LA FRANCOPHOBIE DES ANGLOPHONES

LA FRANCOPHOBIE DES ANGLOPHONES
L’Affaire McCleary, Shawville ; " Je ne crois pas à la version de l’erreur "

Tout comme l’avocat de M. McCleary et comme par hasard président
d’Alliance-Québec, je ne crois pas à la version de l’erreur administrative.

Malheureusement, le gouvernement nouvellement élu du Québec s’est aplati
devant le refus de la population anglophone du Québec de respecter la loi,
démocratiquement votée, qui défend la langue française.

Cette loi s’applique à tous. C’est une honte de voir un gouvernement renier
sa propre loi, et se désister de la responsabilité de son application.

Mme la ministre Beauchamp, vous êtes responsable de faire appliquer ces
sanctions.

Y aurait-il eu ingérence de votre cabinet auprès du procureur général afin de
faire tomber les sanctions contre M. McCleary ?

Si c’est le cas, madame, vous avez miné la crédibilité de votre
administration pour pacifier une minorité geignarde d’anglophones choyés au
Québec et dont les droits sont richement respectés.

Vous avez également fait reculer la cause de celles et ceux qui défendent la
langue française et sa prédominance légitime au Québec depuis des décennies.

Serait-ce que, après moins de 100 jours au pouvoir, le gouvernement de M.
Charest affiche déjà ses couleurs à l’endroit du caractère français de notre
société distincte ?

Cela augurerait très mal…

Michèle Cadieux,
Gatineau (secteur Hull)
23 juillet 2003

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Henderson réplique à Michèle Cadieux

Réponse à la lettre de Michèle Cadieux, Le Droit 23 juillet, 2003

"Une minorité geignarde d’anglophones choyés dont les droits sont richement
respectés"…

Permettez-moi de vous dire, Mme Cadieux, que sans doute, la majorité des
francophones sont unis avec les anglophones en voulant mettre fin à cette sorte
de chicane éternelle de la langue.

L’affaire McLeary n’est qu’un autre chapitre dans le bilan des opérations de
l’Office de langue française. Lors du Forum national des états généraux sur le
statut et l’avenir de la langue française au Québec, M. Gérald Larose, lui-même,
s’est prononcé contre les mesures punitives de l’office. Il a dit que la loi,
dans les décennies de son application, a grandement accompli la tâche d’établir
la primauté de la langue française et que c’est maintenant le temps d’assouplir
les mesures en vu de revaloriser le partenariat entre la communauté francophone
et la communauté anglophone.

C’est tout à fait normal, en société, de vouloir ouvrir de nouveau un dossier
après un certain temps et quand la situation a évolué. C’est ce que le
gouvernement devrait faire dans le dossier de la langue.

Le principe de la prédominance du français est largement accepté dans toute
la communauté, mais il faut dire que c’est dans les mesures d’application de la
loi où les arguments commencent. C’est-à-dire que lorsqu’on parle d’affichage,
par exemple, il y aurait plus qu’une façon d’assurer la prédominance du français
sans exiger que le français soit en lettres deux fois plus grand. Cette formule
exagérée est détestée par beaucoup de Québécois et considérée honteuse par la
majorité des Canadiens qui savent que la langue officielle du Québec est le
français mais qui sont choqués par la subjugation d’une des deux langues
officielles du pays.

La loi 101 pourrait quand même soutenir la prédominance de la langue
française sans cette formule du deux pour un. Elle pourrait exiger que le
français paraisse sur toutes les affiches, avant ou au-dessus de toute autre
langue et dans la couleur dominante quand les deux langues seront affichées en
couleurs différentes. Cette nouvelle formule assurerait que le français serait
affiché partout au Québec, même à Shawville, elle serait acceptée par la grande
majorité des anglophones et allophones au Québec et par ceci, amènerait la paix,
enfin au Québec et au Canada.

Si, en plus, la mission de l’Office de la langue française devenait éducative
et non pas coercitive nous verrons ensuite la fin de ces mesures de botte à
l’écuyère et peut-être nous verrons, aussi, la fin des lettres comme la vôtre,
Mme Cadieux.

Richard Henderson
Directeur général
Association régionale des West Quebecers
wq@magma.ca
28 juillet 2003

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Michèle Cadieux réplique à Richard Henderson

LA FRANCOPHOBIE DES ANGLOPHONES

Ce n’est pas la première fois qu’un journal d’ici ou de Montréal publie une
de mes lettres à ce sujet, moi, simple citoyenne, et il est intéressant de
constater que chaque fois, ce n’est pas un simple citoyen anglophone québécois
mais bien un dirigeant payé d’un organisme de défense des droits des anglophones
qui réplique, dans ce cas-ci, subventionnée par Patrimoine-Canada. Croyez bien
que c’est ce que j’entends par « geignard » et je m’y attendais.

Je partage votre opinion, M. Henderson, quant à l’imperfection des mesures
adoptées pour favoriser la prédominance du français au Québec.
La grandeur relative des caractères affichés semble, en effet, bien futile. Je
suis personnellement ouverte à toute alternative à l’affichage « deux pour un ».
Vous proposez l’ubiquité du français sur les affiches et / ou en couleur
dominante. Soit.

Croyez-vous sérieusement que ce règlement serait davantage respecté que le
présent ? Le problème, et je crois que vous êtes secrètement d’accord avec moi
là-dessus, ce n’est pas la taille ou la couleur du français affiché, mais le
rejet du français, ou, disons-le, la francophobie des anglophones du Pontiac et
d’autres régions du Québec.

D’ailleurs, ne trouvez-vous pas que s’il est ridicule, d’une part, d’imposer
une taille et une couleur pour les lettres françaises pour l’affichage, il est
tout aussi ridicule de s’entêter à ne pas s’y conformer ? Est-ce si difficile ?
Où il est, le problème?..

Contrairement à ce que vous affirmez, le principe de la prédominance du
français n’est pas accepté dans la communauté. Il m’arrive fréquemment au Québec
(pas à Shawville, je n’y suis jamais allée), de demander du service en français
et de me voir refuser ce service. C’est une expérience pour le moins humiliante
et décourageante à chaque fois. Permettez-moi de vous dire, M. Henderson, que le
combat en ce sens n’est pas fini. Et il ne s’agit pas de chicane, mais bien de
justice. Ceci dit, je parle couramment l’anglais et offre des services dans
cette langue au travail sans hésiter.

Par ailleurs, ma lettre antérieure n’était pas motivée par une inquiétude à
propos du lettrage français sur les affiches de M. Mc Cleary, mais bien par le
doute de la volonté du nouveau gouvernement du Québec de supporter ses propres
lois, aussi imparfaites soient-elles. Il existe un processus démocratique pour
modifier les lois. En attendant, il suffit de les respecter.

Michèle Cadieux
Hull, Québec
Le 11 août 2003