QUÉBEC FINANCE LA DISCRIMINATION CONTRE LES FRANCOPHONES

QUéBEC FINANCE LA DISCRIMINATION CONTRE LES FRANCOPHONES
Québec – Le cas des services de santé.

En 1986, sous le prétexte de permettre l’accès aux soins de santé aux
personnes d’expression anglaise, la ministre de la santé, Thérèse
Lavoie-Roux fait voter la loi 142 (loi pour démolir le français dans la
santé) afin de démantibuler un autre pan de la Charte de la langue
française. Voici ce qu’en pense le Comité interministériel du bilan sur la
situation de la langue française, formé en 1996 : «L’extension donnée à la
définition de personne d’expression anglaise ; l’extension donnée aux
programmes d’accès en anglais (qui débordent considérablement les
institutions issues de la minorité anglaise) ; le droit universel accordé
par la loi de recevoir des services de santé et des services sociaux en
langue anglaise ; l’obligation faite par la loi aux établissements publics
de fournir des services en anglais ; ces quatre facteurs créent une
situation qui a pour conséquence de placer le français et l’anglais sur un
pied d’égalité, de laisser aux citoyens le libre choix de la langue,
d’inciter les Québécois qui le désirent et tout particulièrement les
allophones à recourir à l’usage de l’anglais dans leur vie publique, de
compromettre le droit fondamental des Québécois de travailler en français,
et finalement, en réduisant la nécessité de connaître le français,
d’affaiblir le statut du français comme langue commune que tous les
Québécois doivent connaître pour communiquer entre eux et avoir pleinement
accès aux autres services publics.

Ces conséquences vont manifestement à l’encontre des objectifs que la Charte
de la langue française se proposait d’atteindre.» (Rapport remis à la
ministre responsable de l’application de la Charte de la langue française,
page 342.) Bref, depuis l’adoption de l’infecte loi 142, les services de
santé et services sociaux du Québec nagent en plein bilinguisme
institutionnel à l’encontre de la Charte de la langue française. En fait,
l’article 15 de ladite loi consacre une catégorie «supérieure» d’usagers
(les anglophones) en déclarant qu’au Québec «toute personne d’expression
anglaise a le droit de recevoir en langue anglaise des services de santé et
des services sociaux». Aucun article de la loi ne spécifie que les
francophones ont droit, eux aussi, à des services dans leur langue. Et, pour
satisfaire le privilège colonial des anglophones, plusieurs établissements,
jouant à l’Office de la langue anglaise, procèdent maintenant à l’évaluation
des connaissances anglaises des travailleurs ou aspirants travailleurs de la
santé ! Les francophones insuffisamment bilingues sont éliminés sur la base
de l’anglais langue de travail.

Le 3 février 1987, le Conseil d’administration du CLSC Alfred-DesRochers de
Magog s’affaisse honteusement devant l’exigence anglaise et adopte la
résolution suivante : «Lorsque le directeur général aura jugé qu’un nouveau
poste nécessite la connaissance d’une langue seconde (…), la description du
poste fera du bilinguisme une exigence pour l’obtention du poste (…). Toute
candidature qui ne répond pas de façon minimale à cette exigence ne sera pas
retenue, quelles que soient les compétences de la personne dans les autres
domaines reliés au poste.» En matière de santé, il devient donc plus utile
de savoir l’anglais que de savoir soigner. Cette politique discriminatoire
sévit toujours. En vertu de l’article 15 de la loi 142, les 67
établissements publics qui sont reconnus comme appartenant à la communauté
anglophone ne suffisent pas. Les 16 Programmes régionaux d’anglicisation
(«Programmes d’accès aux services en langue anglaise»), décrétés par le
gouvernement péquiste, ont inscrit 664 établissements québécois, sur un
total de 800, à leur tableau de chasse bilingue pour répondre aux privilèges
coloniaux des anglophones.

N’y a-t-il pas des limites à gonfler artificiellement, les besoins
bilingues? Il est vrai que, selon le CADRE DE RéFéRENCE du Ministère de la
Santé et des Services sociaux (MSSS) adopté en 1994, page 27, on présume que
tout Québécois est un anglophone potentiel : «les personnes d’expression
anglaise sont celles qui (…), manifestent le désir de recevoir des
services en langue anglaise ou se sentent plus à l’aise d’exprimer leurs
besoins dans cette langue.» Est anglophone qui veut ! Ce décret ministériel
est toujours en vigueur. En 1989, on concocte une entente Canada-Québec pour
assurer sans faute l’anglicisation des soins de santé ( N.B. Lucien Bouchard
est alors secrétaire d’état…). Depuis, le Secrétariat d’état d’Ottawa et le
MSSS du Québec ont versé plus de 12 millions de dollars pour
institutionnaliser le bilinguisme dans les soins de santé au Québec.

