THE GAZETTE FÉLICITE LA MINISTRE LEMIEUX POUR SON PROJET DE LOI 104

THE GAZETTE FéLICITE LA MINISTRE LEMIEUX POUR SON PROJET DE LOI 104

Nous publions l’article suivant extrait du quotidien Le Devoir du 11 mai
2002.

Thanks Diane!

David, Michel, Le Devoir

Il est de ces félicitations auxquelles on préférerait une bonne volée de bois
vert, tellement elles sont gênantes. Pour une ministre responsable de la Charte
de la langue française dans un gouvernement péquiste, recevoir les félicitations
de The Gazette ressemble à un baiser de Judas. "A victory for moderation",
titrait l’éditorial de jeudi.

Bien sûr, le quotidien anglo-montréalais aurait préféré que Diane Lemieux
continue de fermer les yeux sur le trou béant qui permettait de contourner les
dispositions de la loi 101 régissant l’accès à l’école anglaise, mais son
appréciation générale du projet de loi que Mme Lemieux a déposé à l’Assemblée
nationale, cette semaine, est tout à fait juste.

"C’est le dernier chapitre de six années de réflexion sur le statut et
l’avenir du français au Québec. Le message qu’il envoie est clair: les modérés
au sein du PQ l’ont emporté sur les fondamentalistes de la langue.
" Bref, un
grand jour.

The Gazette a également très bien identifié Lucien Bouchard comme le grand
artisan de cette victoire. La partie s’est jouée quand il a forcé les militants
de la région de Montréal à se jeter dans le piège des états généraux sur la
langue, d’où allait inévitablement s’élever un concert de voix appelant à la
plus grande modération.

L’ancien premier ministre en avait pratiquement fait un combat personnel
depuis cette nuit d’avril 1996 où, la rage au coeur, il avait dû plier devant
les militants péquistes et accepter de ressusciter la Commission de protection
de la langue française, qu’il abhorrait.

M. Bouchard doit être aujourd’hui très envieux de voir avec quelle facilité
Mme Lemieux s’apprête à faire disparaître officiellement la "police de la
langue", dont la fonction de surveillance ne sera plus qu’une des nombreuses
responsabilités du nouvel Office québécois de la langue française, même si le
Conseil national du PQ a adopté, en février dernier, une résolution demandant
instamment au gouvernement Landry de préserver son autonomie.

Dans le passé, une sorte de jeu de vases communicants a toujours fait en
sorte qu’une accalmie sur le front de la souveraineté devait être compensée par
un plus grand activisme linguistique, comme s’il était nécessaire de trouver un
exutoire au trop-plein d’énergie des militants péquistes.

Quand le PQ a repris le pouvoir, en 1994, les militants étaient trop
préoccupés par le référendum à venir pour reprocher à Jacques Parizeau la mise
en veilleuse de la résolution adoptée au congrès national d’août 1993, voulant
qu’un gouvernement péquiste rétablirait la loi 101 dans ses dispositions
originelles. C’est seulement quand Lucien Bouchard lui a succédé qu’on s’en est
souvenu.

En prévision d’une défaite du OUI, qu’on prévoyait beaucoup plus cinglante,
on avait commandé au Conseil de la langue française (CLF), alors présidé par
Marcel Masse, un rapport sur l’état du français suffisamment inquiétant pour
remobiliser ceux qui auraient les lendemains référendaires moroses.

Sauf que la donne avait changé entre-temps. Le OUI avait failli l’emporter et
le successeur de M. Parizeau avait toujours été un modéré sur la question
linguistique. Quand on s’est mis à tripoter le rapport du CLF pour le rendre
moins alarmiste, les militants péquistes sont aussitôt montés aux barricades.
Inutile de dire que les variations de Bouchard sur le thème des "conditions
gagnantes" n’ont rien fait pour les apaiser.

Le grand exploit de Mme Lemieux est d’avoir réussi à liquider la Commission
de protection sans provoquer de hurlements au PQ, à un moment où les militants
recommencent justement à s’interroger sur la détermination du gouvernement
Landry à faire réellement la promotion du projet souverainiste.

Bien sûr, le premier ministre a eu quelques belles phrases sur le sujet
durant son dernier voyage en Amérique du Sud, mais c’est surtout un plan
d’action concret qu’on attend de lui. En novembre 2001, le Conseil national
avait adopté une résolution réclamant la tenue d’états généraux de la
souveraineté, mais elle n’a jamais eu de suite. Pas plus que celle demandant de
faire renaître le Conseil de la souveraineté. Quant au comité présidé par le
ministre de l’éducation, Sylvain Simard, personne n’en a jamais eu de nouvelles.

Les militants péquistes ne sont peut-être pas très ardents, ces temps-ci,
mais il faut reconnaître que le cocktail préparé par Mme Lemieux est assez
astucieux. L’accent a été mis sur le "trou" qu’il fallait boucher à tout prix
pour enrayer l’hémorragie vers l’école anglaise. On ne peut qu’approuver, mais
pourquoi avoir attendu tant d’années pour agir si c’était si grave? Même les
libéraux sont d’accord.

Le président d’Alliance Québec, Brent Tyler, qui tire sur tout ce qui bouge,
a annoncé qu’il entendait contester cette disposition dès que la loi sera
adoptée. Il est vrai que l’article 23 de la Charte canadienne des droits prête à
interprétation, mais le gouvernement n’a pas grand-chose à perdre. Si les
tribunaux donnent raison à M. Tyler, la situation ne sera pas pire
qu’actuellement et cela fera un argument additionnel en faveur de la
souveraineté.

à première vue, Mme Lemieux a tenu compte des objections de ceux qui
soutenaient qu’un organisme regroupant le Conseil de la langue française et
l’Office de la langue française serait à la fois juge et partie. C’est pourtant
ce qui résultera de sa décision de retirer au Conseil le mandat d’assurer le
suivi de la situation linguistique pour le confier au nouvel Office québécois de
la langue française.

La nature humaine étant ce qu’elle est, il est difficile d’imaginer que les
membres de l’Office, qui sera chargé de mettre en oeuvre les mesures de
francisation, seront capables de porter un jugement objectif sur leur propre
travail.

Au total, le président du PQ de la région Montréal-Centre, Mario Beaulieu,
porte-parole attitré des "purs et durs" en matière de langue, se dit néanmoins
d’avis que "la plupart des mesures vont dans la bonne direction". Si The
Gazette et M. Beaulieu sont d’accord, ça doit certainement être vrai.