RADIO-CANADA RÉPOND

RADIO CANADA RéPOND

De : "Manon Laganiere" <manon_laganiere@radio-canada.ca>

Monsieur,

Le 6 décembre 2002 –

C’est avec beaucoup d’intérêt que j’ai pris connaissance de votre courriel,
que m’a transmis Lucie Lalumière, directrice générale des Nouveaux Médias.

En tant que traductrice professionnelle – et amoureuse inconditionnelle de
la langue française -, je suis toujours heureuse de voir que nos internautes
et nos auditeurs se préoccupent de la qualité de la langue. Un groupe de
travail (dont je fais partie) a d’ailleurs été mis sur pied récemment pour
évaluer la qualité de la langue à la radio de Radio-Canada et sur le site
Internet.

En ce qui a trait, plus précisément, à votre plainte concernant l’usage du
mot Innu pour désigner les Montagnais, j’ai fait quelques recherches dans Le
Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue
française (http://www.oqlf.gouv.qc.ca/).
Je reproduis les fiches pertinentes
ci-dessous pour votre information.

à la lumière de ces recherches, je dois vous donner raison, du moins en
partie. L’OQLF recommande en effet l’utilisation du terme Montagnais pour
désigner cette communauté amérindienne, qui elle-même privilégie l’ethnonyme
Innu pour s’identifier. Toutefois, l’OQLF n’en atteste pas moins
l’utilisation de cet ethnonyme, et nous pouvons donc difficilement le
considérer comme une faute, et en interdire l’emploi aux journalistes.

Cela dit, comme nous suivons généralement les recommandations de l’OQLF, je
me ferai un devoir de faire part aux journalistes web de mes observations,
et de leur recommander l’utilisation du mot Montagnais. Je compte d’ailleurs
rédiger un bulletin entièrement consacré aux appellations à privilégier
lorsque nous parlons des groupes autochtones (l’OQLF a récemment rédigé une
fiche sur le mot Haida à ma demande, en réponse à une question posée par un
journaliste).

En terminant, je vous remercie d’avoir pris la peine de nous écrire pour
nous faire part de vos commentaires. Ceux-ci nous rappellent que nous devons
redoubler d’efforts pour offrir aux internautes canadiens un service de
qualité sur tous les points.

Au plaisir.
***
FICHES TIRéES DU GRAND DICTIONNAIRE TERMINOLOGIQUE

Domaines : ethnologie, géographie
Anglais : Innu
Français : Innu n. m.
Innue n. f.
Définition : Ethnonyme de la communauté amérindienne traditionnellement
appelée Montagnais.

Note(s) : Un Innu, une Innue. Les Innus. Prononcer i-nou. Le terme Innu,
pris comme adjectif, s’accorde en genre et en nombre en conservant la même
prononciation : innu, innue, innus, innues. Ne pas confondre avec les Inuits
qui habitent les terres arctiques de l’Amérique et du Groenland.

[Office de la langue française, 2000]

Domaine : ethnologie
Français : Montagnais n. m.
Terme recommandé par l’Office de la langue française
Montagnaise n. f.
Note(s) : L’Office de la langue française a recommandé que le pluriel des
noms de peuples amérindiens se forme suivant les règles du français,
c’est-à-dire par l’adjonction d’un « s » lorsque la dernière lettre du mot
le permet. On aura donc, par exemple, un Montagnais, des Montagnais, une
Montagnaise, des Montagnaises. Notons que cette communauté amérindienne
privilégie l’ethnonyme Innu, Innus, (Innue, Innues) pour s’identifier.

[Office de la langue française, 2000]

P.-S. La Direction générale des communications a produit il y a quelques
années à l’intention des journalistes un petit guide (Vade-mecum
linguistique) recensant plus de mille fautes courantes. Je serai heureuse de
vous en faire parvenir un exemplaire si vous me fournissez votre adresse
postale.

Manon Laganière
Coordonnatrice de projets
Nouveaux Médias, Télévision française
manon_laganiere@radio-canada.ca


RADIO-CANADA
ombudsman@radio-canada.ca
et auditoire@radio-canada.ca

Objet : Emploi systématique d’un mot terme étranger

J’aimerais porter plainte contre l’ensemble de la rédaction des nouvelles de
Radio-Canada qui semble avoir adopté pour des raisons obscures le mot « Innu »
en lieu et place du mot français « Montagnais».

Cette adoption générale et visiblement systématique ne semble en rien
justifiée et même en contradiction flagrante avec la mission francophone du
service français de Radio-Canada.

En effet, il n’y a aucune bonne raison pour évacuer un mot français, en
adopter un étranger et généraliser Innus à l’écrit et Innous à l’énoncé.

Car :

1) Ce terme est beaucoup trop proche de Inuit (autre terme imposé aux pauvres
auditeurs qui doivent juste suivre les consignes linguistiques concoctées dans
nos ministères et officines à la pointe du progrès et inspirées par le
correctivisme linguistique ambiant dans certains cercles « intellectuels»). Une
grande partie des gens ne savent même pas que Innus et Inuits sont deux choses
différentes !

2) Le terme Montagnais est poétique et s’écrit à la française contrairement à
ces termes qu’on nous impose comme « Innus ». Pourquoi pas au moins Innous?

3) Que les Montagnais s’appellent « Innous » dans leur langue, c’est leur
affaire. Après tout, les Chinois se nomment « Tchong-kouo jen » (*) et les
Allemands « Deutsche », personne ne propose par culpabilité mal placée d’adopter
ces termes en français que je sache.

4) à la limite, le terme « Innou » pour désigner les Montagnais en est un
d’exclusion. Il signifie en effet « les gens ». Il introduit une suggestion
ethniste et une distance dans l’universel qu’est l’humanité. Que sont donc les
autres Québécois, des non-Gens ? Je trouve cela très peu politiquement correct.

Bref, le changement lexical ne devrait peut-être pas avoir lieu en
français… évidemment, nous sommes de bonnes poires et Radio-Canada en profite
injustement pour nous imposer ce terme.

Je demande donc à savoir pourquoi le terme d’ « innou » est généralisé au
sein de Radio-Canada et pourquoi on n’entend plus le terme poétique,
traditionnel et français de Montagnais sur les ondes françaises de Radio-Canada.
De surcroît, j’aimerais qu’on rétablisse le mot montagnais sur vos ondes, il
s’agit d’un terme français comme tout autre(**) et Radio-Canada a comme mission
de veiller à l’utilisation de la langue (française) au micro.

P. Andries
Saint-Hubert
patrick.andries@videotron.ca

(*) Selon la transcription EFEO.

(**) Je trouverais de mauvaise foi et non avenue toute décision de l’Office
la langue française de décréter « innu » un mot français; cette prérogative de
l’usage ne lui revient pas, même si cela doit chagriner quelques fonctionnaires
au penchant un peu trop poussé d’aménageur linguistique et politique.

(Le 24 novembre 2002)