriotique
des Canadians.

On a beau chasser le naturel, il revient au galop, surtout lorsqu’il s’agit
de
manipuler l’univers symbolique. Tout dans cette affaire, en effet, ne prend
son sens qu’en faisant une lecture inversée des événements.

Jean Chrétien peut bien donner dans le nation building, sonner les
trompettes de la grandeur historique, l’événement qui a été mis en scène
était on ne peut plus local. Il ne s’agissait que de faire une démonstration
de force pour émoustiller l’establishment local et quelques barons
ethniques. Quitte à faire sortir les thuriféraires et les anciens commis, les
Marc Lalonde, Jacques Hébert et autres Great Canadians qui ont fait
carrière aux basses oeuvres. Une cohorte d’intermédiaires s’est offert un
trophée de guerre, un symbole pour marquer la logique d’occupation,
consacrer l’enfermement. C’est leur Canada qui fixe au Québec les
conditions d’échange avec le monde, ils tenaient à le redire avec un
symbole fort, pour clamer la joie mauvaise de ceux-là qui se sentent du
côté de l’ordre et de la puissance et qui trouvent grandeur à oblitérer leur
peuple.

Nation wide, l’intérêt de cette inauguration ? Allons donc ! Pas
d’invitation
au chef de l’opposition officielle, non plus qu’à celui du NPD, mais un
carton pour barber Gilles Duceppe. L’état canadian se déployait en
région et fournissait aux petits lieutenants du Parti Libéral du Canada
l’occasion de se payer la tête des Québécois. Pas même d’invitation
officielle au gouvernement du Québec qui a sans doute fait des pieds et
des mains pour ne pas en recevoir, trop heureux de rester apparemment
en rade du nation building auquel il souscrit si hypocritement.

L’Aéropet, comme l’a déjà désigné l’ironie populaire, n’est qu’une
goujaterie de plus que s’est offert une engeance qui fait carrière à se
négocier les privilèges de tenir le Québec en laisse. De la politique de
gérants, de sous-fifres qui voient de la grandeur à contribuer à la négation
de leur peuple.

Il ne pensait pas si bien faire, le p’tit gars de Shawinigan, en affligeant
le
principal aéroport du Québec du nom de l’un de ses plus farouches
détracteurs. Celui qui a fait carrière à nous dire fermés au monde, à
prétendre que nous représentions un danger pour nous-mêmes en dehors
de la tutelle d’Ottawa, celui qui a emprisonné sans motif en brandissant la
Loi des mesures de guerres et qui voyait un crime contre l’humanité dans
notre démarche démocratique d’émancipation, est vraiment à sa place au
faîte de la tour de contrôle. Le Canada qu’il a servi a tout fait et continue
de s’acharner à tout mettre en oeuvre pour s’interposer entre le Québec et
le monde. L’Aéropet viendra redire à tous que le Canada se dresse
comme un mur devant le Québec.

Grâce à Jean Chrétien, Pierre Elliott-Trudeau trouve enfin sa place dans

l ‘histoire de notre peuple : gardien de l’enclos.

(Le 15 septembre 2003)