LE CLAPET SUR MA LANGUE BAFOUÉE

Le CLAPet sur ma langue bafouée
Présentation du film «L’Homme du train», cinéma «LeClap»

www.clap.Qc.ca
( LeClap@Clap.Qc.ca )

Cinéphile quasi inconditionnel d’une «valeur sûre» comme celle incarnée par
Jean Rochefort, comédien français d’envergure (je dirais même: de la catégorie
d’un Philippe Noiret, incidemment au Québec ces jours-ci), je me suis donc
présenté au Clap afin de voir ledit film, intitulé: «L’Homme du train» (avec,
comme on sait, le "jeune" Johnny Hallyday en co-vedette).

Précisons bien : il s’agit d’un film français diffusé et présenté au Québec –
état francophone d’Amérique, you know. Or, et c’est là que le bât blesse, c’est
un film sous-titré en anglais que l’on m’a servi!

Pas suffisant qu’il soit de plus en plus difficile d’avoir accès à un cinéma
étranger (et l’étranger, faut-il vraiment le rappeler, ça ne se réduit pas aux
états-Unis) doublé dans la langue de cette forte culture qu’est la nôtre (on se
contente assez souvent, en effet, d’un banal – voire rébarbatif, ennuyant et,
conséquemment, contre- productif – sous-titrage), voilà que l’on enfonce dans la
gorge des francophones des sous-titres anglais dans les films francophones mêmes
qui leur sont proposés… « Seek for the error.»

à quand Luc Picard «s’auto-sous-titrant» du Pierre Falardeau en anglais
(sinon du Michel Chartrand!) pour ses compatriotes québécois…?

Je regrette, chères gens du Clap; mais là, c’en est trop. J’ai déjà eu dans
le passé l’occasion d’exprimer quelque réserve concernant vos manières sur ce
plan (quoique toujours de façon constructive, je crois; car j’apprécie
énormément, et ce depuis de longues années, la solide qualité de votre
programmation), mais cette fois-ci – désolé! – c’est la goutte qui fait
renverser le contenu tout entier de ce verre d’acide nitrique.

Je me suis tapé l’autobus, aller-retour, depuis l’extrême Est de la capitale
(avant d’attraper le traversier – le «ferry» dirait le Français, qui d’évidence
saisit de moins en moins sa propre langue… – qui devait me ramener à la maison
) pour perdre à toutes fins utiles une demi-journée complète. Pour rien. Juste
pour le plaisir, sans doute, de me faire "bardasser par le doux freinage" des
chauffeurs, à chacun des arrêts, de la Société de Transport en commun de la
Capitale. Car, on s’en serait douté, je n’ai rien vu de la vue… Puisque c’est
dans une colère froide que je suis ressorti sur-le-champ, dès les tout premiers
dialogues, de la salle de projection.

Alors voici. Il y a des limites, messieurs-dames Dubé, Aubé, Bois et autres
Bois-Houde, administrateurs des lieux, à se faire empâler de la sorte. V.O.F »
(comme si du reste pareille précision se montrait nécessaire…), lisait-on
pourtant dans le libellé descriptif du film, dans votre populaire magazine
partout disponible. Or les Québécois devront-ils désormais demander autorisation
aux Bush, aux Blair et autres bonzes de l’anglo-saxonnie, pour se voir accorder
le «privilège» d’apprécier en français – intégral – des oeuvres de culture…
française???

Clapiens administrateurs, suit en conséquence la duelle proposition. Ou bien
vous démontrez une complaisance sans bornes à l’égard des distributeurs, auquel
cas je vous enjoins instamment de réviser votre politique et de témoigner plus
de considération pour votre clientèle; ou bien vous avez en quelque manière les
mains liées face à de gros joueurs de l’industrie, auquel cas il est de votre
devoir – social, collectif, linguistique et, plus largement, culturel –
d’alerter promptement l’opinion publique.

Là-dessus, mes salutations ! cinéphiles congénères.

Marcelin Gélinas
M.Gelinas@moncanoe.com
Lévis, Québec

Ce 17 sept. 2003