CHAMPLAIN POLITIQUEMENT INCORRECT EN FRANCE

Champlain politiquement incorrect en France

Au moment où l’on commémore l’arrivée de Champlain en Amérique, le fondateur
de Québec a disparu, depuis quatre ans, des cours d’histoire et des manuels des
lycéens français ! Champlain était devenu politiquement incorrect.

Michel Têtu, directeur général de l’Année internationale francophone,
rappelait cette énorme incongruité hier, au moment où se terminait le Colloque
sur la Francophonie en Amérique.

Champlain a été évacué des cours obligatoires et des manuels d’histoire en
même temps que toute référence au passé colonial de la France, explique Michel
Têtu en entrevue. On a fait place à des cours d’éducation civique, ce qui est
une bonne chose en soi, selon l’universitaire, en gommant d’un bloc tout un pan
d’histoire coloniale dont l’Hexagone n’est pas trop fier.

Cette révision de programme, qui a bouté hors de France Champlain, Montcalm
et toute la Nouvelle-France, a été décidée par l’ancien ministre Jack Lang dans
un gouvernement socialiste.

La colonisation de la Nouvelle-France a été assimilée, dans les esprits, à la
colonisation de l’Algérie, poursuit M. Têtu, même si la première, au XVIIe
siècle, a été amorcée par Champlain dans un esprit respectueux des populations
autochtones, contrairement aux méthodes "condamnables" utilisées en Algérie au
XIVe siècle. L’important métissage qui a eu lieu entre les Français et les
Amérindiens témoigne des relations différentes qui se sont créées entre ces deux
peuples, ajoute-t-il. Ces distinctions se heurtaient à un certain scepticisme
dont témoignait le professeur Peter Klaus, de l’Université libre de Berlin, qui
s’interrogeait : "A-t-on donné trop de vertus à Champlain" qui restait tout de
même un homme de son siècle à une époque où les conquérants s’interrogeaient
très sérieusement sur le caractère humain des peuples soumis ?

L’aventure de Champlain en Amérique demeure aussi différente des autres
entreprises coloniales françaises, renchérissait l’historien Gilbert Billeul,
parce qu’elle a donné naissance à une autre histoire, (celle du Québec et du
Canada). Membre de l’Association Champlain-France et secrétaire général de la
Commission des lieux de mémoire communs, M. Billeul signalait que le seul fait
d’utiliser le terme Nouvelle-France, sur le sol français, suffit pour s’attirer
le soupçon de nourrir des sympathies propres à l’extrême droite.

Malgré ces difficultés, l’Association française des professeurs d’histoire
doit prochainement être saisie de la question afin qu’elle fasse pression sur le
ministère de l’éducation pour que la Nouvelle-France retrouve une place dans les
cours d’histoire.

Mieux encore, la Commission des lieux de mémoire communs, qui a identifié 101
lieux qui appartiennent tant à l’histoire de la France qu’à celle du Québec,
projette de faire appel à chaque ville ou village concerné pour qu’il y ait,
partout, une rue ou une place qui porte le nom de Champlain.

(Ce texte de Marie Caouette extrait du journal Le Soleil du vendredi 30 mai
2003 nous a été communiqué par M. François Gauthier, président du
FFI-Québec.)