MICHELIN CANADA


Texte partiellement publié dans Le Soleil (

http://www.cyberpresse.ca/soleil/
) du 12 juin 2002
MICHELIN CANADA
Un cheval à dégonfler
Lettre ouverte à Michelin

Pour ne pas devenir à soi-même
étranger
Gilles Vigneault, Avec nos mots


Objet : «
Michelin Canada
(
http://www.michelin.ca/)
: Un Cheval de Troie en Québécie »

Conduisant une automobile depuis l’adolescence, il s’ensuit forcément que
j’achète des pneumatiques sur une base régulière depuis environ vingt-cinq ans.
Et j’avoue d’entrée de jeu me procurer, lorsque besoin est, des produits
Michelin
certainement trois fois sur quatre (en fait j’y reviens, ou y
revenais, toujours).

Or je constate que vos campagnes promotionnelles sur les chaînes québécoises de
diffusion s’affichent désormais constamment accompagnées de pièces musicales
vocalisées en anglais. Eh bien là, c’en est trop.

En effet, observant déjà depuis plusieurs années que l’ensemble de vos pneus,
toutes catégories confondues, sont estampillés systématiquement de marques
déposées anglaises (english trade mark, as you say…), vous repoussez
maintenant l’asservissement culturel d’un cran en imposant la langue
étatsunienne jusque dans les «boîtes à son» d’expression française.

Bien sûr, « chez vous » en France, en Europe soi-disant française également, à
toutes fins utiles pareilles manières, d’ailleurs devenues habituelles, passent
totalement inaperçues ­ ou fort peu s’en faut. Or s’il est en effet d’une
tristesse infinie d’assister de la sorte, à titre de simple citoyen de la
francité, à une extrême «angloïsation» de la France par les entreprises
françaises elles-mêmes, il vous faudrait sans doute comprendre, et ce dans votre
propre intérêt, que chez les fils et les filles de l’Amérique française il reste
encore (mais pour combien de temps, sous l’effet d’entraînement général et à
grande échelle de politiques de mise en marché comme les vôtres?) un fond de
dignité face à ce laminage dépersonnalisant énucléé de tout amour-propre.

Car à la fin, il y a tout de même des limites à estimer qu’il faut se nier
soi-même pour ‘grandir’, que l’on doit se mépriser pour réussir… Aussi,
anglodéfrancisez la France si ça vous chante, mais je vous rappellerai bien
humblement que Michelin n’est en aucune manière habilitée ou autorisée à
promouvoir ce mépris, sinon cette haine de soi, jusqu’au coeur de la francité
québécoise.

Pour contrer ce phénomène de servitude généralisée, je n’ai pour ma part il est
vrai, à titre d’individu de culture française, que le poids de mon mince
porte-monnaie. Soyez toutefois convaincue que c’est sans retenue que dorénavant
je me concéderai ce pouvoir. Quelque dérisoire qu’il fût. Comprenez par
conséquent, pour ce qui me concerne, qu’à partir de ce jour: Michelin,
c’est terminé.

Dans l’esprit du Québécois, la Résistance contre la barbarie du n’importe
quoi, et en l’occurrence contre la dictature ‘mondieulisante’ d’une culture et
d’une langue unique, reste encore un acte signifiant. Aussi, non par
fermeture mais bien par Dignité, sachez qu’une France-de-Troie ne saurait
plus être ici tolérée.

Fermes salutations,

Jean-Luc Gouin

2 Juin 2002
Petite-Rivière-St-François
En Charlevoix

Note
: Le lecteur peut s’il le désire communiquer son sentiment personnel à la firme
interpellée par le truchement des adrélecs suivantes, d’abord en Canada:

http://www.michelin.ca/ca/fre/mail.htm

(incidemment, on notera que chez Michelin courrier se lit ‘mail’, et
français… ‘french’!:

www.michelin.ca/ca/
fre/mail.htm
) et puis en France… «Corporate»:

http://www.michelin.com/corporate/fr/infos/contact.jsp