LA SERVITUDE DU QUOTIDIEN «LE MONDE»

La servitude du quotidien Le Monde

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« Le seul concept de langue internationale ou de langue mondiale est une
invention de l’impérialisme occidental »
(Ndebele, NS, dans The English Academic Review 4 : 1-16)

« La mondialisation n´est pas un concept sérieux. Nous l´avons inventé pour
faire accepter notre volonté d´exploiter les pays placés dans notre zone
d´influence… »

(John Kenneth Galbraith, cité dans « Big business, Poor People », par
John Madeley, Zed Books).

Il est regrettable de constater que le quotidien Le Monde, en publiant un
complément de 12 pages en anglais, se fasse désormais l´apôtre de ce qui
s´appelle la servitude volontaire du (néo)colonisé. En effet, l’outrance
dans la soumission à l’anglais est révélatrice et on ne répétera jamais assez
que dans le conflit linguistique qui habite le colonisé, sa langue maternelle
est perçue comme inférieure
.

Par ailleurs, est-il nécessaire de vous faire remarquer que cette langue
anglaise que vous considérez comme si « supérieure » « a été à la fois une
institution et une force formidable d’oppression et d’exploitation sauvage des
peuples à travers les quatre cents ans de son histoire impérialiste
. » ? Et
que cette même langue « a attaqué les Noirs avec ses images racistes et son
message impérialiste. Elle a attaqué les travailleurs et a mis sous tutelle des
peuples de tous les continents. Elle a avili et s’est moqué des langues qu’elle
avait l’ambition de remplacer et a enseigné aux peuples colonisés qu’il leur
fallait singer ses locuteurs car elle était intrinsèquement supérieure et
qu’elle leur apporterait la prospérité tout en les maintenant humiliés et
soumis?
» (1)

En publiant des articles non traduits du New York Times, vous donnez un
spectacle affligeant aux autres francophones du monde en ridiculisant les
efforts qu’ils ont fait pour apprendre et maîtriser notre langue
. De plus,
vous méprisez ouvertement les lecteurs (lectrices) Français (es) qui ne
maîtrisent pas cette langue étrangère
. En leur imposant ces articles sans
aucune traduction, vous les culpabilisez " de ne pas connaître suffisamment
l’anglais ". L´anglais, qui, pour vous, est un attribut intrinsèque de la
modernité et de l’intégration sociale et culturelle au monde “qui gagne”. Ceci a
un nom: c´est du terrorisme intellectuel et moral.

En leur instillant un complexe d’«infériorité », vous détruisez leur
amour propre et donc, vous ruinez leurs capacités de création. D’ailleurs, il
n´est pas faux d´affirmer que le « degré » du « déclin français », notamment
dans le domaine des sciences, de la création et même de la politique et de
l´économie (sous rayonnement politique, économique et culturel de la France en
Europe et dans le monde) est proportionnel au degré de colonisation mentale des
Français.

Ainsi, contrairement à ce M. Colombani veut nous faire croire, la langue, sa
qualité et le rôle qu’elle joue dans la pensée et la réflexion sont, à très fort
juste titre, des sujets universels de préoccupation. La défense des langues,
des cultures et de la pluralité conditionne notre survie et donc, à terme, notre
indépendance économique et politique
. A contrario,
l’uniformisation servile favorise l’émergence d’un seul pouvoir et un seul
pouvoir favorise l’éclosion de la dictature
. En abandonnant notre propre
langue, nous perdons automatiquement la maîtrise des définitions et de ses
outils de représentation. Nous devenons donc vulnérables à la manipulation. Par
conséquent, nos créations, quand on peut encore en parler, deviennent puériles
et insignifiantes et n’intéressent plus personne.

D´ailleurs, pourquoi continuerions-nous à nous intéresser à des journalistes
qui ne se croient plus capables d´écrire des articles ? Si M. Colombani pense
que les articles du New York Times sont bien plus pertinents que les
siens, alors qu´attend t-il pour changer de métier ??? C´est une question que
l´on peut désormais se poser !

Bien à vous,

Adrien Borel ( adrienborel@yahoo.fr
)

(1) Pennycook, Alastair. English and the discourses of
colonialism
. (L´anglais et le discours du colonialisme) New York, Routledge,
1997. p.6

( Le 13 avril 2002)