POURQUOI TANT DE CADEAUX PRÉ-ÉLECTORAUX BIEN ANNONCÉS?

Pourquoi tant de cadeaux pré-électoraux bien annoncés?

Nestor Turcotte
Matane

aristote@ma.cgocable.ca

Les «simples» députés sont des drôles de moineaux, un peu
partout dans le paysage éparpillés. Ils sont même parfois, comble de
l’absurdité, parachutés dans nos comtés. La plupart du temps, lorsqu’on entend
parler d’eux, c’est pour annoncer une subvention à une compagnie qui, en
principe, n’en aurait pas besoin pour bien fonctionner. C’est pour nous dire que
tel chemin depuis longtemps qualifié «sentier de la mort» va enfin
devenir le boulevard de la vie tant de fois espéré. C’est pour nous dire que
telle école qui réclame un gymnase depuis une trentaine d’années va enfin naître
au bout d’un complexe scolaire quelque peu oublié dans les dossiers du Ministre
qui change à chaque année. C’est pour nous dire que l’hôpital du coin va être
enfin rénové et que tel ponceau va être démoli et remplacé par quelque chose de
plus fonctionnel au grand plaisir des usagers enragés. C’est pour nous dire que
telle section d’un collège spécialisé va enfin avoir les centaines de milliers
de dollars réclamés pour ouvrir une concentration à la fine pointe de la
technologie et des besoins de l’industrie informatisée. C’est pour annoncer que
tel chemin empoussiéré va enfin disparaître sous la couche d’asphalte d’un
contracteur
bien étiqueté, que telle église dont le toit coule depuis
plusieurs années va recevoir une subvention du Ministère concerné, que
l’autoroute 20, avec sa pancarte indiquant «fin temporaire» depuis plus de vingt
ans passés, sera enfin déplacée pour laisser place aux bouldozeurs dans les
grands champs oubliés.

Les «simples» députés déversent chaque année des centaines de
milliers de dollars dans leur comté, comme autant de cadeaux qu’ils se sont
réservés, le temps des élections venues, presque annoncées. Ils arrivent ainsi,
de tous bords et de tous côtés, avec des chèques, des subventions, des prêts
garantis, des poches pleines de grosses piastres, comme s’ils étaient des Pères
Noël multipliés, envoyés sur tout le territoire du Québec, dans tous les coins
du pays, y compris les plus reculés.

Les électeurs disent souvent que leur député ne les a pas
oubliés pour manifester leur gratitude envers celui que Dieu le Père de Québec
leur a envoyé. Il faudra encore bien du temps avant de changer nos mentalités
sur nos députés élus pour nous représenter. Les «simples» députés ont toujours
été vus comme les dispensateurs de cadeaux sagement distribués. Ils arrivent, en
grandes pompes, radios et télés obligés, pour nous annoncer de beaux présents
comme s’ils avaient oublié que l’argent qu’ils viennent nous donner c’est celui
que nous avons bien voulu leur expédier, chaque année, par nos taxes et nos
impôts bien payés. Ce ne sont pas des cadeaux qu’ils viennent nous donner. Ce
sont nos argents qu’ils viennent nous redistribuer; ce sont nos piastres à la
sueur de notre front gagnées!

Le jour où les députés diront à leurs commettants que la
subvention qu’ils viennent annoncer est bel et bien l’argent que le peuple a
bien gagné, les gens commenceront à penser que le rôle du «simple» député est
bien autre chose qu’un Père Noël déguisé, un coupeur de ruban rouge ou bleu,
d’une autre couleur, si vous le voulez.

Le «simple» député peut bien croire que son rôle est de
beurrer son comté de subventions bien calculées. J’ai toujours crû qu’il était
d’abord et avant tout un législateur invétéré. Son travail consiste bien plus à
faire de bonnes lois, peu de lois, et d’en expliquer la teneur à ceux qui l’ont
élu quelques années passées. Malheureusement, la plupart sont rapidement
transformés en guignol du peuple amusé. La cote du «simple» député a une longue
côte à remonter. Si chaque député reprenait le rôle qui lui est dévolu,
l’électeur pourrait sans doute le prendre au sérieux lorsqu’il irait voter. Le
«simple» député est avant tout un législateur comme le médecin est un
dispensateur de soins de santé. Ce dernier redonne santé au patient allongé. Le
«simple» député redonne santé à la société, par de bonnes lois sagement votées,
afin qu’elle puisse mieux fonctionner.

Monsieur «le simple» député, redevenez donc ce pourquoi on
vous a créés et laissez-nous annoncer «nos» subventions que le bon peuple
a bien voulu se donner. Je serais ainsi, la prochaine fois, plus heureux d’aller
voter!