LES ÉLECTIONS SUÉDOISES

LES éLECTIONS SUéDOISES
Vues par un émigrant québécois.

Les élections 2002 en Suède: un exemple à suivre pour le Québec.

Les électeurs suédois ont, une fois de plus, reconduit les sociaux-démocrates
au pouvoir. à ma grande satisfaction, les citoyens de mon pays d’adoption ont
démontré, dimanche dernier, qu’ils croient encore que leur société égalitaire
n’est pas périmée et qu’il peut y avoir au moins une nation dans le monde qui se
tient debout face à la montée du néolibéralisme. En effet, en préservant Göran
Persson comme Premier ministre (Statsminister) et en offrant une majorité aux
partis de la gauche à la grandeur du pays, ce peuple fier a réaffirmé son
attachement à son système de protection sociale (le plus développé du monde).

évidemment, tout n’est pas parfait dans ce pays scandinave ; plusieurs débats
électoraux ont souligné la précarité de l’emploi, la fragilité du système de
protection sociale, les tensions raciales provoquées par les extrémistes de
droite et surtout, la faiblesse de la législation libérale en matière de droit
d’asile et d’immigration. La victoire de la gauche démontre comment cette
société tolérante et ouverte a rejeté les idées véhiculées par les
ultra-conservateurs (autoproclamés « modérés », mais plutôt extrémistes). Ces
derniers ont perdu près de 8% d’appui depuis les dernières élections et se
retrouvent pratiquement au niveau du parti libéral (parti du peuple) qui, avec
13,2% des voix (contre 4,7% en 1998), est devenu la troisième force politique du
pays, grâce à une position nuancée dans le débat sur l’immigration. Ce thème a
permis aux libéraux de se présenter comme un substitut à l’extrême droite et aux
conservateurs, sans être accusés de xénophobie. à cet effet, ils ont mis
l’emphase sur la défense de la langue suédoise et sur l’idée que la citoyenneté
suédoise soit conditionnelle à l’obtention d’une note satisfaisante à un test de
connaissance de la langue (SFI).

Je bénéficie actuellement d’un programme d’intégration très avant-gardiste
(plus ou moins comparable au COFI et au PAFI du Québec). Le gouvernement suédois
offre gratuitement des cours intensifs de suédois aux gens qui aspirent à la
citoyenneté. Comme immigrant, j’ai le devoir d’apprendre la langue, même si la
majorité de la population parle très bien anglais comme langue seconde. Je le
fais avec plaisir et enthousiasme, parce que je crois que c’est une question de
respect ; l’immigrant n’est pas seulement un « ayant droits », c’est un « ayant
devoirs » avant tout.

Les partis de gauche ont défendu le bilan économique et politique du Premier
ministre Göran Persson qui, à l’instar du gouvernement du Québec, a redressé les
finances publiques sans pour autant procéder à des réformes trop radicales dans
la santé et l’éducation. De plus, son gouvernement a ramené l’inflation à 2%.
Les sociaux-démocrates ont tenu leur promesse électorale de 1998 de réduire le
chômage de moitié durant leur mandat. Le taux de chômage actuel n’est que de
4,1% de la population active.

Avec un taux de participation nettement au-dessus de la moyenne (79%), les
Suédois ont démontré leur attachement au système démocratique en place. Voici un
survol de la répartition des voix : les libéraux (Folkpartiet) 13,3%, les
ultra-conservateurs (Moderaterna) 15%, les ex-communistes (Vänster) 8,3%, les
environnementalistes (Miljöpartiet) 4,5%, les centristes (Centerpartiet) 6,2%,
les démocrates-chrétiens (Kristdemokraterna) 9,1% et les sociaux-démocrates
(Socialdemokraterna) 40%.

Ce scrutin démontre que, plus que jamais, la Suède réaffirme son engagement
aux valeurs du Parti social-démocrate. Ces derniers sont au pouvoir depuis les
années 1930, à l’exception de la période 1976-1982 et 1991-1994 (ces deux
périodes coïncident avec la venue de la droite au pouvoir et avec deux périodes
d’inflation et de privatisation). La question de l’adoption de l’euro pour
remplacer la couronne (krona) comme monnaie, ainsi que la coopération avec les
autres pays nordiques et avec ceux de l’Europe continentale préoccupent les sept
principaux partis politiques du pays, sans qu’aucun ne cherche à renoncer à
l’indépendance de la nation au profit de l’approfondissement d’une union de type
fédérale.

