DES REMÈDES DE CHEVAL POUR LE FRANÇAIS

DES REMèDES DE CHEVAL POUR LE FRANçAIS
Extrait de Dimanche Ouest France 29/09/2002

Fort de plus de 112 millions de francophones à travers le monde, le français
paraît afficher un bon bulletin de santé. Notre langue est aimée à
l’étranger, au point qu’elle est la deuxième langue étrangère la plus
largement apprise après l’anglais: le Haut Conseil de la Francophonie note
même que « 110 millions de personnes ont appris ou apprennent le français
sur la planète, avec l’aide de 900 000 professeurs. »

C’est aussi une force politique: 52 états et gouvernements ont la langue
française en partage. La délégation générale à la langue française souligne
que « le français ne se situe qu’à la onzième place des 3 000 langues
parlées dans le monde, mais est en revanche la deuxième langue de
communication internationale, présente sur les cinq continents ». Au sein
des institutions de l’union européenne, un document sur deux, en moyenne,
est rédigé en français.

Puissante, la Francophonie n’en reste pas moins vigilante car le danger d’un
ras de marée anglophone menace le français dans les institutions
internationales. Un rapport parlementaire publié en 2001 souligne que « dans
les organisations du système des Nations Unies, l’anglais est devenu la
langue de travail quasi exclusive ». Et ajoute que « Dans l’Union
européenne, la place du français est toujours très importante mais son recul
au profit de l’anglais comme langue de travail des institutions est continu
depuis le dernier élargissement de 1995 ».

Il fallait réagir face à ce recul. La Francophonie s’est tout d’abord dotée
depuis le sommet de Hanoï, en 1997, d’un secrétaire général, M. Boutros
Boutros Ghali. Simultanément, un « plan d’urgence pour le français dans les
organisations internationales » a été adopté.

L’état français a dû aussi faire preuve de vigilance à l’intérieur de ses
frontières. Un remède de cheval a été appliqué: c’est la loi du 4 août 1994,
qui « impose l’emploi de la langue française dans un certain nombre de
circonstances précises de la vie courante. » Par exemple auprès des chaînes
Radio et TV, tenues de diffuser « au moins 60 % d’oeuvres européennes dont
40 % d’oeuvres d’expression originale française ».

Dans l’étiquetage des produits de consommation, « un nombre important de
manquements sur les notices d’emploi ou des emballages dépourvus
d’informations en français » est constaté. « Le taux d’infraction s’établit
à 17 % ». L’état surveille également « le recul préoccupant du français dans
les domaines scientifiques et économiques ». Ainsi le rapport annuel de la
délégation générale à la langue française, souligne-t-il, « les pressions
des milieux économiques et financiers en faveur de l’abandon des traductions
en français ». Combat d’arrière garde ? L’état estime que « le français a
toute sa place comme langue de la cohésion nationale dans notre pays et
comme langue de communication internationale dans la mondialisation ».

(Le 2 octobre 2002)