HISTOIRE DES FRANCOPHONES DE FLANDRE

Nouvelles de Flandre


Luc Beyer raconte l’histoire des francophones de Flandre


Jamais diplômes n’auront aussi bien servi leur porteur!
En effet, Luc Beyer de Ryke, né à Gand en 1933, a quitté l’ULB nanti des
licences en Sciences politiques et diplomatiques et en Journalisme.
Ses titres lui sont venus à point nommé pour devenir journaliste à la Radio
Télévision Belge où il a présenté le journal télévisé durant 18 ans, pour
remplir, comme francophone, des mandats communaux et provinciaux en Flandre et
devenir durant deux législatures député européen.

Le diplomate s’est illustré comme médiateur dans le conflit entre Greenpeace
et la France, ce qui lui a valu, épinglée par Jacques Chirac, la Chevalerie de
la Légion d’Honneur.

Voilà donc l’homme qui raconte, en un style élégant et précis, avec humour et
nostalgie et le sens de l’anecdote vivante, l’histoire des francophones de
Flandre de la fin du Moyen-âge à nos jours.

Certes, les grandes étapes de cette histoire sont connues, mais l’auteur
rappelle, dans son livre, pour chacune d’elles, ce qu’elle a signifié de
particulier dans l’implantation et l’extension de la francophonie. Les ducs de
Bourgogne parachevant la francisation de l’aristocratie de nos régions,
commencée, dès la fin du 13ème siècle, par les relations de nos comtes et barons
avec la couronne de France. La période autrichienne qui va permettre au français
de gagner la bourgeoisie, mais durant laquelle va dès lors se créer "une
distance entre le petit peuple et la classe dirigeante". Le français est la
langue de la Révolution qui va secouer l’ancien régime partout en Europe.
Graduellement la francisation gagne l’administration, le pouvoir judiciaire et
jusqu’à l’enseignement. "La Révolution avait fait son oeuvre, le Consulat la
poursuit, l’Empire la consacre".

Arrive l’effondrement de Waterloo et le Congrès de Vienne qui en est la
conséquence. Nos provinces sont rattachées au royaume de Hollande, vivent
désormais sous le régime hollandais et connaissent une néerlandisation
progressive mais qui n’a pas le temps de porter ses fruits. La révolution de
1830 donne naissance au Royaume de Belgique où le français reste la langue
officielle et la langue de culture. Mais, les premiers signes de la
revendication linguistique et culturelle des Flamands se font jour.

"Tout au long du XIXème siècle, le mouvement flamand cherche sa voie. Le 18
avril 1898 consacre pour lui une date importante. Ce jour-là la Chambre des
Représentants reconnaît le flamand comme seconde langue officielle du royaume.
Dans la pratique cela signifie un bilinguisme en Flandre où le français conserve
une influence prédominante."

La guerre de 1914-18 donne un nouvel essor aux exigences flamandes en matière
linguistique.

La flamandisation de l’université de Gand en 1930 marque une étape symbolique
importante. Mais le tournant historique capital est le vote des lois
linguistiques de 1932 consacrant l’unilinguisme de la Flandre et de la Wallonie,
Bruxelles restant bilingue. La longue marche du mouvement flamand est engagée.
Celui-ci donne naissance à un parti radical: le "Vlaams Nationaal Verbond"
(Mouvement National Flamand) qui fournira aux envahisseurs nazis de 1940
quelques bataillons de collaborateurs séduits à la fois par la "lutte
anti-bolchévique" et par un rêve de germanisation.

Après la victoire définitive des Alliés en 1945, la bataille linguistique
reprend de plus belle et occupe largement le temps de nos hommes politiques.
Elle aboutit à la fixation de la frontière linguistique de 1962 et au vote des
lois linguistiques de 1963! Comme le souligne Luc Beyer: "depuis 1963, la loi
nous interdit de nous compter". "Nous", les francophones de Flandre!

L’auteur comprend parfaitement la légitimité du combat des Flamands pour
obtenir le respect de leur langue et de leur culture, mais dit-il "ce qu’il est
permis, par contre, de regretter, c’est l’outrance, l’intolérance de la réaction
flamande. Un dispositif législatif, scolaire, administratif, a conduit à
l’éradication de la minorité francophone. Une minorité à laquelle le vocable
même de minorité et un statut approprié est dénié".

Le lecteur se retrouve plongé en pleine actualité: les conclusions du rapport
de la suissesse Lili Nabholz-Heidegger présenté au Conseil de l’Europe!

Voilà, en quelque sorte, le squelette de ce petit livre bougrement vivant et
de plus harmonieusement musclé. Il est bourré d’anecdotes personnelles, de
petits faits touchants ou révélateurs, d’images qui font sourire, de rappels
politiques signifiants. L’auteur, qui, en raison de sa situation, a connu pas
mal de personnalités du monde politique, trace quelques rapides portraits tout à
fait inattendus: Théo Lefèvre, Willy Declercq, Guy Verhofstadt, André Renard,
Louis Tobback…

Un chapitre important est consacré aux "gazettes, courriers et quotidiens
francophones". Il y rend un hommage particulier à des journalistes importants de
la presse francophone de Flandre: Henri Van Nieuwenhuyse, Jean Eeckhout et
surtout Robert Lanoye qui, aidé de sa fille Monique, dirigea durant plus de
trente ans une série de "Courriers", journaux témoignant de la vie francophone
au littoral, à Bruges et à Gand

Luc Beyer constate avec nostalgie qu’en Flandre "la presse francophone a
cessé d’exister". Il signale toutefois l’apparition des "Nouvelles de Flandres",
dont il souligne l’utilité. Il nous rend ainsi justice: nous sommes, depuis
bientôt quatre ans le lieu de rencontre des associations francophones de Flandre
et si les francophones se voyaient reconnaître les droits d’une minorité, ce
serait notamment gràce à notre action tenace! Heureux rappel également: le
nombre d’écrivains francophones en Flandre!

L’auteur se sera acquitté de la tâche qu’il s’était assignée: "lorsqu’on est
acteur appartenant à un monde qui s’évanouit, on est porteur d’un témoignage.
J’ai éprouvé le devoir, vis-à-vis de la communauté qui est la mienne et
vis-à-vis de moi-même, de la délivrer." On ne lui fera qu’un reproche, celui de
croire qu’un monde qui s’évanouit est un monde moribond. Les francophones du
nord reprennent connaissance et sont bien décidés à se battre pour assurer à la
francophonie en Flandre la vie décente à laquelle elle a droit.

Marcel BAUWENS

Luc Beyer de Ryke – « Les lys de Flandre » dans la Collection « Combats
pour la liberté de l’esprit » Office d’édition impression librairie (OEIL) –
François-Xavier de Guibert


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(Le 7 décembre 2003)