LA BONNE CONSCIENCE DU COLONISÉ

LA BONNE CONSCIENCE DU COLONISé

19 avril 2003, courriel acheminé à :
igl@iglawyers.com et
jpdesmarais@dgclex.com

Au Québec, ça se passe donc en anglais…?

Objet :

http://www.iglawyers.com/frontend/canada_montreal.asp

(étude juridique de Montréal)

Je voulais faire affaire avec votre étude – sise à Montréal, métropole du
Québec, lui-même état français d’Amérique – mais comme la langue française
semble ne pas vous préoccuper pour un sou, alors permettez que je réaiguille mes
dollars ailleurs…

Car s’il y a une manière de s’informer dans cette langue sur votre site, eh
bien le moins que l’on puisse dire c’est que vous vous assurez que ce ne sera
pas aisé ou évident pour l’internaute en visite chez vous…

Aussi, inutile de vous excuser.
C’est déjà trop tard.

Salutations,

étienne LaHire,
Montréal, Québec

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Réponse de Jean-Paul Desmarais (
jpdesmarais@dgclex.com
) datée du 22 avril 2003. Courriel également acheminé
par celui-ci en cc à : "Enrique Belzuz Fernandez (E-mail)" <
belzuz@ctv.es >

Bonjour M. LaHire,

Je fais écho à votre message adressé au Secrétariat de IGL, et dont vous
m’avez transmis copie.

Je vous rassure tout de suite, je ne tiens nullement à présenter
quelqu’excuses pour ne pas avoir fait en sorte que le français soit plus
important sur le site internet du réseau international d’avocats IGL.

J’ai dû cependant expliquer votre comportement à mes amis, dirigeants de IGL,
qui comprenaient mal votre message. En fait, votre geste discrédite les tenants
de l’émancipation fort légitime du peuple québécois. Votre manque de
discernement vous rend incapable de distinguer le rôle du français au Québec et
son poids relatif sur la planète. Je me félicite que notre langue soit prise en
compte par les membres de IGL, au point de lui accorder une place sur son site
internet, place que n’ont pas d’autres langues beaucoup plus importantes à
l’échelle mondiale.

Je vous encourage à plus de réflexions et moins d’éclats. Vous vous attirerez
plus de respect de la part des gens à qui vous vous adressez.

Bien sûr, je prends bonne note que vous allez "réaiguiller" votre argent
ailleurs, et je vous souhaite de trouver un avocat avec qui vous saurez trouver
plus de sérénité.

Salutations

Jean-Pierre Desmarais

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– Commentaire succinct en cinq points de LaHire –

1) «…pour ne pas avoir fait en sorte que le français soit plus important
sur le site internet du réseau international d’avocats IGL.»
– Sophisme. Et ce, dès les tout premiers mots (!): «langue absente» («niée», en
langage clair) signifierait pour M.Desmarais: «ne soit pas plus importante…».
Bousculer, secondariser, banaliser ou… éliminer, évacuer, tuer – du pareil au
même??? Vous me donnez froid dans le dos, M. Desmarais. Aussi en l’occurrence
«sophisme» reste ici un euphémisme.

2) «Je vous rassure tout de suite, je ne tiens nullement à présenter
quelqu’excuses (sic) […]»
– L’arrogance constitue-t-elle un outil de première grandeur dans la boîte à
outils de l’homme rigoureusment «professionnel»…?

3) «J’ai dû cependant expliquer votre comportement à mes amis, dirigeants de
IGL.»
– Visiblement, il y a des gens pour qui – c’est le moins que l’on puisse dire –
le refus de considérer que tout doit se voir laminé par une langue unique relève
moins de la Dignité et de l’authentique Résistance (pensons d’emblée aux Jean
Moulin de ce monde) que de la bêtise et de la fermeture. Pathétiques
‘dirigeants’ qui ont besoin d’… «explications»! Les Mister Bush se seraient-il
soudainement clonés par-devers l’ensemble de la Planète?

4) «…votre geste discrédite […]. Votre manque de discernement vous rend
incapable[…]» Je laisse aux lecteurs le soin de se faire leur propre opinion
eu égard à la condescendance et à la ‘certitude intellectuelle’ démontrées par
M. Desmarais. Bien honnêtement (hors-tout en quelque sorte, et bien qu’il
s’agisse d’une opinion ici tout à fait personnelle), j’inclinerais fort peu à
faire confiance à un «homme de droit» capable d’un "laïus" aussi faible quant à
la pertinence et la solidité des arguments exposés.

5) «l’émancipation fort légitime du peuple québécois.»
– Prix de consolation. Là-dessus, nous nous rencontrons. Hélas ! à la lumière de
vos propos (permettez cet oxymore) je crains que pour vous, M. Desmarais,
pareilles paroles ne soient qu’une formule, disons, de «politesse collective»
(rectitude politique, si vous préférez). Je ne perçois ni ne vois dans votre
texte, en effet, quelque élément qui pourrait laisser présager quelque
conviction véritable et bien sentie à ce sujet. Mais peut-être me trompé-je? Le
cas échéant, j’admettrai sans détour ma piètre propension à lire entre les
lignes. C’est que – comme vous sans doute, sur d’autres tribunes? – je
privilégie les faits et les preuves. Au grand dam, bien sûr, des effets de toge.

étienne LaHire
LaHire@Q-bec.com
1er mai 2003