UNE LANGUE INOUÏBLIABLE

Une Langue inouïbliable
Franc idiome ou franche idiotie

Objet : La Langue de chez-nous, chez
Historia
ou ailleurs

Site du Réseau AstralMedia inc. : http://www.astral.com/fr/01/01_04.asp
et/ou

http://www.astral.com/fr/01/01_04_01.asp

Adrélec de la chaîne de télévision Historia :
Auditoire.Historia@chaines.astral.com



«

Longtemps les murs ont été les gardiens des mots.
Et
aujourd¹hui, les mots sont devenus les gardiens des murs. »

Gilles
Vigneault, La Chanson comme miroir de poche
J’aime bien le concept Historia.

Le plus souvent, les documentaires ne manquent pas d’intérêt. Les
fictions, films et téléséries conjugués, me semblent également choisis avec
un certain soin. La très torontoise AstralMedia – et c’est décidément
à son honneur (le phénomène se révèle suffisamment rare, en effet, pour
qu’il soit ici expressément signalé) – a saisi de même l’à-propos (mais que
dis-je là: l’impératif!) d’inclure dans ses diffusions de nombreux dossiers
concernant spécifiquement le pays de Félix Leclerc et de Gaston Miron. à cet
égard, j’apprécie singulièrement la série qui oriente ses projecteurs sur
«Les 30 journées qui ont fait le Québec».

Le grand handicap d’Historia, toutefois, et il est de taille,
réside dans la langue qu’on y «étale». Laquelle se loge à un doigt de
l’insoutenable, à plein dans l’indéfendable. Et si certains présentateurs ou
animateurs témoignent d’un verbe correct (Claude Charron ou Pierre Nadeau,
par exemple), il faut bien admettre que c’est là l’exception…

Une illustration parmi moult et moult. Je me réjouissais de syntoniser la
chaîne le soir du 25 courant afin d’écouter le documentaire portant sur la
fameuse «Citadelle de Québec». Or, il est invraisemblable combien la
totalité des intervenants (et ils étaient nombreux), hormis peut-être Tex
Lecor à titre de présentateur principal, ont démontré une langue
approximative, bourrée d’impropriétés et d’erreurs de toutes sortes. Tous,
sans exceptions. Bref, un langage terriblement pauvre à tous égards assomma
l’auditeur toute l’heure durant: un Suisse, un Martiniquais, un Belge, un
Sénégalais ou un Français n’y auraient pas retrouvé leur latin, tout au plus
…l’idée générale. Pour le dire sans détour: j’eus l’impression de
visionner une vidéocassette élaborée par des étudiants de Secondaire.

Prenons acte et allons droit au but : La désolante qualité de l’expression
verbale d’un grand nombre des collaborateurs/trices d’Historia
atteint parfois aux limites de l’intelligible. Ce qui en rend l’écoute tout
simplement exaspérante…

Je le répète: j’estime Historia. Je signifie en cela, quoique
relativement inégale, sa programmation en termes de contenu. Mais hélas! il
est très difficile d’accorder crédibilité à une entreprise dont le niveau
linguistique nous ramène tout droit à… Télévision Quatre Saisons
(TQS). Par le truchement de cette antenne, je m’attends à "recevoir" chez
moi des gens compétents et capables de m’informer de manière intelligente.
Et tout d’abord: intelligible. Non point des figurants avec une "poignée" de
phrases déglinguées en bouche comme tout bagage…

C’est résolument irrespectueux pour votre auditoire que de laisser langue
semblable se déhancher sur les ondes. Vraiment, et en dépit de ma plus que
bonne volonté et de mes «préjugés favorables» à votre endroit, je ne
parviens plus à passer outre. à défaut de quoi il s’agirait, en quelque
sorte, de s’entêter à encaisser constamment les gifles assénées par une
séduisante demoiselle aux charmes (que l’on croit) prometteurs.

S’il est vrai, à l’image du premier quidam venu, qu’une organisation
quelconque peut tenir un discours vide et sans intérêt dans une langue
châtiée, il s’avère non moins exact d’affirmer – c’est là un principe de
base dans l’univers de la communication en général, dans la sphère du savoir
et de l’information en particulier – que celle-ci ne saurait espérer se voir
gratifiée d’une crédibilité supérieure à la trempe du messager qu’elle
affecte à la ‘transmission’. Quelles que soient la pertinence et les vertus
du message par ailleurs. Eh oui! The Medium is the Message, nous
enseigne MacLuhan depuis maintenant belle lurette.

