ENSEIGNEMENT DE L’ANGLAIS AU QUÉBEC

ENSEIGNEMENT DE L’ANGLAIS AU QUéBEC

" On veut bien donner la chance au coureur, mais un mandat de quatre ans
s’apparente plus à une course de fond qu’à un sprint." C’est le commentaire
lapidaire que les nouvelles déclarations du ministre de l’Education
inspirent à la présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement, Mme
Johanne Fortier.

Si la FSE avait relativement bien reçu l’annonce impromptue du report
d’un an de la réforme au secondaire, en début de semaine, parce qu’elle
permettait de s’assurer de faire les choses correctement, et donnait le
temps au gouvernement pour répondre à des questions importantes, notamment sur
l’abandon du redoublement non assorti de mesures alternatives et sur la
politique d’évaluation des apprentissages, il en va autrement avec les
nouvelles déclarations ministérielles.

Mais même en comprenant la position ministérielle, la FSE s’était
étonnée qu’une déclaration aussi hâtive, aussi lourde de conséquences n’ait fait
l’objet d’aucune consultation préalable. Comme d’autres intervenants en
éducation, la FSE au lendemain de son assermentation avait sollicité du
nouveau ministre une première rencontre, pour échanger de façon informelle
sur les grands dossiers. Il nous semble que le ministre aurait démontré plus de
prudence en complétant son cabinet, en procédant à ces rencontres, avant de
figer les orientations de son ministère, sur l’enseignement de l’anglais en
première année, par exemple, ou sur la révision de la loi 124 qui vient
d’être adoptée sur les plans de réussite et les projets éducatifs.

La réforme des programmes au primaire est encore en consolidation. On
vient de recentrer la grille-horaire sur les matières de base, de modifier
les façons d’enseigner. Il nous semble prématuré d’introduire une nouvelle
matière au premier cycle, sans validation pédagogique, sans consultation, sans
préparation, sans s’assurer que nous pourrons disposer du personnel qualifié
en nombre suffisant. Il nous semble y avoir incohérence entre le temps qu’on
veut se donner au secondaire et la précipitation dont on fait preuve pour
chambouler à nouveau la grille au primaire.

Au moment où le système d’éducation semble à peine sortir la tête de
l’eau, en ayant récupéré des ponctions qui y avaient été effectuées, après
une campagne électorale où les deux priorités libérales avaient été identifiées
comme la santé et l’éducation, la Fédération des syndicats de l’enseignement
s’inquiète que les premières déclarations sur les difficultés de financement
touchent justement l’un de ces secteurs.

La population a parlé, elle a élu le Parti libéral. Ce mandat clair ne
doit pas dispenser le nouveau gouvernement d’associer à ses décisions les
principaux intervenants qui seront appelés à mettre en oeuvre ses nouvelles
politiques. La société civile continue d’exister.

Nous partageons l’inquiétude de la CSQ qui s’étonnait mercredi de la
précipitation des nouveaux élus à annoncer la réalisation de leurs projets,
qui aux Finances, qui à la Société de l’assurance automobile, et qui
maintenant à l’Education, sans égards pour les personnes et les groupes qui
seront appelés à les mettre en oeuvre.

(Le 16 mai 2003)