à mon humble avis, c’est tellement inspirant de voir une petite nation
(monarchie constitutionnelle de 8,8 millions d’habitants) affirmer sa
souveraineté et sa volonté de coopérer avec l’Union européenne, sans s’inféoder
à des idéaux fédéralistes, comme nous le faisons au Québec. J’ai la conviction
qu’un peuple (comme la nation québécoise) a le devoir de s’affirmer
(autodétermination) avant de chercher à faire partie d’une union fédérative. La
Suède nous offre un exemple à suivre, car dans le contexte de la globalisation,
les marchés internationaux font tomber les frontières économiques et plus que
jamais, les pays devront se définir comme « des entités culturelles distinctes »
(surtout si nous, Québécois, aspirons à faire partie d’une union économique
panaméricaine).

Peut-être que les politiciens de l’opposition à Québec devraient s’inspirer
du « modèle suédois » plutôt que de ressasser toujours les mêmes vieux clichés :
« les Québécois sont les plus taxés en Amérique du Nord », alors qu’ils sont les
premiers à promettre un réinvestissement massif dans les secteurs publics de la
santé et de l’éducation. C’est de la pure démagogie (où vont-ils chercher le
manque à gagner ?). De plus, devraient-ils regarder un peu plus les sociétés
scandinaves quand ils cherchent des points de références plutôt que de fabuler
sur les « accomplissements » de Bernard Lord au Nouveau-Brunswick, de Ralf Klein
en Alberta, ou de Mike Harris en Ontario. En réalité, ces derniers n’ont fait
qu’appliquer des réformes néolibérales, comme l’a fait le gouvernement du Parti
Québécois depuis les sept dernières années. Le gouvernement du PQ a totalement
mis de côté ses fondements sociaux-démocrates pour procéder à un virage à droite
si rapide, qu’il a perdu le contrôle et dérape toujours.

Malheureusement, les électeurs québécois semblent dorénavant préoccupés
uniquement par la politique économique. à ce propos, il me semble que les
membres de l’ADQ qui promettent un taux d’imposition fixe à 20%, perçoivent la
réalité de la même façon. Ces derniers doivent tenir compte du fait que l’homme
est avant tout un être social, spirituel et biologique, et non économique.
L’économie doit être subordonnée à nos objectifs sociaux (santé, environnement,
égalité des chances, bien-être et éducation) et le Québec a besoin d’un
véritable projet de société. Cependant, à cause de ce manque vision à long terme
de la part de nos élus, les Québécois ont droit à un style de politique
opportuniste et démagogique de type « caméléon ». Par conséquent, le Québec se
retrouve maintenant avec trois partis de « centre-droite » qui se différentient
principalement par leurs positions constitutionnelles. Je rêve au jour où les
Québécois et les Canadiens des autres provinces assisteront à un véritable débat
politique entre la droite et la gauche. Que vous soyez péquiste, adéquiste ou
libéral, je vous invite à regarder ce qui se passe ailleurs qu’en Amérique du
Nord et vous verrez que nous aurions tout à gagner à s’inspirer de l’exemple des
pays d’Europe septentrionale. Donnez un véritable choix aux électeurs et ils
sauront se forger une identité « distincte » qui va au-delà de la langue. Le
«modèle suédois », fondé sur une forme de nationalisme modéré et une répartition
très poussée des richesses a fait ses preuves et continuera d’inspirer les plus
progressistes d’entre-nous.

Philippe Longchamps (un Québécois, Suédois d’adoption, qui est bien heureux
de vivre parmi un peuple solidaire, qui affirme sa spécificité culturelle et sa
souveraineté… Tack så mycket, vi ses snart).
J’attends vos commentaires sur cette liste.


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Merci mille fois,

Philippe Longchamps
Lund Suède
philippelongchamps@telia.com

(Le 2 octobre 2002)