L’alternative
: Franc idiome ou franche idiotie


Cela dit, et à sa défense, au
moins en partie, je conviens que ladite chaîne ne récolte pas sans nuances
tous les torts. Si les spécialistes, ou présumés tels, des thèmes abordés se
révèlent pour la plupart (pas tous sans distinctions, mais enfin…)
impuissants à s’exprimer dans une langue simplement décente (je ne dis pas:
littéraire), c’est que le problème se manifeste tout en un comme académique,
sociétal, collectif et… abyssal. Et qu’en l’occurrence, il dépasse sans
conteste les décisions ponctuelles d’Historia – de nature
administrative ou sous l’angle de la planification des contenus,
indifféremment. Bien que ces dernières pourraient assurément, en de
nombreuses occasions, se montrer nettement plus judicieuses. La "modicité" a
un prix. Fort.

On peut, je crois, identifier d’emblée ici l’un des plus criants symptômes
de ce qu’il ne sera pas excessif de nommer une «crise»: on accorde au Québec
des diplômes universitaires, doctorats compris, à des individus doués d’une
langue cacochymique. C’est là l’indice d’un malaise extrêmement sérieux et
aux conséquences imprévisibles. Ou plutôt si! Car «si un handicapé de la
langue est un infirme de l’esprit
*,
un peuple doué d’une langue bâclée se la fera bientôt forcément trancher.»
Quoi qu’on en ait, avec Aristote il faut se rendre à l’évidence: l’homme
reste fondamentalement politique par essence. Mais ne nous égarons point…

Aussi (ajouterai-je de manière à peine accessoire), face à pareille «urgence
nationale» (inaptitude à "dompter" le français après seize, dix-huit, voire
plus de vingt ans d’étude), n’est-il pas trivial jusqu’à l’absurde de prôner
l’enseignement de l’idiome anglais dès la toute première année scolaire de
nos enfants, ainsi que le réclament M. Jean Charest, le parti qu’il dirige
et quelques citoyens pas toujours bien informés…?

Une société qui perd la maîtrise de son verbe ne s’expose pas seulement à
déconstruire son destin à chacun de ses pas: elle atrophie sa faculté de
penser comme on ampute une main déchiquetée. Devenus incapables de
réfléchir, faute d’outils valides et de compétences langagières solidement
acquises, ses citoyens deviennent progressivement inaptes à comprendre plus
que l’élémentaire de l’existence. En outre, et en particulier, cette société
évente irrémédiablement chez ceux-ci leur pouvoir critique; ce qui les mine
au coeur même de leur capacité d’agir, de s’affirmer, de s’affermir enfin,
puis de grandir et d’évoluer. En clair, notre idiome national s’apparente de
plus en plus, ce me semble, à la novlangue orwellienne de 1984. Or débiliter la langue d’un peuple – l’infirmer,
rigoureusement parlant -, c’est, à terme, faire de celui-ci un troupeau dont
le premier tyran venu s’emparera comme d’un fruit mûr.

The Worst New Words for the Brave New World ?

Quand au sein d’un pays les «dépositaires du savoir» ne «possèdent» même
plus leur propre langue, c’est que celui-ci a d’ores et déjà lâché prise
quant à sa Volonté d’être. Il a sécrété en son organisme la bactérie
mangeuse d’avenir.

Il a d’ores et déjà décrété sa fin.

Jean-Luc Gouin
27 juin 2002

Petite-Rivière-St-François
En Charlevoix, Québec
Peregrin@Q-bec.com

*
Nonobstant l’intelligence de celui-ci, laquelle peut certes à
l’occasion s’avérer rien moins que géniale. Mais un génie cloué dans son
mutisme, faute de l’instrument fondamental de la pensée – la rigueur des
mots dans une construction mentale structurée -, est-il autre chose qu’un
terroriste en (im)puissance…? Voir si désiré « Le Franc Pays », en:


http://www.vigile.net/idees/polgouinpays.html