STATUT DE LANGUES EUROPÉENNES

STATUT DE LANGUES EUROPéENNES

Comme vous le savez, les travaux de la Convention européenne préoccupent
beaucoup les associations de défense des langues nationales. C’est pourquoi j’ai
écrit une lettre à son président, Monsieur Giscard d’Estaing. Vous trouverez
ci-après cette lettre, un ami m’ayant conseillé de vous la faire connaître. Si
vous le souhaitez, je vous autorise bien évidemmnt à la publier.

Avec l’expression de mes sentiments les meilleurs

Ludger Staubach, La Chapelle/ Erdre (France)
lustaubach@voila.fr

Association pour le Pluralisme linguistique et culturel en Europe
(A.P.L.C.E.)
Boîte postale 4427
44244 La Chapelle sur Erdre Cédex
aplce@voilà.fr

objet : Statut des langues

La Chapelle sur Erdre, le 17-06-02

Monsieur le Président,

L’évolution récente de l’utilisation des langues de la part, entre autres,
des institutions européennes officielles suscite nos plus vives inquiétudes.
C’est pourquoi nous vous prions de bien vouloir faire en sorte que la Convention
tienne compte des observations suivantes :

Une Europe unie n’est concevable que dans le respect de la diversité
linguistique et culturelle. C’est pour cette raison que la Recommandation
1383/1999 du Conseil de l’Europe stipule :

«La diversité linguistique et culturelle de l’Europe constitue un riche
patrimoine culturel qu’il faut sauvegarder et protéger.»

Nous soutenons sans réserve cette recommandation, mais n’acceptons pas que
l’Europe ne se donne aucunement les moyens de faire appliquer ses propres
textes, et, pis, pratique en réalité une politique linguistique diamétralement
opposée à ses propres règles et déclarations d’intention en octroyant de fait et
de plus en plus à l’anglais le statut de seule langue officielle.

Sans vouloir porter préjudice aux langues régionales, minoritaires etc., nous
estimons que c’est sans aucun doute sur les grandes langues nationales autres
que l’anglais que pèsent actuellement des menaces aux conséquences dramatiques.
Ignorées ou combattues par le monde de l’économie et de la recherche, de plus en
plus souvent écartées des affaires européennes (Banque centrale européenne,
négociations avec les pays en voie d’adhésion, l’Eurocorps ..), elles se
trouvent actuellement en concurrence avec l’anglais sur leur propre terrain.

Dans ces conditions, ces langues nationales devenues désuètes dans de
nombreux domaines risquent in fine de se trouver confinées au statut et à
l’importance des langues régionales d’aujourd’hui. Cela doit être évité
absolument car

  • L’égalité des chances des tous les Européens serait compromise en faveur
    des seuls anglophones. Dès aujourd’hui, de nombreux postes à responsabilité ne
    sont confiés qu’aux « English Native Speakers ».
  • Les économies des pays non-anglophones ne pourraient alors qu’être
    perdantes : leurs produits bénéficient de l’image positive véhiculée par la
    langue et la culture et se vendent ainsi plus facilement à l’étranger. C’est
    précisément cet argument qui explique l’offensive anglo- américaine dans le
    domaine culturel et linguistique. Dès les années 20, le président américain
    Hoover déclara : «Là où le film américain pénètre, nous vendons davantage
    d’automobiles américaines, plus de casquettes, plus de phonographes
    américains. »
  • Chaque langue appréhendant et expliquant le monde différemment, la perte
    inéluctable de la diversité culturelle et de pensée, conséquence directe de
    l’abandon de la diversité linguistique, appauvrirait l’humanité toute entière.
  • L’enseignement des langues autres que l’anglais, perdant son sens, serait
    mis en péril. Cela aurait des conséquences graves pour la construction de l’
    Europe et les relations entre les populations car c’est l’enseignement des
    langues qui suscite un intérêt réel pour un autre pays et qui permet de
    dépasser les clivages et malentendus interculturels.

C’est pour toutes ces raisons que nous vous prions

  • de considérer la question des langues, de la sauvegarde de la diversité
    linguistique et culturelle et, tout particulièrement, la défense des langues
    nationales comme une priorité absolue à prendre en compte lors de toute
    décision ou mesure législative, administrative ou autre.
  • de faire en sorte que le stade des déclarations soit dépassé et que des
    mesures contraignantes soient prises afin que des textes comme la
    recommandation 1383/1999 cessent enfin d’être lettre morte.
  • d’obliger le personnel et les fonctionnaires des diverses instances à
    respecter les législations nationales et européennes en faveur des langues, de
    faire en sorte que ceux qui ne s’y conformeraient pas soient sanctionnés et
    cessent d’ignorer les lois, directives, réglementations européennes et
    nationales en faveur des langues.
  • de faire respecter le droit des pays de se doter d’une législation en
    faveur des langues nationales qui ne saurait être mise en cause pour des
    motifs d’ordre économique.

En vous priant d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre haute
considération.

Ludger Staubach, La Chapelle/ Erdre (France)
lustaubach@voila.fr

Association pour le Pluralisme linguistique et culturel en Europe
(A.P.L.C.E.)
Boîte postale 4427
44244 La Chapelle sur Erdre Cédex
aplce@voilà.fr

(Le 8 septembre 2002)