HOMMAGE À CLAUDE RIFAT

HOMMAGE à CLAUDE RIFAT
Merci pour les pépites d’or que tu nous a transmises et les voies nouvelles
d’investigation et de compréhension que tu as tracées.

Claude RifatJ’ai
connu Claude Rifat en 1997, à l’occasion du forum organisé par le Monde
diplomatique sur la Francophonie et, quelques années plus tard, j’eus l’occasion
de le rencontrer en chair et en os, à Genève. Très vite, ses textes m’avaient
fait entrevoir le caractère fougueux de Claude mais aussi l’originalité d’une
réflexion qu’il avait poussée vivement, et parfois de manière assez désordonnée,
dans toutes ses ramifications.

Claude avait été profondément influencé par Henri Laborit mais il a réussi à
aller au delà et développé une pensée profondément originale. Pour Claude, la
première liberté est celle de pouvoir penser. Quiconque manipule les pensées
d’autrui le met en cage et Claude n’avait pas son pareil pour détecter les
manipulateurs et mettre à nu ceux qui se servent de l’alibi d’une prétendue
«raison» pour mieux nous asservir. Cette liberté de penser est fondamentale dans
le cadre des choses sur lesquelles nous pouvons faire un choix car elle entraîne
toutes les autres libertés, qu’elles soient individuelles, collectives ou
nationales. Or, comme Jean-Claude Michéa l’a brillamment écrit, «même la
jeunesse scolarisée est de plus en plus perméable aux différents produits de la
superstition [.], et ses capacités de résistance intellectuelle aux
manipulations médiatiques ou à l’embrigadement publicitaire diminuent de façon
inquiétante.». Dans le cadre du combat contre la manipulation des esprits, Rifat
faisait ouvre de salubrité publique et cela d’autant mieux que sa spécialisation
lui permettait de décortiquer les processus mentaux des manipulés et des
manipulateurs, ceux des asservis et de leurs dominateurs.

Lorsque j’ai commencé à écrire «La nouvelle guerre contre l’intelligence»,
j’avais proposé à Rifat d’en être le co-auteur mais ce dernier avait refusé.
Pourtant, lorsqu’il avait constaté, après avoir lu le premier jet du manuscrit,
que je le citais à de nombreuses reprises, il avait exigé d’avoir son nom sur la
couverture tout en faisant étalage d’un comportement si irrationnel qu’on aurait
facilement pu le méprendre pour l’un des fous dont il aimait faire l’étude…
J’avais effectivement emprunté de Claude mais sans jamais m’approprier ses
propos. Claude nous livrait quelques pépites d’or ou, plutôt, des quantités de
minerai à l’état brut duquel nous pouvions effectivement extraire quelques
pépites. Claude avait soif de reconnaissance, probablement parce qu’il recelait
de réelles compétences qu’il n’avait pas pu exploiter dans un système où il est
indispensable de se soumettre à une discipline minimale, pour l’acquisition des
titres qu’il lui fallait pour faire réellement carrière. Son volume de
production était phénoménal mais il voulait fréquemment nous entraîner vers
d’autres domaines d’intérêt que ceux pour lesquels nous le «fréquentions» par le
biais d’Internet. Le tri de ses écrits m’a demandé un temps énorme mais je n’ai
jamais mis ses messages à la poubelle sans en avoir préalablement pris
connaissance, tant je craignais que quelques unes de ces fameuses pépites me
filent entre les doigts. C’est l’originalité de ses idées, ces liens inusités
qu’il établissait avec des domaines que je ne connaissais pas qui m’ont permis
de comprendre le pourquoi et le comment de choses dont je n’arrivais pas à
m’expliquer l’existence ni la genèse.

Cela dit, nous devions tous supporter ses sauts de caractère, nullement
étonnés lorsqu’on lui fermait la porte au nez d’un ixième forum électronique où
il avait pris violemment à parti, voire insulté, un groupe de personnes ou
quelqu’un en particulier.

Conformément à ce que je lui avais annoncé, le troisième tome de «La nouvelle
guerre contre l’intelligence» portera son nom en couverture car, sans lui, ce
troisième tome aurait pris une autre tournure. Son titre: «Un nouveau programme
pour la conscience» tombe particulièrement juste dans la mesure où Claude nous a
montré qu’il est parfaitement possible de changer le «programme» de qui que ce
soit, pour le meilleur ou pour le pire. Claude voyait juste sur le caractère des
Français actuels, sur les magouilles des Anglos et leurs techniques furtives de
colonisation des esprits. Il nous exhortait à en prendre conscience, Québécois
et Français plus particulièrement. C’est un peu grâce à lui que je me suis lancé
dans l’étude de l’histoire franco-américaine, que j’ai découvert les pièces
manquantes d’un immense puzzle qui, si on se donne la peine de le construire,
permet de bien comprendre quelques unes des aberrations du monde où nous vivons.

Bien que tu étais parfois insupportable, sois remercié pour les pépites d’or
que tu nous a transmises et les voies nouvelles d’investigation et de
compréhension que tu as tracées. Nous avons le sentiment de profonde perte en ta
disparition et aussi le sentiment que la vie d’ici bas ne t’a pas apporté toutes
les satisfactions que tu étais en droit d’attendre. Tu es en paix maintenant
mais ton esprit désormais nous imprègne et tes enseignements ont décuplé nos
énergies pour faire aboutir les causes que nous partagions avec toi car on ne
soutient bien des causes que quand on comprend bien les enjeux. Le seul fait que
tu as su faire bifurquer nos esprits vers de nouvelles voies prouve que ta vie
n’aura pas été inutile.

Charles Durand, le 8/9/2002

Charles.Durand@utbm.fr