FRANCOPHONIE HORS QUÉBEC

FRANCOPHONiE HORS QUéBEC
Les vrais bobos.

Un grand bravo à Pierre Grandchamp pour son texte «LOGIQUE DE MINORISATION»
qui est une bonne critique du plan d’action du ministre Benoit Pelletier qui
veut créer un centre de la francophonie, redéfinir les liens entre les
francophones du Canada et réviser la politique du Québec à l’égard des
communautés francophones (justement Jean Charest vient de visiter le Manitoba,
et a été chaudement reçu par notre Premier Ministre Gary Doer. Jean Charest
n’était pas ici pour discuter de ce centre de la francophonie, mais il en a
glissé un mot quand même.)

Le PLQ se pète déjà les bretelles et se dit plein de volonté à venir en aide
aux FHQ. Mais la volonté, c’est rien sans des actes concrets et qui visent les
vrais «bobos». Le président de la FCFA trouve l’idée de ce centre encourageant.
C’est de la poudre aux yeux comme dit Pierre Grandchamp. Les vrais bobos, M.
Grandchamp les a énoncés, et je les résume en mes mots
simples:

Bobo 1. Le Québec est vu par le Canada comme une grosse communauté
francophone, un peu comme un très gros Saint-Boniface. Ainsi donc dans la même
logique — la logique de minorisation — vous vivez en français grâce au support
du Canada. Les fédéralistes blâment le PQ d’avoir brisé les liens entre cette
grosse communauté et les autres communautés francophones. Bien sûr cette
accusion est absurde, mais le bobo ici est plus précisément que les fédéralistes
limitent les liens entre le Québec et les FHQ à un lien socioculturelle. ça
revient à ce que M. Grandchamp disait. Il faut donc régler la question du
Québec. Donc il faut définir les liens politiques d’abord. Et si les liens
socioculturelles se sont effrités (ce qui est vrai), c’est à cause des liens
politiques malsains maintenus par Ottawa depuis les années 60.

Bobo 2. Souvent les structures politiques sont utilisées pour cacher les
vrais problèmes. Alors un centre de la francophonie ne ferait qu’empirer les
choses. Ce serait une structure de plus au-dessus des autres structures déjà
existantes qui, elles, cachent déjà assez bien la situation agonisante dans
laquelle les FHQ souffrent. Comme M. Grandchamp nous suggère, il faut faire
pression auprès du Canada anglais pour rendre justice aux droits des FHQ. Le
problème est que les gens ont déjà l’impression que justice a été rendu depuis
la Constitution de 1982 qui (apparemment) garantit les droits des francophones.
Encore une fois, les fédéralistes ont créé en 1982 une structure, une façade,
qui les protège eux, et non les francophones. Oui, M. Grandchamp, la FCFA est
certainement un organisme timide aux mains liées dans le cercle vicieux des
subventions du fédéral. Et les organismes/associations au niveaux provincial
sont dans un cercle vicieux semblable.

Essentiellement le drame des FHQ se résume à ceci: avant 1970, les FHQ
avaient les nombres (la population), mais pas de structures pour les supporter.
Aujourd’hui, les FHQ ont une structure, mais les nombres ne sont plus là! Si la
tendance continue, il ne restera plus de FHQ, mais les structures seront en
place pour dire le contraire! Ce sera le comble de l’absurdité. Remarquez qu’à
chaque fois que les fédéralistes nous annoncent une nouvelle initiative pour
venir en aide aux FHQ, ils ne parlent pas en même temps du nombre en diminution
de ces FHQ.

Ce qu’il faut, c’est décentraliser les structures, et faire en sorte que les
francophones soient en charge eux-mêmes de leur propre destinée. Car les
politiciens ne sont pas ceux qui comprennent le problème, ou s’ils comprennent,
ils n’en parlent pas. Si un politicien en parlait avec franchise, il se ferait
«rentrer dedans»! Comme M. Grandchamp disait de M. Benoit Pelletier: quand il
était professeur à l’Université d’Ottawa, il disait la vérité. Maintenant
politicien, il dit le contraire.

Jean Corriveau, Winnipeg
corriveauj@shaw.ca

(Le 9 juillet 2003)