NOTRE PATRIMOINE PRIS EN OTAGE

NOTRE PATRIMOINE PRIS EN OTAGE
( Le texte suivant est extrait du site Chez Hergé de Robert Guyot

http://www.comnet.ca/~rg/index.htm
)

à cette époque où les multinationales du disque se plaignent haut et fort de
toutes les atteintes qui sont faites à leurs droits en raison de la
prolifération des techniques modernes (graveurs de CD, MP3, et ainsi de
suite), ne serait-il pas temps de leur rappeler aussi leurs obligations?

J’entends dans ce texte me limiter à la chanson française d’ici, c’est à
dire au Québec et au Canada français dans son ensemble, mais ce que j’en
dirai s’applique tout aussi bien à la chanson d’ailleurs et des autres
cultures. En ce qui nous concerne, c’est une part essentielle de notre
héritage qui dort dans les archives de Sony Musique, de BMG, EMI, Universal
et de combien d’autres.

Ceux de ma génération ont connu l’époque où on l’on pouvait trouver chez les
disquaires d’ici des bacs remplis d’albums de Gilles Vigneault, de Claude
Léveillée, de Pauline Julien, de Monique Leyrac, de Claude Gauthier, des
Cailloux, de Jean-Pierre Ferland… plus tard, on y repérait des
enregistrements de Diane Tell, de Gaston Mandeville, de Fabienne Thibeault,
de Diane Dufresne, de Jacques Michel, de Gilles Valiquette… ce que tous
ces artistes ont en commun, c’est d’être plutôt mal représentés en ce qui
concerne les ré-éditions de leurs albums – et surtout ceux de leurs débuts –
en format CD. Pour bon nombre d’entre eux il y a eu, c’est vrai, des
compilations, du genre «Les grands succès de X» ou «Les plus belles chansons
d’Y», mais je serais
prêt à parier qu’il en existe bien d’autres comme moi qui seraient prêts à
délier les cordons de la bourse pour se procurer les premiers albums de
Vigneault ou de Gauthier, des Cailloux ou de Mandeville, et ce en réédition
intégrale comme on l’a fait notamment pour Daniel Lavoie et pour Sylvain
Lelièvre.

Oui, je comprends qu’on pourra nous faire valoir le facteur «rentabilité»,
qu’on nous dira que les efforts tentés en ce sens jusqu’à présent (et je
reconnais qu’il y en a eu) n’ont pas rapporté les profits escomptés. Mais
je me demande quel est le coût de telles rééditions: pas de frais de studio
ni de photographie, il ne reste à vrai dire que ceux de la numérisation des
bandes maîtresses, de la gravure des CD et de l’impression des cahiers, et
de la distribution. C’est bien peu de chose, me semble-t-il, comparé à ce
que représente l’enregistrement et la mise en marché du dernier Céline Dion.
Bien sûr que le prochain Céline leur rapportera bien plus qu’une ré-édition
de Pauline Julien ou de Diane Tell, mais le rapport coût/recettes ne
demeure-t-il pas à peu près constant?

Et si les multinationales ci-haut mentionnées n’ont pas intérêt à ré-éditer
les albums qui leur ont pourtant rapporté de beaux profits jadis, ne
pourraient-elles pas en céder les droits à des entreprises d’ici qui
seraient prêtes, elles, à tenter l’expérience? Et si on lançait une
collection «limitée» à quelques milliers d’exemplaires dont chaque CD
comporterait deux albums intégraux? Si on les offrait en abonnement à des
prix abordables? Il suffirait d’un peu d’effort et d’imagination de la part
des détenteurs des droits pour faire en sorte que nous soit rendu ce
patrimoine essentiel. Et s’ils craignent encore pour leurs précieux droits, ne
pourrait-on pas profiter des technologies existantes pour faire en sorte que
ces CD soient impossibles (ou du moins très difficiles) à copier?

Je termine donc en dressant cette liste que j’ai établie en parcourant ma
collection de 33-tours, et qui ne tient compte que des artistes que j’ai
connus et appréciés suffisamment pour me procurer leurs disques; ajoutez-y
une myriade d’autres que je n’ai pas connus ou que j’ai moins aimés – ce qui
ne signifie pas qu’ils soient moins importants, ça va de soi! – et ça
servira à donner un aperçu des richesses dont on se doit d’exiger la
ré-édition:

· Les Cailloux – 3 (4?) albums parus chez Capitol
· Pierre Calvé – Au moins deux albums chez Columbia
· Renée Claude – Tous les albums parus sous étiquette Barclay
· Jim Corcoran – Têtu (Kébec-disque)
· Corcoran & Gosselin – Les premiers disques chez Zodiaque; «à l’abri de la
tempête» (Kébec-disque)
· Georges Dor – Ses premiers albums chez Gamma
· Claude Dubois – «Dubois», «Touchez du bois» (Barclay); «Tel quel»
(Spectra-Scène)
· Diane Dufresne – «Sur la même longueur d’ondes» (Kébec-disque)
· Raoul Duguay – «Allô tôullmônd» (Capitol)
· Jean-Pierre Ferland – Le premier album paru chez Barclay
· Jean-Paul Filion – «Jean-Paul Filion et sa guitare» (Pathé)
· Claude Gauthier – Les deux premiers albums (Columbia); les suivants chez Gamma
· Pauline Julien – «à la Comédie Canadienne» et au moins deux autres (Columbia)
· Georges Langford – au moins deux albums chez Gamma
· Donald Lautrec – «Fluffy» (Trans-World)
· Daniel Lavoie – «Aigre-doux How Are You» (WEA)
· Félix Leclerc – «Le tour de l’île» (Philips)
· Claude Léveillée – Les trois ou quatre premeirs albums (Columbia)
· Monique Leyrac – «chante Leveillée et Vigneault» (Columbia
· Léveillée-Gagnon – Deux albums en collaboration (Columbia)
· Gaston Mandeville – Les trois premiers albums (RCA)
· Jacques Michel – «Citoyen d’Amérique» (Jupiter) – «Pas besoin de frapper»
(Zodiaque)
· Michel Pagliaro – «Pag» (RCA)
· Richard Séguin – «Trace et contraste» (Acapella)
· Diane Tell – Les quatre premiers albums (Polydor)
· Fabienne Thibeault – «La vie d’astheure», «Conversations», «Les chants aimés
#1 et #2» (Kébec-disque)
· Gilles Valiquette – «Valiquette est en ville», «Vol de nuit» (Columbia)
· Gilles Vigneault – Premiers albums (une bonne dizaine) (Columbia)

(Le 8 mars 2002)