CULTURE ET RADIO EN BELGIQUE

CULTURE ET RADIO EN BELGIQUE
Belgique – Les programmes culturels sont gravement menacés.

Cette carte blanche parue mardi dernier dans le journal belge "Le Soir"
(ci-joint en format pdf), qui montre qu’hélas dans ce pays
comme dans beaucoup d’autres la place de la culture dans les médias se réduit
comme peau de chagrin.

PS : pour ceux que cela intéresse, voici le lien vers le site de la pétition

http://users.skynet.be/musique3/

[Ancien lien]
http://www.ulb.ac.be/philo/urhm/musique3.html

LE SOIR www.lesoir.be

La culture à la RTBF : un enjeu démocratique

CARTE BLANCHE
Benoît Beyer de Ryke
Secrétaire de l’unité de recherche en histoire médiévale de l’ULB
Hubert Roland
Secrétaire de l’unité de littératures et cultures comparées des langues
germaniques de l’UCL

« Les programmes culturels de Musique 3 (.) sont gravement menacées par le
plan Magellan »
Les informations des derniers jours le confirment : les programmes culturels de
Musique 3, six émissions hebdomadaires de quarante-cinq minutes chacune bien
connues des auditeurs de la chaîne, sont gravement menacées par le plan de
restructuration Magellan et le nouveau cahier des charges. Et pourtant, on sait
que les émissions culturelles (qu’elles portent sur l’histoire, la philosophie,
la littérature ou autres sciences humaines ou exactes) sont rares dans le
paysage radiophonique belge. Notre pays n’étant pas doté d’une chaîne uniquement
dédiée à la culture et à la création radiophonique comme France Culture (dont la
réception en Belgique continue d’être brouillée par Q-Music), les émissions
culturelles parlées trouvent jusqu’à ce jour place sur Musique 3. Leur qualité
incontestable leur procure un audimat non négligeable (y compris en termes de
rentabilité), sensible à ce que l’on pourrait appeler un « devoir d’inactualité
» au sens où Nietzsche parlait de considérations inactuelles et donc toujours
actuelles. Le succès déjà rencontré par la pétition que nous avons récemment
initiée atteste que nombreux sont, dans les milieux les plus divers, ceux qui
apprécient la mission de service public accomplie jusqu’ici avec brio par
Musique 3, chaîne musicale et culturelle de la RTBF et de la Communauté
française de Belgique. Ils apprécient à sa juste valeur que le service public
puisse encore proposer à l’auditeur ce qu’il n’entend pas ailleurs. Ils sont
donc très inquiets face à une restructuration profonde de Musique 3, qui verrait
de telles productions réduites à peau de chagrin, voire supprimées. Et honteux
de voir la chaîne publique belge francophone sacrifier ainsi quelques uns de ses
meilleurs atouts, là où ni la Flandre ni les voisins français, allemand ou
britannique ne songent un instant à remettre en cause le rôle éducatif et
culturel de la radio, media au coût minime tant pour l’auditeur que pour les
instances de production.

Les discussions relatives aux différentes conceptions de la culture ne
relèvent pas de l’élucubration d’intellectuels en chambre. Elles illustrent bel
et bien des enjeux de société. Dans sa réflexion sur « la crise de la culture »,
Hannah Arendt resituait bien les enjeux d’un appauvrissement de la culture au
stade de loisirs. La société de masse qui impose à ses membres la consommation
de biens « culturels » dont l’uniformisation n’a d’égal que la multiplication
exponentielle des canaux de diffusion dans le paysage audio-visuel libéralisé
n’est pas uniquement soumise à une commercialisation qu’on peut approuver ou
regretter. Elle n’invite plus à un espace de détachement des contraintes
immédiates et de liberté pour le monde et ses cultures. Il n’y est plus question
de valeurs destinées à être échangées mais de biens de consommation destinés à
être usés jusqu’à épuisement.

Les enjeux dont il est question ici ne relèvent pas seulement de la
philosophie politique ou de l’esthétique. La diversité des points de vue qui
trouve à s’exprimer par ce canal, si elle constitue un exercice de résistance
contre la pensée unique, favorise aussi une interdisciplinarité que toutes les
instances de recherche internationales considèrent comme un acquis réel des
dernières années. Car plus personne ne songe à contester que, face à la
complexité des problèmes, les disciplines des sciences humaines, exactes et
médicales ont tout à gagner à croiser leurs regards dans l’exercice d’une
perspective globale. Une réflexion élémentaire associe enfin ces questions à un
indispensable exercice de démocratie. La fragmentation de l’information
culturelle, qui s’accompagne toujours d’une soumission de celle-ci aux sujets à
la mode et aux impératifs de promotion des derniers biens sur le marché de
consommation empêche le débat d’idées, gêne la compréhension des enjeux réels et
invite à se rallier à l’opinion dominante sous la guidance du plus influent ou
du plus charismatique. Oui un programme qui aborderait les mécanismes du pouvoir
et de la guerre à l’époque de Napoléon appelle certains développements qui ne
peuvent être balayés en l’espace de quelques minutes ; il en est de même pour
une réflexion sur les sectes et les hérésies à travers l’histoire, sur la
mondialisation au XVIe siècle, sur la psychologie du martyr qui sacrifie sa vie
au service de la cause etc. Autant de sujets « inactuels » dont l’actualité
immédiate n’appelle pas de longs développements.

Pour toutes ces raisons, il nous semble urgent de lancer un appel vigoureux
-sous forme de pétition – contre toute réduction des programmes culturels sur
Musique 3, la chaîne musicale et culturelle de la RTBF, radio de service public
de la communauté française de Belgique.

Site de la pétition :

http://users.skynet.be/musique3/

[ancien site :

http://www.ulb.ac.be/philo/urhm/musique3.html
]

(Le 31 octobre 2003)