NON À LA DISCRIMATION LINGUISTIQUE EN FRANCE

NON à LA DISCRIMATION LINGUISTIQUE EN FRANCE
Le Monde : Wake up, Mister Colombani !

Monsieur Colombani :
Le Monde

courrier-des-lecteurs@lemonde.fr

Cher collègue,

permettez-moi de regretter l’introduction par vous-même d’un cheval de Troie
dans l’une de nos plus nobles institutions françaises : le journal Le Monde,
dont vous avez pourtant l’honneur d’être rédacteur-en-chef !

Un supplément de 12 pages en anglais ? Et pourquoi pas tout de suite la
proportion inverse : un supplément de 12 pages en français, dans un "The
World" entièrement en amér-anglais ?

Je ne lirai pas "votre" supplément puisqu’il n’aura rien de vôtre, pas même
un effort de traduction : ceux qui désirent lire le Nyou York Taïmz n’ont
pas besoin du Monde pour cela, ils peuvent se l’acheter directement.

Et je suppose qu’un certain nombre de Français (dont je serai en tout cas)
refuseront d’acheter votre édition comportant un tel supplément : nous ne
nous laisserons pas imposer dans notre journal le déplaisir d’une langue
étrangère (quoi qu’ait pu en dire un jour un certain Claude Allègre, qui a
dû s’en mordre les doigts*).

Je m’étonne qu’une telle dérive soit possible, discriminatoire envers les
lecteurs français ne maîtrisant pas l’amér-anglais et qui devront donc payer
malgré eux des pages qu’ils ne souhaitent pas acheter et ne comprennent pas
(ou au prix d’un effort qu’à mes yeux elles ne méritent pas).

Non à la discrimination linguistique en France !

Votre Monde amér-anglais n’est pas le nôtre, dont nous allons donc nous
trouver injustement privés par votre faute, de même que nous nous souhaitons
une plus « heureuse Europe » que celle imaginée par le Premier ministre
britannique, où l’anglais serait la langue officielle en 2012 !

Incroyable !

Wake up, Mister Colombani ! S’il vous plaît.

Avec encore tous mes regrets

(Ou bien les finances du Monde sont-elles si désastreuses que vous ayez dû,
pour le renflouer à court terme en le condamnant par là-même à couler sous
peu, accepter un ignominieux accord et diffuser telles quelles et sans
commentaire des informations d’un concurrent ?
Dans ce cas : mes condoléances !)

Christian Lavarenne (docteur ès lettres),
rédacteur-en-chef du Monde de l’espéranto
chlavarenne@freesurf.fr

* Nous avons encore cité sa bévue de 1997 dans le dossier "Europe et droits
linguistiques" de notre numéro de novembre-décembre 2001
(tiré à 11.700 exemplaires, et dont on peut lire quelques articles sur

www.esperanto-france.org/actualites/index.html
).

(Le 7 avril 2002)