Y AURA-T-IL UNE ÉLECTION CETTE ANNÉE?

Y aura-t-il une élection cette année?

Mon père me disait, lorsque j’étais jeune, qu’il n’y avait
qu’une façon de savoir si les élections s’en venaient : les cantonniers et les
bouts d’asphalte dans un quelconque rang des paroisses reculées.

Le Parti québécois, à bout de souffle, vidé de son idéologie
principale, vient de renouer avec cette tradition. Il y aura des élections cette
année : les contrats de chemins viennent d’être annoncés. Les trous seront
«patchés», les «calvettes» seront refaites à l’été, l’entrée des villages sera
asphaltée ou ré-asphaltée, si la demande a été bien acheminée.

Ce sera une élection de bouts de chemin, d’autoroutes, de
ponts, de bulldozers, de parapets, de goudron, de concassé, de ciment, de
camions, de panneaux-réclames, de feuilles d’érables, de fleurs de lys, de
contrats signés devant les caméras bien rodées, d’inaugurations de clubs de
l’Age d’or, d’écoles à rénover, de cégeps à retaper, de CLSC et d’hôpitaux à
rallonger, de lampadaires à remplacer, de gros «trucks» sur les chemins
encombrés, de tuyaux haut de même à remplacer, de trous à boucher, de courbes à
déplacer, et j’en passe, parce que je sais que vous en avez assez!

Le peuple québécois ne veut pas de débats d’idées. Il veut
des bouts de chemin à réparer. Le peuple est comme ça et ceux qui le dirigent ne
veulent pas le mener plus loin que ce pragmatisme qui les sert à volonté. Pour
ceux qui, jadis, avaient mis toutes leurs énergies à lutter pour le pays rêvé,
la déception est grande et la pilule dure à avaler. Nous avions trouvé un chef
qui pouvait nous y mener. Mais les troupes, de l’intérieur, l’ont «assassiné»
avec des querelles interminables, la formation de clans opposés. Il ne nous
reste qu’un bout de chemin à arranger, triste réalité à donner à nos enfants
désabusés. Il nous reste un peuple déraciné, bafoué, une dénatalité qui finira
bien par nous assimiler.

Nous sommes un peuple de bouts de chemin, de coup de pioches
et de gens sur des pelles accoudés. On a peur, dans ce pays, des gens à longues
visées. Le pain et les jeux suffisent à un peuple colonisé. On n’a pas besoin de
chercher ailleurs pour savoir où sont ceux qui veulent nous assimiler. Notre
régime politique s’est chargé de bien les cultiver. Et en nombre suffisant pour
sentir en nous la colère monter.

Y aura-t-il des élections cette année? Bien sûr, mais le
Québec ne sera pas beaucoup plus avancé. Peu importe le parti qui aura gagné!

Nestor Turcotte
Matane

aristote@ma.cgocable.ca

(Le 2 février 2002)