SAUVONS LA PLANÈTE

SAUVONS LA PLANèTE

J’ouvre ce message avec un certain délai. Les deux lignes de commentaire sont
au coeur du sujet, et pourtant les journalistes – même au "Monde Diplomatique" –
crèveraient plutôt que de l’admettre ! C’est ce bloquage mental qui pose
problème.
Denis Griesmar (
denis.griesmar@wanadoo.fr
)

(Le 19 août 2002)

—– Original Message —–
From: Adrien Borel
To:
La-Renaissance-de-la-Nouvelle-France@yahoogroupes.fr

Sent: Tuesday, July 30, 2002 7:23 PM
Subject: [La-Renaissance-de-la-Nouvelle-France] Sauver la planète: un shéma de
"développement" non viable.

SAUVER LA PLANèTE

Le Monde diplomatique, août 2002.


http://www.monde-diplomatique.fr/2002/08/RAMONET/

Commentaire: La destruction de la biosphère est étroitement liée avec la
destruction de la diversité culturelle, la régression de la pensée et la
robotisation des esprits.

JOHANNESBURG, en Afrique du Sud, accueille, du 26 août au 4 septembre, le
Sommet mondial sur le développement durable. C’est un événement capital qui va
rassembler le plus grand nombre de chefs d’Etat et de gouvernement jamais réunis
depuis dix ans et quelque 60000 participants venus de plus de 180 pays. Tous
ensemble, ils vont tenter de répondre aux plus graves questions qui concernent
l’humanité entière : Comment préserver l’environnement ? Comment éradiquer la
pauvreté ? Comment sauver notre planète ?

Car la Terre va mal, très mal. Pourtant, le diagnostic sur les principaux
maux qui l’accablent a été fait il y a dix ans, à Rio (Brésil), lors du premier
Sommet de la Terre. La sonnette d’alarme avait alors été tirée : le climat se
réchauffe, l’eau douce se fait rare, les forêts disparaissent, des dizaines
d’espèces vivantes sont en voie d’extinction, la pauvreté totale ravage plus
d’un milliard d’êtres humains…

Les dirigeants du monde avaient alors admis que « la cause principale de
la dégradation continue de l’environnement mondial est un schéma de consommation
et de production non viable, notamment dans les pays industrialisés, qui est
extrêmement préoccupant dans la mesure où il aggrave la pauvreté et les
déséquilibres »
. Ils avaient adopté deux conventions décisives sur les
changements climatiques et la biodiversité, ainsi qu’un plan -dit Agenda 21-
pour généraliser le développement durable.

Celui-ci repose sur une idée simple : le développement est durable si les
générations futures héritent d’un environnement dont la qualité est au moins
égale à celle qu’ont reçue les générations précédentes (1). Ce développement
suppose l’application de trois principes : le principe de précaution qui
favorise une approche préventive plutôt que réparatrice ; le principe de
solidarité entre les générations actuelles et futures, et entre toutes les
populations du monde ; et le principe de participation de l’ensemble des acteurs
sociaux aux mécanismes de décision (2).

Dix ans plus tard, dans de nombreux domaines, les choses ne se sont pas
améliorées. Au contraire. Avec l’accélération de la mondialisation libérale, le
« schéma de consommation et de production non viable » s’est même renforcé. Les
inégalités ont atteint des niveaux jamais connus depuis le temps des pharaons.
La fortune des trois individus les plus riches du monde dépasse la richesse
cumulée des habitants des 48 pays les plus pauvres… La souillure écologique du
monde riche sur la biosphère s’est aussi accentuée. Alors que la trentaine de
pays les plus développés représentent 20% de la population mondiale, ils
produisent et consomment 85% des produits chimiques synthétiques, 80% de
l’énergie non renouvelable, 40% de l’eau douce. Et leurs émissions de gaz à
effet de serre par habitant, comparées à celles des pays du Sud, sont dix fois
plus élevées (3).

Au cours de la décennie écoulée, les rejets de gaz carbonique (CO2), cause
principale du réchauffement climatique, ont augmenté de 9%… Ceux des
Etats-Unis, premier pollueur de la planète, ont crû, durant la même période, de
18% ! Plus de un milliard de personnes continuent à ne pas disposer d’eau
potable, et près de trois milliards (la moitié de l’humanité) consomment une eau
de piètre qualité. A cause de l’ingestion de cette eau polluée, 30000personnes
meurent quotidiennement. Soit plus de dix fois -chaque jour !- le nombre de
victimes des odieux attentats du 11septembre 2001…

Les forêts continuent d’être dévastées ; 17millions d’hectares disparaissent
chaque année -quatre fois la taille de la Suisse. Et comme les arbres ne sont
plus là pour absorber les excédents de CO2, l’effet de serre et le réchauffement
s’aggravent. Par ailleurs, chaque année, quelque 6000 espèces animales sont
exterminées. Une extinction massive menace -13% des oiseaux, 25% des mammifères,
34% des poissons-, comme la Terre n’en a jamais connu depuis la disparition des
dinosaures…

C’est dire l’immense espérance que soulève ce Sommet de Johannesburg. Qui
pourrait être déçue si devaient l’emporter les égoïsmes nationaux, la logique
productiviste, l’esprit mercantile et la loi du profit. Comme ce fut le cas en
juin dernier, à Bali, lors de la conférence préparatoire qui n’est pas parvenue
à adopter un plan d’action sur le développement durable et s’est conclue sur un
échec.

Pour sauver la planète, il est indispensable que les puissants de ce monde
adoptent, à Johannesburg, au moins sept décisions capitales :
– 1) un programme international en faveur des énergies renouvelables, centré sur
l’accès à l’énergie dans les pays du Sud ;
– 2) des engagements en faveur de l’accès à l’eau et de son assainissement en
vue de réduire de moitié, d’ici à 2015, le nombre de personnes privées de cette
ressource vitale qui est un bien commun de l’humanité ;
– 3) des mesures pour protéger les forêts, comme prévu par la convention sur la
biodiversité adoptée à Rio en 1992 ;
– 4) des résolutions pour mettre en place un cadre juridique instituant la
responsabilité écologique des entreprises et réaffirmant le principe de
précaution comme préalable à toute activité commerciale ;
– 5) des initiatives pour subordonner les règles de l’Organisation mondiale du
commerce (OMC) aux principes des Nations unies sur la protection des écosystèmes
et aux normes de l’Organisation internationale du travail (OIT) ;
– 6) des règlements pour exiger des pays développés qu’ils s’engagent à
consacrer un minimum de 0,7% de leur richesse à l’aide publique au développement
;
– 7) des recommandations impératives, enfin, pour annuler la dette publique des
pays pauvres.

En détruisant le monde naturel, les hommes ont rendu la Terre de moins en
moins vivable. Ce sommet doit inverser les tendances pouvant inéluctablement
conduire à la catastrophe écologique intégrale. Défi majeur de ce début de XXIe
siècle. Sinon, le genre humain lui-même sera menacé d’extinction.

IGNACIO RAMONET.