FESTIVAL D’ÉTÉ DE QUÉBEC

Hier festif, désormais
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« fessier »…?

Objet : Le Festival d’été de Québec, édition
2003
infofestival@infofestival.com
in
http://www.infofestival.com/

Publié dans LeSoleil (

http://www.cyberpresse.ca/soleil/
) du 10 juillet 2003

En pensant à Pierre Bourgault

J’ai été un fan – quasi un inconditionnel – du Festival d’été de Québec. Et
ce, pendant plusieurs années. Or depuis deux ou trois ans, hormis exceptions
fort ponctuelles, je n’ai plus aucune envie d’y participer. Voici pourquoi.

Quoique étant dans la jeune quarantaine, j’ai souvenance encore de soirées
mémorables. Telle celle où Jacques Bertin et Gilles Vigneault s’étaient succédé
sur la grande scène sous les cieux bleus et les yeux verts de la Capitale; ou
cette autre avec le même Vigneault, précédé cette fois par le tant regretté
Sylvain Lelièvre. Oui certes, de grands moments de ce qui fut naguère un
formidable Festival.

Or je ne (me) reconnais plus dans toutes ces prestations qui pourraient aussi
bien s’exhiber à Atlanta que Seattle ou Toronto. Québec est la Capitale
nationale de l’unique état français d’Amérique du Nord, mais l’organisation de
l’événement choisit tout de même, par effet d’entraînement sinon pleinement
sciemment, de banaliser la langue qu’on y parle – de la chantourner, dirait-on à
point nommé -, ainsi que cette culture qu’on y élève (tel un enfant désiré, puis
aimé) contre vents et marées depuis bientôt quatre cents ans. Comment? En
reproduisant indolemment, mutatis mutandis, ce qui se fait ailleurs, pardi.

Nomdédiou ! C’est anglais partout et tout le temps – jusqu’au fin fond
de l’ombilic franco-hexagonal désormais rien moins que français. Même les ondes
de la chaîne dite culturelle de la radio de Radio-Canada (cette « radio de
toutes les cultures », rappelle-t-on à satiété comme pour mieux
apetisser ou rogner la nôtre : d’ailleurs, à quand l’équivalent de chansons
françaises sur le CBC Network aux chansons anglo-saxonnes sur nos CBF
– ou Canadian Broadcasting French…?) ne retiennent plus qu’une portion
congrue de ses heures pour la culture propre de… son propre auditoire. Se
camoufler soi-même à ses propres oreilles : oeuvre de grande civilisation, sans
doute. Ce n’est pas The (Mount Treal) Gazette qui disputerait la chose,
j’en conviens aisément.

Y a-t-il manière plus crue – le propriétaire caressant le rêve de redevenir
locataire… – de saisir à contresens la signifiante et raffinée tournure d’Avec
les vieux mots
, du grand Gilles : « Je n’ai pas de maison, c’est mon
orgueil
»?

Bref, à croire qu’il est devenu obtus, et par-là expression d’étroitesse
d’esprit, que de s’offrir un Festival vraiment français dans notre propre
demeure. C’en est surréaliste. Et – disons et redisons le vocable puisque,
contre toute raison, toujours de circonstance – combien colonisé.

Morale : « S’ouvrir les veines pour mieux s’ouvrir l’esprit ». Je veux
bien croire que les Stéphane Dion, les Jean Charest et les Jean Chrétien ne
manquent pas au sein de la collectivité pour ressasser sans cesse, et depuis
toujours (plus de quarante ans pour ce dernier, en tout cas), le mantra selon
lequel la servitude dessine indubitablement la voie du progrès. Mais tout de
même…

Et quand ce Festival daigne « faire français », on trouve quelquefois
le moyen de couper le Veuve Clicquot frais avec de la Molson
chaude en proposant les extraordinaires oeuvres de Jacques Brel ou de Pauline
Julien par le biais de pures voix (entendez : sans âme et sans authentique
émotion sinon le pathético-lyrisme-emphatico-trémolo-vocal) des Bruno Pelletier,
des Luce Dufault et autres Marie-Joe Thério. Et quoi encore : bientôt Léo Ferré
ou Georges Brassens interprétés par Mario Pelchat, Garou, CheLynn Dionn’ et
Sylvain Cossette???*

Bien sûr, on tente pour la forme de rattraper le coche avec de « vrais »
artistes, tels les Gauthier et Léveillée – Claude de leur identique prénom -,
ainsi que la non moins talentueuse Diane Dufresne à titre de conceptrice. Mais
la perle de miel saura-t-elle, en dépit de sa puissante et enivrante fragrance,
dissimuler les affres du vinaigre sur lequel – égarée comme capitaine esseulé
chaloupant en milieu des Saint-Laurent occupés par les amiral Phips de
l’heure – elle se dodeline totalement désorientée?

« Je est another », écrirait Rimbaud. Désormais.

Nicolas St-Gilles
Mercuriale@moncanoe.com
Québec, le 9 juillet 2003

* « Jacques Brel, un géant
pour qui la moyenne passera toujours pour de la médiocrité
», dixit
Diane Dufresne elle-même…

Apostille –. Au plat verso de votre prospectus
Programmation 2003 partout disponible, vous invitez les gens à « nous
rejoindre
» (notion spatiale). Or il faudrait plutôt écrire : « nous
joindre
» (terme de communication). Morale de la morale : anglicisons d’une
part, dé(gling)francisons de l’autre. Bienheureux Pierre Bourgault, épargné par
cette chute en continu dans le néant du ici et maintenant de l’en-deça.

Informations complémentaires peut-être utiles au dossier (site et adresse
électronique du Festival d’été de Québec) :

http://www.infofestival.com/
,
courriel :
infofestival@infofestival.com