à titre d’exemple, dès 1990-1991, ils versaient précisément 1 110 000 $ (555
000 $ chacun) pour parfaire les structures bureaucratiques d’anglicisation.
C’est à se demander si les gens préfèrent être traités par un préposé à
l’anglicisation plutôt que par une infirmière. L’année 1993 voit naître les
décrets 623-93 et 683-93 officialisant l’Office de la langue anglaise par la
création des comités d’anglicisation de la Santé, à même nos impôts. Lors de
la période électorale de 1994, pour incruster définitivement le bilinguisme
institutionnel dans la santé et les services sociaux, le gouvernement
Chrétien injecte 500 000 $ et le gouvernement Johnson 920 000$. L’appétit
venant en mangeant, il n’y a rien de trop beau pour la classe «supérieure».
Incité ou excité par les Townshippers monopolisant le comité d’anglicisation
de la Régie régionale de l’Estrie, le gouvernement libéral décrète que
certains postes sont désormais interdits aux francophones. En effet, une
multitude de postes exigent «la présence d’un anglophone ayant une maîtrise
parfaite de la langue anglaise». (CADRE DE RéFéRENCE, MSSS, 1994, pages 26
et 27.) Cette politique d’exclusion des francophones existe toujours.
Imaginons quel accueil nous ferait l’Ontario si on lui suggérait de décréter
des postes interdits aux anglophones, pour protéger «sa» minorité
francophone…

Changement de garde à l’Assemblée nationale en 1994. Une fois élu, la
puissante relève s’empresse de reconduire dans ses fonctions le comité
aviseur «provincial» avec à sa tête Eric Maldoff d’Alliance Quebec. Tout
demeure en place pour que les différents comités d’anglicisation continuent
de s’improviser Office de la langue anglaise. Dorénavant, dans plusieurs
établissements, on soumet l’ensemble des travailleurs francophones du réseau
de la santé à des examens d’anglais lors de l’embauche, promotion ou
mutation. En 1996,le CLSC Alfred-DesRochers de Magog proclame servilement:
mission accomplie. Son Rapport d’activités étale 10 services ayant atteint
le niveau linguistique 5/5. En clair, ces services ont des postes réservés
aux anglophones et donc interdits aux francophones, peu importe la
compétence de ces derniers. On retrouve ces postes à l’information, aux
soins infirmiers, aux services psychosociaux, en santé et en services
sociaux scolaires, en soins à domicile pour Magog et pour les points de
service, en santé maternelle et en santé dentaire.

En 1999, non contents d’avoir bâti un musée des horreurs racisantes et
coloniales aux dépens des francophones, Alliance Quebec et ses succursales
font décréter de nouveaux plans d’anglicisation… encore plus agressifs
par le nombre d’établissements devant se bilinguiser : 664 sur environ 800
comme nous l’avons mentionné. Après le coup de force du Sherbrooke Hospital
(96 lits) bouffant l’hôpital d’Youville (317 lits) et imposant sa charte
anglaise, ils font disparaître le CHUS comme institution francophone en
bilinguisant l’ensemble de ses services. Dans le réseau de la santé, la
démolition rigoureuse du français langue de travail est quasi accomplie.
Selon l’esprit et à la lettre de la loi 101 d’origine, le Québec devait être
un pays de langue française ; pour cela, il faut interdire aux
établissements d’exiger la connaissance de l’anglais pour obtenir un emploi,
une promotion ou une mutation dans les services de santé et dans les
services sociaux. Afin que quelque 9 % d’anglophones aient accès à leur
«blood test» dans leur langue, il est inadmissible de faire subir un
«language test» à 100 % des travailleurs de la santé éventuels ou en place,
au mépris de la Charte de la langue française qui consacre le français
langue de travail. Déjà, les établissements comptent tous dans leur
personnel de nombreuses ressources bilingues capables de communiquer
spontanément avec les anglophones unilingues ou non.

Jacques Poisson
Président du Mouvement estrien pour le français
m.e.f.@sympatico.ca


NDLR

Maintenant, c’est le gouvernement du Québec, par les taxes des Québécois,
qui assume 100 % des dépenses des comités d’anglicisation de la Santé.


démantibuler v. tr.
Fam. Disloquer, démolir. On a démantibulé ce piano en le transportant.
Dictionnaire Hachette

(Le 29 mars 2002)