VENTE DE FAILLITE

Vente de faillite, au 69,
édifice du Parlement,
Québec Inc. !

«La paix des braves» scellée par une poignée de main», titre à la une
le journal Le Soleil de ce matin 8 février 2002 : plus de trois milliards
de dollars$ et, surtout, la reconnaissance d’un territoire grand comme la France
à quelques milliers d’individus, au détriment de l’ensemble et de tous les
laissés pour compte qui y sont confirmés dans leur in-citoyenneté, c’est
un bien maigre butin pour permettre à l’Hydro-Québec de détourner des rivières,
saccager l’environnement, construire barrages au profit des Ricains. La mine
triomphante, vêtu des oripeaux du grand chef Ted Moses, heureux comme le geai de
la fable, paré des plumes du paon, notre «brave» premier ministre Landry a
ratiociné devant les caméras et une communauté -ethnique !-en effervescence,
éblouie par la pleine chaudronnée de beurre qu’on lui refile, que «l’entente
n’a nul besoin d’un endossement par Ottawa ».
Vous m’en direz tant et si
bien !

évidemment, mon cher ! Tu donnes tes droits sur un territoire
à un tiers (les Indiens) qui lui (le fédéral) est favorable, comment ce même
gouvernement pourrait-il s’y opposer ?! à la fin, lorsque toute cette écume sera
convertie en Cri-dollars et en Hydro-débentures, lorsque le chant des oiseaux se
sera tu dans le coeur du Québec, c’est l’ensemble, c’est tout le peuple du Québec
qui y aura perdu ses plumes au change. Y compris les Cris, qui viennent
de s’interdire à tout jamais de plaider leurs fondements spirituels pour faire
monter les enchères en prétextant que «cette terre renferme le corps de leur
père, qu’on ne vend jamais les os de son père et de sa mère»
; de ces grands
chefs, de bien «braves» chefs qui viennent de vendre les assises morales de
leurs revendications «ancestrales», leur droit de regard sur la
sauvegarde de leur environnement naturel, assises fondamentales de l’univers
culturel qui a assuré leur survie jusqu’à ce jour.

Un seul gagnant à très court terme : l’Hydro-Québec, la
proxénète du cocu content, qui se vend à toutes les passions américaines sans
que personne du plat pays ne puisse lui rappeler ses devoirs premiers : qui sont
de servir les besoins des Québécois (ses), un point c’est tout… des besoins qui,
pour dire encore plus juste, semblent bien loin des préoccupations de la
multinationale fleurdelisée et de sa filiale, le gouvernement du Québec…

Deux mondes, ici comme ailleurs, s’affrontent : celui des
valeurs humaines fondamentales contre celui de la Haute Finance internationale ;
celui du partage contre celui du profit ; celui voulant qu’un pays appartienne à
ceux et celles qui l’habitent, sans distinction de race, de couleur de la peau,
de religion, etc., etc., etc., contre celui d’un prétendu droit à l’hérédité
avalisé par des gouvernements qui n’ont pas été mandatés pour ce faire. Et je ne
crois pas que ce soit le mieux qui l’emporte ! Mais enfin, tout cela a déjà été
dit et redit à maintes reprises, et en aura intéressé bien peu.

Lorsque tous ces traités auront été signés, lorsque la
propriété de 95% du territoire du Québec aura été concédée à 2% de la population
du Québec, Monsieur le premier ministre Landry peut-il me dire sur quelle base
territoriale il entend faire son pays ? Peut-il me dessiner la carte
géographique du futur pays du Québec, j’entends celle où la communauté
citoyenne, la solidarité nationale du peuple québécois, toutes ethnies
confondues, sera maître de son avenir et chez elle ? Et j’attends toujours la
réplique de notre «brave» chef aux propos racistes, vengeurs, belliqueux et
remplis de colère du négociateur ilnuth, Guy Bellefleur, qui déclarait dans
Le Soleil
du 19 janvier 2002 que, selon cette entente dite «Approche
Commune», c’était effectivement «l’ensemble du territoire occupé
majoritairement par les Blancs qui passera aux mains des Amérindiens»
, que «ce
sont les Blancs qui vont se retrouver dans une réserve enclavée par des Innus»
,
et que «ce sera au tour des Blancs de payer des taxes au gouvernement
autochtone»
–propos particulièrement inquiétants, qui confirment que ces
gens allaient bel et bien devenir roi et maître de ce pays et qu’ils n’avaient
surtout pas l’intention de jouer de grandeur d’âme avec le peuple de Panurge
sitôt conclue la sordide manoeuvre…

à moins que je me sois mal acquitté de ma leçon d’histoire
des nations et de mon abécédaire du droit international, j’ai toujours cru
comprendre que pour faire pays, entendons-là fabriquer ce lieu forgé de mémoire,
d’imaginaire et de rêve, qu’il faille disposer de deux ingrédients bien terre à
terre indissociables : un TERRITOIRE, et un PEUPLE !

Avec ces ententes d’initiés qui reconnaissent la paternité du
territoire à des «Autochtones» plus Autochtones que d’autres ; avec ces traités
qui confirment et sacralisent le droit du sang en ne reléguant à la fraternité
qu’un rôle d’observateur sans droit de regard ; avec ces protocoles qui
émasculent l’âme du Québec qu’on prétend fallacieusement vouloir sauver ; on
dépouille l’ensemble du premier sous le regard concupiscent de la Constitution
canadienne, et on confirme, à la face du monde, que cet ensemble banalisé n’a
plus rien du second. à peu de chose près, c’est le triomphe du nationalisme
ethnique que disait pourtant combattre Monsieur Landry lorsqu’il claironnait à
plein micro, voilà à peine un an, c’était le 21 janvier 2001 pour être plus
précis, que «le Québec forme une nation politique inclusive qui englobe
toute
la population vivant sur le territoire»
–et quand on dit «toute
la population»,
Monsieur le premier ministre, on se coupe de toute
possibilité de marquer d’exception une ethnie visée, fut-elle une ethnie
«reconnue formellement par l’Assemblée nationale en 1985»…

Russel Bouchard
Chicoutimi

8 février 2002