LE JOURNAL LE MONDE ET SON SUPPLÉMENT ÉTATSUNIEN

LE JOURNAL LE MONDE ET SON SUPPLéMENT éTATSUNIEN

Le Monde

courrier-des-lecteurs@lemonde.fr

Messieurs,

Je viens d’apprendre que à partir du 6 avril, votre journal comprendra
un supplément de 12 pages en anglais, reprenant des extraits du
New-York Times.

Il est fort regrettable que vous ne suiviez pas l’exemple du "Monde
Diplomatique", qui offre une édition en langue anglaise diffusée par
le Guardian Weekly, s’ajoutant aux éditions en de nombreuses autres
langues (allemand, espagnol, portugais, serbe, grec italien, arabe,
suédois, ainsi que japonais et russe disponibles sur le réseau.)

En "offrant" une sélection d’articles nouillorquais, comme écrivait le
regretté étiemble,à vos lecteurs, vous perdez une belle occasion de
diffuser ce qui reste de la langue et de la pensée française, sciant
ainsi la branche où vous êtes assis. Il ne vous est point nécessaire
de diffuser la "pensée" anglosaxonne, d’autres le faisant déjà fort
bien, à commencer par la puissante industrie cinématographique
étasunienne.

Le jour où "le Monde" sera publié quotidiennement en langue anglaise
outre-antlantique, où la cérémonie des Césars sera retransmise sur les
grandes chaîne étasuniennes, où des films aussi innocents que "trois
hommes et un couffin" seront distribués en version originale, traduite
ou sous-titrée, et non pas refilmés dans une ambiance strictement
étasunienne, pour être ensuite redistribués à travers le monde entier,
alors ce jour-là les citoyens des EUA auront fait preuve d’ouverture
d’esprit et il sera alors juste de faire connaître leur perception du
monde à vos compatriotes.

Pour l’heure, rien ne justifie donc la publication d’un supplément en
anglais, et l’argent ainsi économisé serait mieux employé à embaucher
de bons correcteurs d’épreuves. Votre journal y gagnerait en
lisibilité et par conséquent en réputation, pourrait augmenter ainsi
son tirage et n’aurait donc pas besoin de l’éventuelle introduction en
bourse dont j’ai cru entendre parler ces derniers temps et qui,
hypothèse, justifie peut-être à vos yeux la présence de ce supplément
saxon. La boucle est ainsi bouclée, bien que la dernière hypothèse
soit une supposition personnelle, que j’émets car je ne vois rien qui
justifie votre décision.

Yves Maniette
Araraquara, Brésil
yves@maniette.com

(Le 7 avril 2002)