LE MONDE DISCRIMINE

LE MONDE DISCRIMINE
France – «Vous méprisez vos lecteurs en leur imposant une langue
étrangère que peu d’entre eux pratiquent aisément».
Madame, Monsieur,
J’ai appris que le Monde va publier à partir du samedi 6 avril un
supplément de douze pages en anglais. Je souhaite donc par ce courriel
exprimer encore une fois mon indignation profonde vis-à-vis de cette
discrimination linguistique. En effet, j’estime scandaleux qu’un journal
francophone favorise ainsi ouvertement les lecteurs connaissant l’anglais et
prive ceux qui ne connaissent pas cette langue d’un accès à l’information.
Devra-t-on maintenant connaître l’anglais pour pouvoir lire les articles du
Monde concernant les états-Unis ?
Mon indignation est d’autant plus grande que beaucoup de lecteurs avaient déjà
protesté contre la publication quotidienne pendant une semaine d’une page en
anglais après le 11 septembre. Le médiateur s’était fait l’écho de ces
critiques dans sa chronique « Tous Afghans ? » à la page suivante :
Je le cite :
"Vous méprisez vos lecteurs en leur imposant une langue étrangère que peu
d’entre eux pratiquent aisément",
écrit Bernard Chalumeau. "La moindre
des politesses aurait été d’offrir une traduction aux non-anglophones",

remarque Grégoire Rostropovitch, qui nous transmet, "à titre d’exemple, une
page d’un grand journal polonais, que tout le monde est bien évidemment censé
comprendre".
Comment se fait-il donc que les critiques justifiées de ces lecteurs n’ont pas
été entendues ? Le médiateur reconnaît lui-même qu’ « il aurait mieux valu
traduire ces articles ».
Cet ajout d’un supplément en langue étrangère est d’autant plus injustifié
qu’aucun autre quotidien français, à ma connaissance, n’a entrepris de telles
actions. Cela prouve bien qu’on peut se passer de ce supplément, qui ne
traduit qu’un snobisme anglomane regrettable. Imagine-t-on le Monde publier
un supplément en russe si un jour des attentats comparables à ceux du 11
septembre se produisaient en Russie ?
Le médiateur ne manquera certainement pas d’écrire une nouvelle chronique afin
de se faire l’écho des protestations que ce nouveau coup bas ne manquera pas
de susciter auprès des lecteurs. Je lui serais très reconnaissant s’il pouvait
nous dire combien de temps prend la traduction d’une page du New York
Times
en français.
Salutations indignées
Daniel DE POLI (
daniel.depoli@meteo.fr
)
FRANCE
(Le 5 avril
2002)